Non, “Nous ne sommes pas dans le même camp... M le Préfet!”

“Nous ne sommes pas dans le même camp madame”, a répondu le préfet de police Didier Lallement, le 16 novembre 2019, place d'Italie, à une manifestante pacifique gilet jaune. Le 3 avril 2020, le même Préfet, porte d'Orléans, déclarait sur BFMTV que “ceux qui sont aujourd’hui hospitalisés, dans les réanimations, […] ce sont ceux qui au début du confinement, ne l’ont pas respecté”.

Allan BARTE on Twitter: "Pour le préfet de Paris, Didier Lallement ...

merci pour ce dessin * Allan Barte

On peut rapprocher ces deux déclarations publiques du Préfet de Police de Paris. Elles révèlent le caractère méprisant, rejetant, par un serviteur de l’État. Ici pas de neutralité républicaine, en effet M le Préfet est au service d'un clan, d'un groupe qui s'est approprié de l’État et utilise la police comme son bras armé, pour faire passer ses lois et essayer d'empêcher l'expression publique de ceux qui s'opposent.

En novembre dernier sa déclaration avait ému beaucoup de monde mais ça passait et c'est passé sans aucune “rectification” de son ministre . La propagande gouvernementale était suffisamment “nourrie” pour incriminer les gilets jaunes et leurs violences (lors de cette manifestation le cortège n'était pas encore formé et les manifestants ont du se regrouper plus loin).

«Ce propos du préfet de police était inexact», dixit l'Intérieur.

Cette fois-ci, le Préfet utilise un ton menaçant, comme s'il fallait faire du chiffre et verbaliser et que ce serait le seul moyen de de lutte contre l’épidémie. Stigmatiser de la sorte les personnes qui luttent entre la vie et la morte, c'est une façon de les accuser d'être responsables de ce qui les arrivent et d'être transmetteurs du virus.

Il s'agit d'une fausse déclaration, reconnaît en susurrant le ministre, niant les nombreuses contaminations qui touchent les soignants, les personnes qui continuent à travailler, les membres d'une même famille...

Le ministre de l'intérieur a ordonné à son Préfet de s'excuser ce qu'il a fait par un communiqué regrettant “les propos qu’il a tenus ce matin lors d’une opération de contrôle des mesures de confinement et tient à les rectifier. Son intention n’était pas d’établir un lien direct entre le non-respect des consignes sanitaires et la présence de malades en réanimation”.

Plusieurs voix se sont levés pour demander sa démission, soit! Mais c'est comme si ses attitudes étaient une déviation ou une aberration dans la politique gouvernementale notamment dans le cadre des forces de l'ordre. Ses déclarations d'hier et d'aujourd'hui sont bien en cohérence avec la politique du maintien de l'ordre et de l'utilisation de la police dans ce quinquennat. Ce n'est pas, à mon avis, une "bourde ou une maladresse", c'est le reflet d'une pensée, d'un choix politique que Macron & comparses ont mis En Marche!

En revanche il serait temps qu'une commission d'enquête citoyenne (à défaut d'une initiative parlementaire) puisse se pencher sur l'utilisation de la police par ce pouvoir politique. Les orientations sur le maintien de l'ordre du ministère de l'intérieur et son application par les Préfets et celui de Paris (ex-Bordeaux) particulièrement.

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