«Au secours !» la Gueule Ouverte revient

Ce serait le cri que les marchands d'écologie et bios de supermarché ont laissé exploser en apprenant la nouvelle. Eux qui profitant du mouvement «l'environnement ça commence à bien faire...» et de la ristourne de cinq ans pour le glyphosate, cherchent par tous les moyens -modernes- à nous fermer la Gueule!

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C'est comme une renaissance qu'une petite équipe de militants écolos essaie de faire vivre en publiant un n° 1 de La Gueule Ouverte (2017), le journal fondé par Pierre Fournier, issu de la rédaction de Charlie-Hebdo, en novembre 1972.

Pour ceux qui ont vécu ou approché cette période, on se souvient de l'importance alors d'une voix d'alerte sur les questions de l'environnement. L'alerte était d'ailleurs radicale «le journal qui annonce la fin du monde». Certes, quarante cinq ans après, la fin du monde n'est pas là mais nous y allons gaiement, sponsorisés par les Monsanto et comparses...

La Gueule Ouverte a été un marqueur pour une presse engagée dans les questions de l'environnement. Dans l'esprit de Fournier, pacifiste, militant libertaire et un des précurseurs du combat écologique. Son décès prématuré (en mars 75 à 35 ans), a privé le journal de sa singularité, tout en poursuivant son chemin, jusqu'en mai 1980, avec quelques -nombreux- soubresauts.

A-t-on besoin aujourd'hui d'une « Gueule Ouverte » ?

Ce n'est jamais inutile des voix qui se lèvent et cherchent à défendre la cause de l'environnement. L'esprit de son lancement, impertinent, vigoureux, militant mais avec humour est à coup sûr opportun.

Reste que le monde a continué de tourner, que les prises de conscience sur l'environnement se sont développées, élargies, que l'écologie a -ou pense avoir- pignon sur rue et que nous sommes nombreux à y prendre part. L'écologie politique s'affine et, comme dans toutes controverses et confrontations d'idées et d'action, il y en a qui l'engage dans la mise en cause même du système, à l'origine d'une partie des «maux de l'environnement». D'autres, cherchent avec la même conviction à la faire avancer à petits pas, dans des ajustements ou négociations pour pourvoir l'asseoir au plus près des citoyens.

Reste que ceux qui participent au dérèglement climatique, à l'exploitation jusqu'à l'épuisement des ressources, à la suprématie de l’économique sur les bien être-durable des citoyens, savent bien comment détourner ce combat et, pour certains, utilisant le discours écologique pour mieux vendre leur camelote.

Le combat pour l'environnement est chaque jour davantage d'actualité tout en sachant que l'environnement c'est le tout qui nous entoure, le climat, la nature, les montagnes et les fleuves mais aussi la politique, les choix économiques, les décisions sociales, professionnelles.

Saura la future Gueule Ouverte s'inscrire dans le nouveau panorama du combat social et politique pour l'environnement sans exclusive et dans la recherche d'une plus large compréhension et surtout, auprès des exclus de tout,  de l'importance de ce combat pour notre avenir?

Voilà, Une Gueule Ouverte, presque cinquante ans après, dont l'intention «pour une écologie sociale, faite 'assemblées populaires, d'autogestion et d'autonomie, de relocalisation délibérative, décisive, productive. Pur une refondation d'une démocratie réelle, directe, horizontale, fédérative. Pour une écologie radicale, intégrale, globale qui accorde sa place à l'être humain dans la nature [...]» Selon leur éditorial. Un journal en noir et blanc, austère dans le format et la mise en page des journaux militants des années 70, insérant également le premier éditorial signé Pierre Fournier et un dossier sur l'écologie sociale, et le portrait de Murray Bookchin, (1921-2006) pionnier américain de l'écologie politique.

On peut savoir davantage sur le projet /ici /lagueuleouverte.info/-

*  *       Et comme un hommage à Pierre Fournier, j'insère ici un court passage d'un de ses articles, avant La Gueule Ouverte (publié dans Charlie Hebdo, mai 1972) d'une grande actualité, me semble-t-il et pas seulement sur l'écologie:

«[...] La sclérose se manifeste quand une prétendue fidélité à ses propres idées bloque toute ouverture sur les idées des autres. Nous ne crèverons pas de notre impuissance face à la complexité des problèmes, mais de la valeur sentimentale et morale que nous attachons à nos préjugés, et qui nous empêche de chercher des solutions dans toutes les directions [...]»  (In Fournier, précurseur de l'écologie * Les Cahiers dessinés 2011)

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