Dans un hôtel dit social, un mineur tué à Suresnes!

C'est le département le plus riche de France et pourtant la protection de l'enfance n'est ni sa priorité ni sa préoccupation. Faute de structures adaptées, la PJJ (et l'ASE) logent des mineurs en difficulté dans des hôtels, supposés “social”. Sans encadrement et sans référent... à l'hôtel Savoy de Suresnes, ils sont 30 et hier un jeune de 15 ans à tué à coups de couteau un autre de 17ans.

A l'heure qu'il est les circonstances ne sont pas connus du public. On sait néanmoins que ces hôtels privés sont souvent utilisés, sur tout le territoire, remplacent les structures qui devraient accueillir, accompagner des mineurs sorties du cursus scolaire, renvoyés de toutes parts ou victimes de maltraitances. Aussi bien la PJJ (Protection Judiciaire de la Jeunesse) que l'ASE (Aide Sociale à l'Enfance) sont les fournisseurs et payeurs de la prestation d'hébergement sans aucune autre contrepartie.

Souvent dénoncés du fait de l'absence de cadre socio-éducatif pour permettre à ces jeunes de s'en sortir autrement que dans l'oisiveté de la rue ou dans les premiers pas de la délinquance, ces lieux ne bénéficient pas de professionnels et ces mineurs sont laissés à l'abandon “éducatif”.

Selon l'AFP, une travailleuse sociale syndiquée à la CGT, expliquait qu'on s'oriente vers un "travailleur social unique, malléable, transposable […] On a prévenu qu'il y allait avoir des drames et là voilà, il y a eu un mort", a-t-elle déploré.

De son côté le Maire de Suresnes dit avoir interpellé "depuis plus d'un an, avec d'autres, Patrick Devedjian (président LR du conseil départemental) sur la situation inacceptable à l'Aide sociale à l'enfance", et ajoute "Le département, malgré un excédent budgétaire honteux de 500 millions d'euros par an, refuse de mettre les moyens nécessaires pour protéger les enfants placés", a poursuivi M. Iacovelli, ex-PS, demandant à rencontrer M. Devedjian.

Ce drame va sans doute soulever les déclarations d'usage sur la tristesse et l'émotion qu'une telle violence et un tel dénouement provoquent. Le récent secrétaire d’État à la protection de l'Enfance va sortir encore des lieux communs, comme il l'a fait récemment à la télévision lors d'un débat “il faut remettre l’enfant au centre. Au centre de quoi, de l'hôtel social de Suresnes? des préoccupations gouvernementales? des politiques publiques pour l'enfance et la jeunesse? des jeunes qui sortent du système scolaire sans formation ni diplôme?...

Ils ont décidé de réduire le temps que je peux te consacrer”

Il me paraît opportun de citer le tract d'un éducateur de la PJJ, syndiqué CGT, daté du 7 octobre dernier, qui dénonce les choix politiques qui sont faits. Extrait:

[…] Mais, tu vois, petit, je n’ai pas assez de temps pour toi.

Ce dont tu as besoin, je le sais, c’est de temps. Du temps d’adultes. Des adultes fiables et présents. Du temps pour te construire, te déconstruire et te reconstruire. Du temps pour poser tes lourdes valises et pour souffler.

Mais, vois-tu, petit, le temps est une denrée de plus en plus rare de nos jours. Je pourrais t’expliquer que nos «élites», qui se considèrent être nos seigneurs et maîtres, ont décidé que le temps, c’était de l’argent et qu’il devrait être mieux employé à financer les banques ou à financer la finance qui finance la finance. L’humain, l’humanisme, l’humanité, c’est has been. Le pognon, c’est trendy. Et toi, petit, tu ne rapportes pas de pognon. Enfin, pas encore...

En plus, maintenant, ils veulent encore réduire le temps auquel tu as droit pour changer, mûrir, évoluer... Ils préfèrent te voir enfermé entre quatre murs, confiné et empêché que libre de grandir à ton rythme. Ils veulent tout accélérer au risque de perdre encore plus de temps à force de ne pas vouloir le prendre.

Alors, tu vois petit, ils ont décidé de réduire le temps que je peux te consacrer, que l’on peut te consacrer. Ils nous ont accablé de boulot, ils nous ont donné mille tâches qui nous éloignent de toi. En même temps, si on nous laissait faire, on risquerait de te donner des idées de liberté et d’indépendance... Certes, on prend sur notre propre temps, notre temps personnel, notre temps de cerveau disponible. Il y a même un mot pour ça: l’engagement. Mais, tout engagement a ses limites et notre temps reste trop limité.

Je pourrais te parler du fait qu’ils se fichent bien de nous, qu’on est payé au lance-pierre, que même quand ils font semblant de nous augmenter, ils se débrouillent pour qu’au final, on gagne moins. Je pourrais te parler de notre administration malade à force d’être maltraitée et maltraitante...

Mais, j’ai un peu honte de te raconter tout ça, vu ce que tu as vécu et ce que tu vis. J’ai un peu honte car ces considérations ne devraient pas entrer en ligne de compte quand on parle de l’avenir de nos enfants...[...]

Ce jeune de Suresnes n'a plus besoin de temps à lui être consacré... il est trop tard!

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photo Suresnes, jeudi 12 décembre. Le crime a eu lieu dans cet hôtel. Le Parisien/David Livois

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