Pour l'Europe, le 9 mai!

Quand on vient d'ailleurs, d'un autre pays européen, être “contre” l'Europe ou de “sortir” de l'Europe, n'a pas le même sens que pour les nationaux. Avant j'étais dans un petit pays, au coin de l'Europe, le territoire le plus occidental, avec Sagres comme pointe. En 1966, traversant les Pyrénées, exilé en France, j'ai découvert l'Europe devenue plus tard mon “pays”. Tout un continent!

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Mes singularités lusitaniennes, se sont enrichies de mes rencontres, de mes confrontations, de mes apprentissages, de mes engagements. Et puis cette Europe, dans son organisation, défectueuse et inégale, est le fruit de ce que les gouvernements de nos pays nationaux, ceux que nous avons élus, en ont fait. Certes, ils s'en sont servis pour prolonger des intérêts qui avaient peu à voir avec les populations mais davantage avec les compromissions et des lobbys puissants qui, progressivement ont miné et détourné l'idée d'appartenance à un continent. Elle est née marchande et s'est affinée en financière.

Mais je reste toujours dans l'idée que les citoyens, à travers leurs engagements ont le pouvoir d'influer, de modifier, de contribuer à d'autres alternatives. Une des origines de son désamour c'est qu'indifféremment, des gouvernements de droite comme de gauche, ont souvent eu recours au dénigrement, à la médisance... de l'Europe (qu'ils ont crée et qu'ils “nourrissent” pendant leurs mandats) pour justifier la prise de mesures impopulaires ou s’accommoder de recommandations qui parfois eux-mêmes ont suscité.

L'Europe ainsi façonnée, a servi et sert encore à placer parfois des commissaires “copains ou des obligés” à Bruxelles. Une méga bureaucratie dont la préoccupation première semble être l'homo œconomicus, alors qu'un destin commun, une volonté commune, une culture qu'on partage, un horizon ouvert ne peuvent se rencontrer que dans un élan mobilisateur de fraternité et de solidarité.

On en est loin, je le sais, et tout ceci ce ne sont que des paroles verbales, qu'on pourrait supposer largement partagées, mais qui ne le sont guère. Les “responsables politiques”, ou tenus pour tel, n'ont pas un discours politique pour “faire” mais un discours pour affirmer et les réconforter dans leur bon droit, dans une sorte d'appropriation de la démocratie. C'est le système démocratique qui les a amené au pouvoir dont ils s’octroient tous les droits... et bénéfices! Et pour les citoyens, à l'occasion des élections il ne me semble pas qu'il s'agisse de “jeter” l'Europe mais d'imposer la volonté de s'approprier de l'Union Européenne. De la modifier, de la transformer, de mettre un terme à ses dérives, bref de s'opposer à sa corruption.

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Le radeau de pierre

Je pense parfois au livre de José Saramago, où il décrit cette faille dans les Pyrénées qui un beau jour provoque le détachement de la péninsule ibérique et voilà que ce Radeau de Pierre se met à dériver dans l'Océan... On connaissait l'engagement politique de l'auteur, proche du Parti Communiste Portugais, et son aversion à l'Union Européenne. On a même dit à l'époque, en 1986, qu'il assumait ainsi sa position critique contre l'entrée du Portugal dans l'Europe. L'Espagne franquiste et les Pyrénées étaient les remparts enfermant les portugais sous Salazar, dans ce “jardin au bord de la mer planté * jardim à beira mar plantado”. Mais on sait que la population, avant la révolution des œillets avait trouvé et défié le pouvoir qui l'opprimait.

Le livre de Saramago, dans une sorte de séquence surréaliste, en détachant la péninsule ibérique de l'Europe, qui va dériver à travers l'Atlantique fait ressortir cette forme d'isolement depuis des siècles de l'autre côté de la chaîne des Pyrénées.

L'utopie dans laquelle Saramago nous entraîne dans un versant critique, l'utopie étant presque toujours l'autre versant de l'analyse, celle qui est souvent ignorée par ceux qui 'possèdent le savoir et le pouvoir' sur ce qu'il faut faire et comment l'imposer...

Dans ce passage de notre histoire, de nos histoires, je ne voulais pas me détacher ici ou ailleurs de ce que fait Europe y compris insulaire et souscrire l'engagement pour que les citoyens s'approprient des moyens de faire changer, transformer, évoluer l'Europe. Je préfère cette utopie que quelque chose est possible si nous nous y mettons.

Plus facile à dire qu'à faire tant les pesanteurs et les obstacles de ceux qui s'en servent de l'Europe s'imposent. D'où pour moi l'idée que ce que nous pouvons transmettre, par l'engagement politique, c'est la volonté qu'elle soit mais différemment, profondément modifié.

Raz le bol de la 'morgue' d'un monsieur Moscovici ou des manœuvres du clan Junker mais ils sont finalement ce que nos élus ont « placé ». Le souvenir de Manuel Barroso (compatriote de Saramago et de moi) qui passe de « maoïste à social-démocrate » avant de devenir président de la Commission Européenne en 2004 et finir (il y est aujourd'hui) par être embauché dans la banque d'affaires Goldman Sachs.

Et alors?

Oui c'est bien la question que je me pose et je constate que beaucoup autour de moi se la pose aussi.

Le discours anti-Europe je le ressens toujours comme une sorte d'exclusion alors qu'il me paraît important d'être dans l'inclusion. Je me méfie toujours de cette volonté de n'être que “contre” et jamais ou rarement “pour”.

Il me paraît que nous sommes confrontés à un sacré défi, celui d'imposer une volonté politique forte contre l'arrivisme, la manipulation et le rejet de l'idée de l'Europe, faute de nous mobiliser pour modifier ces structures à partir des changements dans nos pays.

Pas facile, sans doute. Ce que nous vivons en France depuis novembre 2018 où des citoyens, décrits comme peu ou pas politisés, se battent tous les samedis pour faire entendre leurs voix, exprimer leur désarroi, se faire reconnaître sans que le pouvoir les entend autrement que par la répression policière. Sans qu'ils ne soient non plus entendus par les forces de gauche qui tergiversent entre la sympathie modérée, la sympathie sans conditions mais à distance ou la sympathie pointillée...

Reste que dans trois semaines nous sommes appelés à voter pour les européennes et nous sommes nombreux à nous interroger où et comment confier un de nos très fragiles pouvoirs, le vote.  Comment contribuer pour que le Parlement européen soit un lieu de débat et de pouvoir de décision démocratique.

Il paraît évident, en tout cas pou moi, que nous avons le devoir de faire entendre notre NON sur ce qui se passe dans cette Europe en le faisant savoir par notre refus des partis ou mouvements qui peu ou prou détiennent les pouvoirs. La gauche est divisée, encore une fois, mais est-il possible autrement compte tenu de la faiblesse de nos forces, de nos engagements et de notre volonté de voir plus loin que ce que Macron dicte comme tempo politique. L'idée de faire de ces élections un référendum anti-Macron me paraît un détournement inefficace de l'objectif de mobiliser les citoyens vers un autre projet européen. Le vote écologiste réunissant, avec toutes les limites de sa réelle pertinence, une façon d'affirmer une volonté de mise en cause de l'Europe des politiques de croissance destructrices de l'avenir.

Reste le refus d'apporter son bulletin de vote aux forces en présence (y compris les listes classées gilets jaunes). La tentation est alors de laisser tomber, d'aller à la pêche, de s'abstenir. Il me paraît que c'est une façon d'accorder aux listes où des électeurs se déplaceront, un vote par abstention. Comme si finalement ne pas aller voter serait “comptabilisé symboliquement” par ceux qui en seraient en tête.

Si on est "tenté" par l'abstention, il me paraît que la réponse la plus adéquate serait le vote blanc, qui a une signification politique critique et engagée ce qui n'est pas le cas, à mon avis,  de l'abstention.

L'opposition au clan Macronien, qui me paraît essentiel qu'elle se manifeste politiquement, ce n'est pas lors des prochaines élections que sa politique sera infléchie. En revanche je crois qu'un fort pourcentage de voix exprimées, y compris le vote blanc, signifierait et symboliserait une manifestation collective contre ce que ce pouvoir représente.

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