«Comparution immédiate...» au Rond-Point!

«Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir». Ce n'est pas une pièce de théâtre pour illustrer la fable de La Fontaine, mais c'est bien ce qu'elle nous suggère... Comparution immédiate: une loterie nationale?, de Dominique Simonnot, au Rond-Point à Paris nous raconte «Justice et injustices en France»!

Avec une excellente interprétation, on peut dire performance, Bruno Ricci joue tous les rôles, le Juge, le procureur, le prévenu, l'avocat mais plus encore tout cela au pluriel, les juges dans leurs variantes, les proc's dans leurs accusations rapides, les avocats tantôt engagés tantôt à la va vite et les prévenus dans leur détresse, leur difficulté à dire, à faire comprendre, à se la raconter, faire le mariole ou à se défendre.

Ce spectacle est le résultat du travail très fructueux de Michel Didym, metteur en scène, et de la journaliste Dominique Simonnot qui ont fait la dramaturgie à partir des chroniques qui, tous les mercredis, dans le Canard Enchaîné, nous alertent sur l'état de la justice, en décrivant et décortiquant ce qui se déroule dans tous les Tribunaux de France. Autrefois appelé les flags, flagrants délits, dont on a arrondi le nom et qu'on nomme maintenant comparution immédiate. Ce changement de nom n'a pas modifié cependant ni la forme ni la pratique.

Comme le signale la note d'intention: “On y voit défiler des voleurs, agresseurs, époux violents, sans-papiers, dealers, toxicos, cambrioleurs. Et ceux qui ont, encore, bu un coup de trop, insulté un policier. Et aussi des malades mentaux et des innocents. Et, maintenant des « gilets jaunes ». Tous jugés à la sauvette, défendus par des avocats commis d’office qui n’ont eu que quelques minutes pour examiner le dossier”.

Ce sont des “coups de barre” (nom de la chronique du Canard) mis à jour par Dominique Simonnot qui, avec l'humour-maison et la plume impertinente du palmipède, ne laissent pas indifférent sur le sort des prévenus soumis à une justice expéditive, simplificatrice, rarement curieuse ou intéressé par l'autre côté du rapport de police.

À coup sûr, il y a des juges qui aimeraient faire autrement, probablement certains procureurs s'interrogent le soir sur les coups de barre qu'ils ont assené et peut-être que des avocats se demandent mais à quoi ça sert ce que je raconte?

Le résultat est que le sort des personnes, d'ici ou d'ailleurs dont Dominique Simonnot nous raconte une séquence dans leur vie sont bien mal partis, ne sont pas bien vus par la séquence justice parce qu'ils ne sont ni reconnus ni pourvus par toutes les autres séquence éducation, santé, travail...

La scène est minimaliste, mais suffisamment efficace pour que venant à la barre, Bruno Ricci, notre multi-facettes de la justice, nous touche par son jeu, sa qualité à nous faire reconnaître les tics des métiers, les aspérités de la fonction, l'insécurité des “mise en cause”, tout en feuilletant les dossiers qui s'ajoutent au pied du pupitre...

Même si le propos est souvent dramatique, désespérante, il nous fait parfois rire et surtout nous émeut quand il nous lit des courts témoignages qui sont autant de cris, d'éveilleurs de nos sentiments!

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Cette Comparution immédiate se joue au théâtre de Jean-Michel Ribes, au moment où sort en librairie un recueil de chroniques de Dominique Simonnot intitulé justement, “Coups de barre, justice et injustices en France”. On ne le verra pas dans la liste d'ouvrages de préparation à l'école de la magistrature mais il y serait précieux... à condition qu'on puisse causer après car de ces coups de barre on ne sort pas indemne!

* Au théâtre jusqu'au 2 février 2020 Accueil - Théâtre du Rond-Point Paris

** en librairie Coups de barre, éditions Seuil [Ce livre est dédié à Vamara Kamagaté... lire dans le premier commentaire]

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