Citoyens-sportifs ? NON à la politique !

Le Président du Comité olympique français(CNOSF) vient de faire une sévère mise au point dans le journal Le Monde (12 avril) avec une tirade en sous-titre « que les censeurs ne demandent pas aux sportifs de s'engager à la place des responsables politiques ».Et M. Sérandour laisse entendre que la bonne santé financière du Comité olympique international explique « l'indépendance du mouvement olympique vis-à-vis du pouvoir politique ».
Le Président du Comité olympique français(CNOSF) vient de faire une sévère mise au point dans le journal Le Monde (12 avril) avec une tirade en sous-titre « que les censeurs ne demandent pas aux sportifs de s'engager à la place des responsables politiques ».Et M. Sérandour laisse entendre que la bonne santé financière du Comité olympique international explique « l'indépendance du mouvement olympique vis-à-vis du pouvoir politique ». Il considère que les athlètes se faisaient une joie de porter la flamme olympique et certains se sont fait insulter comme des vauriens”. Dans ce lot il y a le champion français David Douillet qui s'est fait bousculer par les agents chinois déguisés en sportifs – bleus, qui lui ont éteint la flamme : au propre et au figuré! Cela veut dire que c'étaient les “officiels chinois” qui dirigeaient le parcours de la flamme. Est-ce une preuve de l'indépendance du mouvement olympique face au pouvoir politique du pays organisateur voire du gouvernement français ? David Douillet, qui ne peut pas être accusé de “subversif opposant”, étant un militant UMP, est un exemple de l'incongru de la “leçon” de M. Sérandour. Car on peut se demander si le Président du CNOSF « autorise » que les athlètes français soient des citoyens avec une pensée, une conviction, un droit d'expression et d'action. Il est question dans cette tribune d'une population à part qui serait corps et âme tournée vers le sport, comme si le contexte, le cadre où ces sportifs s'entraînent, s'engagent et sont choisis étaient en dehors de la réalité politique, économique et sociale du pays qu'ils représentent ou qui les accueille. Il y a quelque chose de totalitaire dans la forme d'exigence faite à ces sportifs d'une non-existence en tant que citoyens, libres de pensée et avec la responsabilité de chaque citoyen envers ce qui l'entoure et le monde où il vit. On pourrait même dire qu'en tant que figure publique et bénéficiaire des moyens mis à sa disposition par l'Etat (donc par les contribuables) ce citoyen-sportif serait encore plus en alerte avec “l'esprit de fraternité, de paix et de tolérance” dont parle M. Sérandour.Le “message d'un monde meilleur” ne peut se prévaloir du “respect de la trêve olympique”. Pendant ‘la trêve les affaires continuent’ et la police chinoise au Tibet mais aussi sur le continent s'exerce contre toute tentative d'expression pour la liberté. Ce n'est que le peuple chinois qui par ses choix, par sa prise de conscience, par sa propre volonté en adéquation avec son histoire et ses valeurs saura progressivement conquérir la liberté. Il ne s'agit pas de boycotter une épreuve sportive mais il serait important que les citoyens-sportifs le soient en liberté et que cette manifestation soit réellement sportive car les censeurs, contrairement à ce que dit M. le Président, n'étaient pas dans les rues de Paris mais à Pékin privant les citoyens de ce pays de connaître l'opinion du monde. Et le censeur est, d’une certaine façon, dans son bureau quand M. Sérandour interdit aux athlètes français de porter le badge « pour un monde meilleur », pourtant bien ‘soft comme slogan’ ! Justifiant le choix de la Chine, M. Sérandour affirme que “les membres du CIO ont fait celui de l'ouverture par rapport à l'exclusion”. On ne peut qu'être consterné devant cet argumentaire. La Chine n'était pas exclue, c'est la liberté d'expression qui est exclue -interdite- dans ce pays.Le titre de son plaidoyer : “J.O. : les athlètes pris en otage” exige qu'on s'y attarde. Quand on sait ce que vit Ingrid Bettancourt, qui est “otage”, l'utilisation de ce mot lorsqu'il s'agit de la manifestation d'un autre point de vue est outrancière et demanderait davantage de discernement. Pour information, une proposition de lecture au Président : “La flamme infâme” par Antoine Perraud, blog, Mediapart du 9 avril 2008.

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