My Lady ou l'office de Juger

L'office du Juge nous est présenté avec finesse et complexité et interprété magistralement par Emma Thompson dans le dernier film de Richard Eyre. Il s'agit de «My Lady», qui raconte les confrontations d'une magistrate aux affaires familiales à Londres, avec la notion de l’intérêt de l'enfant. Confrontation aussi avec sa propre vie et le choix entre le professionnel et le familial.

Résultat de recherche d'images pour "my lady images"       L’interprétation d'Emma Thompson y joue pour beaucoup, faisant ressortir la qualité du récit, la façon d'aborder les conflits, la posture d'une professionnelle à fond dans son travail, exigeante et rigoureuse. A tel point que sa vie personnelle, sa vie intime est délaissée et, comme souvent, c'est l'autre qui s'en aperçoit le premier!

Couple sans enfants, son professeur de mari finit par se lasser du «travail à la maison» des dossiers du Tribunal, du Code civil, de la préparation minutieuse des audiences, avant d'éteindre la lumière au lit. Elle va se coucher prolongeant dans son esprit la finition du propos du lendemain.

Ceci amène Jack (Stanley Tucci) à faire une «petite fugue», pas très longue, mais suffisante pour que My Lady, atteinte par cette mise en demeure, ait le temps de changer les clés de l'appartement. Rien que du classique dans cette séquence..., et avec une petite pointe ironique, “ça arrive même aux juges chargés de juger, justement, les changements de serrure...”

Mais le film c'est aussi ce pied-de-nez d'une femme ultra-occupée, en général c'est les messieurs et surtout confrontée qu'elle est à cette notion aussi explicite qu'équivoque que peut l'être l'intérêt de l'enfant.

Dès le début du film la Magistrate doit trancher, si on peut le dire ainsi, sur le sort d'enfants siamois. S'ils restent attachés, ils mourront. Dans le cas contraire, l'un sera sauvé et son frère mourra. Les parents catholiques, soutenus par un mouvement : «Laissez Dieu juger !» s'y opposent. Dire le droit ici, pour le Juge Fiona Maye, c'est sauver une vie et, comme elle le dira, mi figue mi raisin, en rentrant chez elle «J’ai donné l’ordre de massacrer un bébé.»

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Tout ceci est encore là, bien présent qu'une urgence arrive et lui tombe dessus étant d'astreinte : un jeune homme, mineur quoique proche de la majorité, est à l'hôpital, une transfusion sanguine doit être faite dans les trois jours, mais les parents refusent. Par conviction religieuse ils ne peuvent pas admettre le sang de quelqu'un d'autre pour leur fils Adam (Fionn Whitehead). La communauté religieuse des Témoins de Jéhovah, à laquelle ils appartiennent, les soutient et est présente tout le temps auprès de l'adolescent. Le jeune partagerait l'avis de leurs parents et de la communauté.

C'est dans un moment d'insécurité de sa propre vie affective dont elle vient de sentir le bouleversement de la solitude et de l'abandon que la Magistrate doit apporter une réponse ferme, sans équivoque, définitive en accord avec le droit dont elle est le garant.

Les débats, avec la solennité qui confère toujours le droit pour les justiciables que leur parole soit exprimée et entendue, sont un des moments forts du film où l'envers du décors (avec un greffier à point) rend les aspérités du dispositif plus humaines... Et, ô surprise, My Lady décide de «transporter la justice» auprès du jeune Adam. Instruite des arguments, des connaissances, des ressentis des uns et des autres, Madame la Juge veut entendre Adam connaître son attente sans intermédiaire. Cela ne peut se faire qu'à l'hôpital. Et c'est ce geste, son déplacement au chevet du jeune, avec sa tutrice, cette façon d'être à l'écoute de l'autre qui va nous permettre de mieux cerner ce que la justice, austère, peut parfois permettre de déclencher dans la vie des protagonistes mais aussi des professionnels, ici la Magistrate.

La question de la religion est très présente. D'abord une famille croyante, catholique qui récuse qu'on sépare leurs enfants siamois, sachant que leur mort est inévitable. Ensuite, même au risque de mort, le refus que le sang d'un autre pénètre dans le corps de leur enfant, qui rassemble les parents d'Adam au nom des Témoins de Jéhovah. Entre la croyance, la connaissance de la volonté supposée d'un Dieu et le diagnostic médical, la question de l'intérêt de l'enfant est en première ligne. C'est au droit (celui qui la société a construit et imposé) magistral, d'apporter la réponse: qui, de l'enfant ou des parents a intérêt...?

Il n'y a pas de “happy end dans ce film, mais un questionnement sur ce qui peut paraître comme une dichotomie entre l'intérêt de l'enfant et celui des parents. Même s'il s'agit d'une Juge, c'est un film qui aborde la complexité sans jugement(!). Nous avons la liberté d'élaborer le notre, de formuler notre avis ou ce qui nous paraît le plus juste au vu de nos propres croyances ou de nos convictions.

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Le film de Richard Eyre est une transposition du livre d'Ian McEwan qui l'a lui-même adapté pour l'écran, dont le titre est: L’Intérêt de l’enfant (Folio 6299), auquel j'ai consacré un billet: L’intérêt de l’enfant… et des parents !

 

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