Cupidité, Corruption, Cynisme, nouvelle devise?

Une amie me disait que petite, à la maternelle, sa maîtresse avait appris à lire à ses élèves la devise Liberté, Égalité, Fraternité sur le fronton de la Mairie en face de l’école. Elle trouve qu’aujourd’hui ce serait trois C: Cupidité, Corruption, Cynisme. La façade de la Mairie reste la même mais je ne suis pas loin de penser qu’elle a raison. C'est qu'ils ont aussi changé l’esprit!

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Sur le fronton de la Macronie, la devise de ‘l'ancien monde’ inscrite sur les lieux publics, est remplacée par une autre qui serait celle du ‘nouveau monde’ mais celui qui est le sien et de son clan inspiré par la cupidité, la corruption, le cynisme!

Même si ça peut paraître excessif, nous pouvons constater que l’ère Macronienne, pas très différente des précédentes, a accéléré l’usurpation des valeurs démocratiques.

*  La liberté est bien mise à mal par des dispositions d’exception concernant les manifestants et les manifestations… et pas seulement les violences policières qui semblent s'inscrire dans une totale impunité. 240 enquêtes ont été ouvertes, 60 ont été transmises à la justice en attente de traitement. Par ailleurs aucune enquête IGPN (Inspection générale de la police nationale) n'a abouti. Mais ces atteintes à la devise de la République sont aussi la convocation de journalistes pour avoir révélé la vente d'armes à des pays en guerre, des enseignants pénalisés pour avoir critiqué les mesures dites de réforme du ministre de l’Éducation Nationale, ou le décret qui vient de paraître au Journal Officiel autorisant le signalement à l’État des patients hospitalisés sous contrainte en psychiatrie. Pour croiser avec le fichier avec le fichier des 'radicalisés'. Si une personne est hospitalisée sous contrainte suite à une tentative de suicide, son nom sera transmis à l’État pour vérifier s'il y a des antécédents de radicalisation. De même que les manifestants du samedi, avec ou sans gilet, soignés aux urgences doivent être "dénoncés" à la police avec tous les détails, y compris la couleur des chaussettes comme l'a souligné le Canard.

* * L’égalité entre les citoyens, entre les femmes et les hommes, entre les autochtones et les migrants et réfugiés, entre actifs et chômeurs… est mise à mal ou plutôt de plus en plus marquée comme un signe de l’inégalité qui va en progressant et tend à s'amplifier : “...entre 2003 et 2013, les plus modestes ont gagné en moyenne 2,3 % de pouvoir d’achat alors que sur la même période, les 10 % les plus riches ont vu leurs revenus augmenter vingt fois plus (42,4 % de hausse)”. Le rapport de l’Observatoire des inégalités note, “selon le sens de lecture, les femmes gagnent en moyenne 18,6% de moins que les hommes… ou bien les hommes gagnent 22,8% de plus que les femmes. L’écart était de 448 € nets en 2014”. Et on pourrait continuer ainsi.

* * * La fraternité semble exclue des grandes décisions d’un État qui clive la population, fragilisant les liens entre service public et usagers, déshumanisant les rapports par le démantèlement des actions publiques. Les paroles du pouvoir et on l'a entendu de la bouche du Président, omniprésent dans le Débat médiatique qu'il a souhaité et fait mettre en place, où son discours a essayé de gommer ce qui faisait débat pour les citoyens, le pouvoir d'achat, la reconnaissance en tant que citoyens, la dichotomie entre les institutions fatiguées et un exécutif qui utilise les mêmes méthodes face à la rue, avec ou sans gilet, qui conteste et interroge. Comme si finalement la 'fraternité' née de ces rencontres improbables des citoyens dans les ronds points ou les manifestations, représentait un danger à qui on 'lâchait' des policiers. Ce ne sont pas des mesures pour la fraternité mais plutôt pour l'affrontement entre citoyens, les uns avec uniforme les autres avec ou sans gilet jaune.

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dessin de Kichka, merci!

À la place de liberté, égalité, fraternité, les trois C seraient une des versions vraisemblables: Cupidité, corruption, cynisme.

La cupidité qui existe depuis toujours, semble avoir pris les rênes de ce pouvoir. Un exemple privé d'hier donne la tonalité du phénomène. L'écart est en soi vertigineux: la patronne de L’Oréal, possédait plus de 31,2 milliards d’euros, ce qui représente l’équivalent de 1,77 million d’années de salaire minimum (smic). Un excellent article de Martine Orange, rappelle en 2016 la 'cupidité chez Veolia' : “ 200 millions d’euros ! La cupidité des dirigeants est décidément devenue sans limite. Depuis des années, la chronique des affaires de rémunération et d’enrichissement personnel dans le monde patronal ne cesse de s’étoffer.  Mais cette affaire traduit un degré supplémentaire dans l’effondrement moral, l’absence de toute éthique, de tout scrupule. Avec un sentiment complet d’impunité, ces dirigeants se sont appuyés sur leurs connaissances, ce petit monde de réseaux, de combines, d’entre-soi qui fait si souvent la marque du capitalisme français, pour monter leur machination. L’argent emportant tout”. *in le banquet des fauves

Et aujourd'hui le procès des Balkany rejoint les deux items 'Cupidité et Corruption'...

*  *  La corruption qui par petites touches nourrit aussi l'actualité Macronienne a commencé dès son premier gouvernement avec l'affaire de son Garde des Sceaux, François Bayrou, les affaires immobilières de son ex-ministre, devenu président de l'Assemblée Richard Ferrand, le petit arrangement avec la dame de Le Gendre qui est nommée Directrice de la Communication de la Française des Jeux, la veille du vote au parlement. L'ami-du-couple, écrivain, Besson, nommé Consul au prestigieux et "littéraire" poste à Los Angeles. Au-delà des sommes, c'est aussi la manière, la forme dont on corrompt les valeurs de la démocratie... C'est une cause nationale le combat contre la corruption et pour l'éthique en politique, dont Anticor est une des associations citoyennes.

Dans la récente séquence de l’incendie de Notre Dame de Paris, on a assisté à la course-concurrence des grands-donateurs Arnaud, Pinault, Bettencourt, Bouygues… qui laissent deviner leur ‘cupidité’ à travers leur charitable-générosité-fiscale !

*  *  *  Le cynisme c'est un de ses proches qui le dit selon le Journal Le Monde du 15 mai, « Emmanuel, ce que j’aime chez lui, c’est son cynisme absolu. Il rend les gens amoureux de lui », sourit un de ses amis, lui-même conquis. On ne compte plus le nombre de ses interlocuteurs qui se sont sentis uniques après avoir reçu un petit mot de sa part sur la messagerie Telegram. « Comment tu sens les choses ? », « Tu es formidable ! ». Ou, pour ceux que le président de la République n’a pas eu l’occasion de voir depuis longtemps : « Tu me manques. » « Il pourrait séduire une chaise », écrivait à son propos le romancier Emmanuel Carrère dans les colonnes du quotidien britannique The Guardian, à l’automne 2017.

C'est en effet une des caractéristiques du Président et forcément qui transparaît dans l'action gouvernementale. Le discours sur l'accueil en France et les mesures mises en place notamment par l'ex-ministre de l'intérieur Collomb. On s'en souvient de la séquence laissée fuiter sur le 'pognon de dingue' à peine quelques jours avant son discours social prévu à Montpellier.

Avec une bonne dose de cynisme, le pouvoir entend les revendications sous le registre de la colère, des insatisfactions ou incertitudes et leur expression des samedis comme des troubles. Une façon de minorer leur force en dépolitisant l'action et la crise sociale qui est présente depuis six mois.

En matière de sécurité et action de la police, le pouvoir refuse de reconnaître les violences policières, Le président affirmant que la France 'est une nation "des plus libres au monde", "puisque "chacun est protégé dans ses droits et dans sa liberté d’opinion". Poussant l’arrogance à son paroxysme, il ajoute qu’il ne saurait accepter « aucune forme de violence ».

Et dans l'actualité, suprême ultime manœuvre posant la question de l'enjeu européen comme un duel ou un "vote unique-utile" entre lui (Macron) et elle (Le Pen). Et pour cela l'utilisation sans retenue ni vergogne de sa dernière conversion-d'opportunité, l'écologie. Depuis deux ans que les lobbys (dixit Hulot) ont porte ouverte ou table mise à l’Élysée, que ce soit l'agriculture, le nucléaire ou les chasseurs... et à Matignon un premier ministre "qui n'a pas la fibre environnementale, il faut qu'il travaille là-dessus" reconnaît un de ses amis dans le Monde du 7 mai.

* *

La crise sociale n'est pas une invention des gilets jaunes, et ils ne sont pas les seuls à l'exprimer. Le gouvernement n'a pas su y apporter une réponse politique. Les forces de gauche, voire les syndicats, sont restés entre l'expectative et la paralysie car cette prise de conscience, dans ses bases et sa genèse, conteste les mouvements et partis. Et pourtant nous sommes bien dans une interrogation où la devise de la République est sournoisement mais sans complexes mise en cause... et remplacée par une politique de clan et de destruction du tissu social. Pas sur le front des Mairies mais sur le front des citoyens!

La mobilisation générale paraît indispensable mais les différentes nuances de la gauche se regardent beaucoup... pour mieux affirmer leur "différence" !

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