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Billet de blog 4 novembre 2022

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Il y a 50 ans à Grenoble, O Alarme !.. est né.

C’est un billet souvenir ! Dans le quartier La Plaine à St Martin-d’Hères, en juin 1972, un groupe de travailleurs immigrés Portugais (économiques, politiques, déserteurs) décidaient de lancer un journal, O Alarme !.. - jornal dos portuguêses da região de Grenoble - un journal d’alerte et de résistance !

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

‘‘L’Alarme’’ a été publié de juillet 1972 à décembre 1975 (37 n°s). Engagement d’une rédaction de travailleurs-militants-journalistes, animée par Manuel Branco, réfugié en France depuis 1966. Aujourd’hui, dans un numéro anniversaire, il rappelle que ce journal ‘‘était un ami qui, dans les nuits noires, mobilisait, encourageait et unissait des milliers de Portugais qui luttaient contre le fascisme et la guerre coloniale’’.

Le premier n° est paru en juillet, avec l’intention que les migrants portugais, le portent dans leurs bagages en partance pour les vacances du mois d’août, sachant qu’au Portugal sous le régime de Salazar aucun journal n’était publié sans la mention, « visé par la censure ». La liberté d'expression n'existait pas et était réprimée par le régime.

C’est ainsi qu’il a participé à la prise de conscience et mobilisation dans la communauté migrante portugaise sur la réalité de la dictature et de la guerre coloniale ayant joué un rôle importante dans le soutien aux déserteurs. L'Alarme était aussi une voix, un moyen d'information, sur les conditions de travail en France des immigrés (économiques, politiques) portugais et d'autres nationalités.

Soutenu par des militants anti-fascistes et des personnalités du monde politique et intellectuel français, le nome de Jean-Paul Sartre, comme directeur de publication, y a aussi contribué. Tous les journaux publiés en France devaient avoir un directeur de publication de nationalité française. La Communauté portugaise a compté un certain nombre de journaux destinés à l’immigration, plus ou moins périodiques, distribués dans les associations et les marchés fréquentés par les travailleurs portugais.

Dès le premier numéro le journal a été diffusé dans d’autres villes en France et d’autres pays où les militants anti-fascistes portugais s’organisaient. Dans ce n°38, 50 ans après, des récits, des souvenirs, des résistants qui ont traversé les dernières années de la dictature fasciste portugaise. Une référence à L'ODTI (Observatoire sur les Discriminations et les Territoires Interculturels), association loi 1901 créée à Grenoble en 1970, à Tino Flores, activiste et chanteur militant dans l’immigration, Helder Costa, réfugié, metteur en scène hier en France aujourd’hui au Portugal, José Vieira, documentariste qui a beaucoup filmé sur l’histoire de l’immigration et bien d’autres.

50 ans après, toujours besoin d’Alarme pour nous alerter...

Le ‘‘fêter’’ aujourd’hui, quel sens ? Outre le besoin de rassembler nos mémoires, de transmettre aux jeunes d’aujourd’hui le combat d’hier, c’est aussi pour alerter, comme une Alarme!.. car les raisons d’hier, sous d’autres formes, sont toujours là.

Le contexte des guerres en Afrique a changé mais, et actuellement en Europe, perdurent les mêmes processus d'exploitation qui structurent les conflits armés.

Et si la démocratie s'est installée grâce à la révolte des Capitaines d’avril et à la volonté populaire au Portugal, sa fragilité est grande et la crise démocratique ici et là, est bien présente. On peut même dire que le système économique qui prévaut, à l'intérieur et à l'extérieur du pays, est souvent incompatible avec une démocratie pour la majorité de la population, comme si le capital financier et les intérêts des super-puissants avaient créé une ‘‘démocratie’’ à leur image.

et une extrême-droite qui nous guette !

Outre le danger de l’extrême-droite qui, comme en France, s'active aussi le Portugal.

La tirade raciste il y a deux jours à l’Assemblée Nationale de Grégoire de Fournas, député lepéniste, rappelle celle du premier député portugais d'extrême-droite, André Ventura, qui, en janvier 2020 a dit à une députée noire de "retourner dans son pays d'origine" (Joacine Moreira née dans l’ancienne colonie de Guinée-Bissau), pour avoir défendu la restitution des œuvres d'art aux anciennes colonies portugaises. "Je propose que la députée Joacine elle-même soit renvoyée dans son pays d'origine. Ce serait bien mieux pour le monde entier", a déclaré le député. L'extrême-droite avait un élu en 2019 et a obtenu 12 élus aux élections de janvier 2022. La progression lusitanienne rappelle aussi celle des législatives en France.

La solidarité ente les immigrés d’hier (dont l’Alarme fût un des acteurs) et ceux d’aujourd’hui, est à la fois notre engagement mais aussi la mobilisation nécessaire pour notre devenir.

La Une du journal, dénonçant l’assassinat d’Amílcar Cabral, chef de la résistance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert, le 20 janvier 1973 à Conakry, sous l’ordre des autorités portugaises.

* *  Ce n° 38 a été édité par le « Grupo dos Amis de O Alarme », coordonné par Fernando Cardoso et on peut se le procurer auprès de https://memoria-viva.fr/

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