Chronique d'une chute annoncée ou voulue dans le 94

Le débat sur la fin de vie -politique- fait rage dans le Val de Marne. Il ne reste plus que deux départements (Val de Marne et Allier) avec un président encarté PCF et celui du dernier bastion de la «banlieue rouge» est en très mauvaise posture. «Plus divisée la gôche, tu meurs», me disait une amie de Cachan après son tour au marché de dimanche dernier.

Le débat sur la fin de vie -politique- fait rage dans le Val de Marne. Il ne reste plus que deux départements (Val de Marne et Allier) avec un président encarté PCF et celui du dernier bastion de la «banlieue rouge» est en très mauvaise posture. «Plus divisée la gôche, tu meurs», me disait une amie de Cachan après son tour au marché de dimanche dernier.

Nombreux militants dans la classique distribution de tracts à la veille des élections, elle prend celui du Front de Gauche; à l'autre bout du marché on lui tend un autre et elle dit l'avoir déjà, «mais non, nous ne sommes pas ensemble», PCF et PG ne se seraient pas entendus. Les Verts non plus, bref, comme si tout ce monde s'était donné le mot, conclut-elle «faites vous-même votre malheur» pour plagier Watzlawick. Autrement dit, gardons nos certitudes et affirmons notre inébranlable orthodoxie, pendant que les électeurs vont voter (ou pas)! On pourrait presque dire qu'au fond cela n'a aucune importance, «ce n'est pas pour nous qu'ils voteraient...».

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Toutes les conditions sont réunies pour que le département, grâce à cette unanimité de division, qu'on observe aussi dans d'autres communes, soit dirigé par une équipe de droite comme celle qui préside déjà aux destinées de St Maur des Fossés.

Le député-maire y a invité il y a cinq jours, le Président de l'UMP, Nicolas Sarkozy qui a réuni environ trois mille personnes pour «lancer la reconquête du Val-de-Marne».

La «honte» d'être élu dans un département dirigé par un communiste

Parlant d'une «vague immense en train de se former», Sarkozy a rassemblé avant son meeting tous les candidats du département dans le salon de la Mairie pour leur tenir un discours soulignant «l'anomalie» que représente la majorité dans ce département. «Quand vous pensez à ce que représente le mot communiste, partout dans le monde, que vous êtes de ce département du Val-de-Marne et que vous êtes l'un des deux derniers départements, avec l'Allier, dirigés par des gens qui n'ont même pas honte de se dire communistes alors que l'on sait les ravages que cette idéologie a faite dans l'histoire du XXème siècle, qui a échoué partout, qui a semé la terreur d'un bout à l'autre de la planète, où pas un seul endroit où il n'ait été au pouvoir il n'y a eu le début du commencement d'une réussite, notre responsabilité est de gagner les élections cantonales». Message de combat, culpabilisante envers ces élus d'un département qui serait usurpé par "des gens qui n'ont pas honte de se dire communistes".

Mais au-delà des discours il y a les actes et, pour ce qui est du logement la commune de Saint-Maur-des-Fossés, plus de 70 000 habitants, ne dispose que 7 % de logements sociaux. Il préfère, le maire UMP, payer tous les ans une amende de 3,7 millions d'euros, que de se conformer à la loi SRU, qui prévoit 25 % de logements sociaux par commune. Dix-neuf autres villes, dirigées par la droite, ne respectent pas ce principe de la loi. Encore sur le plan social, un sénateur l'UMP, Christian Cambon, maire de Saint-Maurice, et responsable départemental UMP, a déposé un amendement sur la loi de transition énergétique, autorisant que l'eau soit coupée à des familles en difficulté de paiement.

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Faujour, dessine beaucoup sur le Val de Marne

Pendant que Sarkozy voit partir "Du Val-de-Marne […] la grande victoire pour la reconstruction de la France", le sénateur UMP se réjouit déjà "si on renverse le Val-de-Marne, ce sera énorme, un événement national". Aux municipales la droite a conquis 26 sur 47 villes, dont Villejuif, dirigée par les communistes depuis 1925 où Georges Machais a été député. Dans la commune de Champigny-sur-Marne, canton de l'actuel président Christian Favier, ce n'est que grâce à une triangulaire et par un score très serré, que le maire sortant PCF, a été réélu.

Quelle leçon? des municipales...

Les leçons des municipales ne semblent pas avoir servi pour mobiliser les forces de gauche ou apparentés et défendre la politique plutôt engagée socialement auprès des populations dans ce département.

De son côté le FN se félicite de cette zizanie à gauche et des ambiguïtés à droite. Présentant des candidats dans 25 cantons, espère obtenir quelques élus et peser dans le 3ème tour des élections. Même s'il est peu représenté sur le terrain, le Front National sort un de ces thèmes favoris, «la préférence étrangère appliquée de façon éhontée par les services sociaux du département». Le candidat FN de Champigny sur Marne énumère même que la jeune Boumedienne, épouse du terroriste Coulibaly avait fréquenté un lycée à Champigny sur Marne, où était aussi né le djihadiste Dos Santos, parti en Syrie au mois de novembre dernier. La preuve de...?, on ne sait pas quoi, mais ça touche l'électeur...

Les jeunes populaires de l'UMP déclarent déjà: '94, future ex-banlieue rouge'. L'ordre de marche dispersé des forces de gauche ou apparentées, paraît leur donner raison avant même l'élection. On entend parfois dire qu'ils ont l'air de se battre entre eux et de laisser tomber l'essentiel (les «cocos, me disait un patron de bistrot à Choisy, veulent mettre la clé sur la porte, ils ne font plus face...»). Argument un peu court, mais l'attitude collective de tous ces responsables politiques laisse perplexe.

Le communiqué du Parti de Gauche d'Arcueil-Cachan est significatif à cet égard, refusant toute recherche d'alliance dès lors que de près ou de loin, le maire socialiste de Cachan, soit concerné. S'agissant d'une élection locale, connaissant le travail fait dans cette commune par les successives coalitions -pas seulement du PS- qui dirigent la ville, on ne peut qu'être surpris par des calculs, supposés nationaux, qui dépassent de loin les électeurs locaux. Reconnaissons cependant la clarté du propos, dans la conclusion du communiqué du Parti de gauche: «Nous n’entretiendrons pas la confusion politique, à l’heure où triomphent en Grèce nos camarades de Syriza, qui ont su, eux, n’accepter aucune compromission avec le PASOK». Disons que la Grèce est un peu loin dans les préoccupations des Cachanais...

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Dubuffet en face du Mac Val à Vitry sur Seine

Pas dans les urnes, la mobilisation est dans les bureaux du Conseil Général

Mais si ces élections ne mobilisent ni enthousiasment les val-de-marnais, ce n'est pas la même chose dans les services du Conseil Général. Bon nombre de directions ont commencé à faire fonctionner la broyeuse de documents, rien que de très habituel dans les périodes où les estimations officieuses ne laissent pas l'illusion d'échapper à la bérézina. Les hauts-directeurs se regardent en prévision de mauvais jours!

Le service des relations internationales se prépare à une nouvelle volonté de destination pour ses élus, le Burundi ou Cuba ou ce qui reste de l'Afrique du Sud de Mandela, risquent de ne plus être les partenaires de la coopération du futur...

De même dans le secteur de l'enfance et de la famille. On sait que ce département a eu, par le passé, une politique d'ouverture et d'investissement dans le secteur de la petite enfance, notamment avec un travail de grande qualité dans le secteur des crèches. Des voix de l'opposition évoquent déjà le coût élevé de cette politique. On connaît par ailleurs que les crèches ne sont pas souvent une priorité et que le curseur est davantage fixé sur le nombre de bébés accueillis et moins sur la qualité de cet accueil. Sachant qu'il y a un nombre important d'enfants d'origine étrangère, avec des parents non électeurs, ce n'est pas faire injure que de craindre là aussi un revirement des priorités.

La structure de l'ASE sera aussi une cible que les nouveaux «mandants» du Conseil Général risquent de vouloir "réformer". Il est certain que cette structure, quelque soit la majorité sortie des urnes, a besoin de profondes transformations tant les bouleversements à l'intérieur soulèvent des interrogations légitimes des équipes et des travailleurs sociaux dont les syndicats se font régulièrement écho. Mais ce serait un autre article et la rédaction de Mediapart pourra y investiguer, dans un travail indispensable pour comprendre le fonctionnement et les enjeux qui président aux orientations de la politique de protection de l'enfance.

Nous ne sommes pas encore là, mais le dernier bastion de la région parisienne estampillé PCF, semble se conformer à la déroute électorale annoncée, par la façon dont politiques et états majors analysent et se comportent dans les préparatifs des Départementales 2015. Comme un déni des effets suite aux municipales qui laissaient prévoir une mise en cause profonde de la majorité de gauche. Et finalement des abstentions on en parle peu, comme si dans les cités du Val de Marne on se disait: «départementales, c'est quoi?».

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