Le Grand Cahier

Il y a quelques jours, lors de la conférence de presse après son prix Nobel de la littérature, Le Clezio disait « qu'il faut continuer de lire des romans car c'est un bon moyen de comprendre le monde actuel ».Le Grand Cahier d'Agota Kristof est un exemple de ces romans qui nous aident à comprendre le monde où nous vivons.

Il y a quelques jours, lors de la conférence de presse après son prix Nobel de la littérature, Le Clezio disait « qu'il faut continuer de lire des romans car c'est un bon moyen de comprendre le monde actuel ».

Le Grand Cahier d'Agota Kristof est un exemple de ces romans qui nous aident à comprendre le monde où nous vivons.

Il s'agit ici de la guerre et de la façon dont deux frères jumeaux se construisent, se battent pour survivre. « Enfants maltraités devenus à leur tour des enfants maltraitants ».

Au Théâtre du Soleil, la compagnie « Toda via teatro » présente une adaptation fidèle et surtout dans l'esprit et « l'ambiance » rendue si fortement -si durement- par l'auteur.
Le choix d'une mise en scène très créative avec ces deux frères manipulés comme des marionnettes qui s'émancipent vers la fin et de tous les autres personnages joués en double, rend bien la complexité et la progression du récit. De même que les deux frères se parlent, s'interpellent, se cherchent et se confrontent, dans les duos les répliques de chacun se complètent et nous font appréhender les variations d'un discours à deux voix servis par un jeu d'acteurs qui mérite d'être souligné.

Accueillie par le Théâtre du Soleil, (Cartoucherie – 75012 Paris – tél 01 43 98 26 10) la pièce se joue depuis le début du mois jusqu'au 28 octobre et mérite bien que les amis du théâtre et les lecteurs d'Agota Kristof y accourent pour soutenir leur projet et permettre ainsi que la troupe puisse monter la deuxième partie de cette trilogie (« la preuve » et le « troisième mensonge »). Pour ceux qui ne la connaissent pas c'est une excellente opportunité pour découvrir cette hongroise, réfugiée en Suisse depuis 1956 et qui est devenue une écrivaine de langue française.

Il y a quelques années, un jeune enseignant de français a été mis en garde à vue pour avoir proposé à ses élèves de troisième «Le Grand Cahier ». C'était il y a huit ans (le 24 novembre 2000) à Abbeville où quelques parents, soucieux d'ordre morale, avaient porté plainte contre le professeur du Collège Millevoye. Le procureur de la République avait alors expliqué que les poursuites se justifiaient « dans le cadre de la protection de mineurs ». L'académie d'Amiens lui a trouvé un autre établissement.

Déjà quelques années auparavant, fin des années quatre-vingt, au Lycée Fabert de Metz, un professeur a du renoncer à son projet de faire étudier Le grand Cahier à ses élèves de seconde. Il avait alors remplacé le livre d'Agota Kristof par Le Père Goriot ... « fort peu moral » !

C'est en effet une opportunité de découvrir Le Grand Cahier, "journal de l'intime" et exercice de deux frères confiés/abandonnés par leur mère à la grand-mère et témoins des petites et grandes misères de la guerre !

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Lire l'article d'Antoine Perraud, Agota Kristof harponne au Théâtre du Soleil qui retrace bien la force et la trouvaille de cette mise en scène. Il apporte aussi un riche "prolongement" sur l'affaire d'Abbeville.


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