Assurances : et la solidarité “bordel”?

Dans son allocution du lundi 13, le président s'est voulu percutant à l'égard des banques et des assurances... qui “doivent être au rendez-vous de cette mobilisation économique. J’y serai attentif”, avec cette façon bien à lui, “faites gaffe, je surveille”... La Maif a répondu, avant son discours, d'une façon singulière.

Et c'est le Canard Enchaîné de cette semaine qui nous assure que les assureurs manquent de franchise”. L'hebdo fait référence à la pétition d'un chef cuistot, Stéphane Jégo, qui demande que le gouvernement décrète l’état de catastrophe naturelle sanitaire”, seul moyen pour que les assurances indemnisent les ''commerçants, confrères, éleveurs, producteurs, tout acteur...''

En effet, les assureurs font la fine bouche et, relate l'hebdo du mercredi, «Les pertes d'exploitation liées aux pandémies ne sont assurées dans aucun pays au monde, car ce risque est inassurable », pleurniche la Fédération française de l'assurance (FFA). Le pédégé d'AXA, Thomas Buberl, se fend tout de même d'un beau geste : il promet qu'à la prochaine pandémie il remboursera... si, d'ici là, l'assuré a cotisé à un régime d'assurance ad hoc, inspiré de celui existant pour les catastrophes naturelles. Trop fort! Au fait, une catastrophe sanitaire n'est pas naturelle ? » D'ailleurs la présidente de la FFA, Florence Lustman, n’écarte pas l'assurance-pandémie, à condition que la prise en charge de cette nouvelle assurance s’appuie sur un «partenariat avec l’État». Moins d’État pour nos marchés, plus d’État pour nous couvrir... il est toujours là, leur virus”!

Certes, les grands assureurs se sont engagés à verser 200 millions d'euros pour le fond de solidarité crée par Bercy, ce qui n'est pas excessif au regard des bénéfices en 2019. Le Canard le rappelle (7,9 milliards d'euros pour Allianz, 3,9 pour AXA... «[...] Les assureurs ont un grand coup de mou, ne remboursant aucune des pertes d'exploitation que cause le virus. En dépit de leur pleine forme financière et de leur chiffre d'affaires cumulé à plus de 200 milliards, ils se défaussent. Idem pour les gros de l'assurance-crédit -Coface, Atradius ou Euler Hermes-, qui rechignent à garantir les transaction entre entreprises».

La MAIF à contre-courant

C'est une modeste contribution, vu l'ampleur de la crise sanitaire, mais significative de ce que le mot solidarité peut aussi comporter. La MAIF, a décidé de proposer aux sociétaires, ayant un contrat d'assurance automobile, une ristourne de 30€ par véhicule. Pour l'assureur mutualiste Le confinement fait chuter le nombre d’accidents de la circulation. La MAIF réalise ainsi des économies, estimées à 100 millions d’euros.

Chaque assuré peut choisir, soit de se faire rembourser des 30€ soit de reverser sur forme de don, par l'intermédiaire de la Maif, aux trois fonds choisis par l'assureur : * au profit des soignants, via la Fondation des Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France,  ** au profit de la recherche, via l’Institut Pasteur, *** au profit de l’action sociale, via le Secours Populaire.

Une expression de solidarité qui pourrait, qui devrait faire des émules, pas pour attiser des rivalités mais susciter des envies de réinventer des solidarités.

De son côté, un autre assureur mutualiste, le groupe Macif aurait “mobilisé 20 millions d’euros pour lutter contre le coronavirus”, destinés entre autres à la Fondation de l’AP-HP ou aux Restos du Cœur''.

C'est que ce “virus” sert de révélateur, là aussi des comportements individuels et collectifs et le sens du mot solidarité, quand “plus rien ne va de soi” pour la grande majorité des citoyens et pour le pays. Et le président d'AXA est bien à sa place... en matière de dividendes. Il a décidé de reporter l'AG des actionnaires, sans pour autant envisager de suspendre le versement des dividendes (que l'assureur avait déjà prévu en hausse de 7%).

Même les “paroles verbales” du président «Le moment que nous vivons est un ébranlement intime et collectif... nous l’avions sans doute oublié», ne semblent pas toucher outre mesure le DG d'AXA... il sait que c'est du discours!

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Bref rappel, en 2016:

Macron permet aux clients fortunés d’Axa d’accéder au Private-Equity…

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La loi Macron a rendu éligible le capital-investissement dans les Unités de Compte des contrats d’Assurance-Vie *

le ministre de l'économie écoute le DG d'AXA le 07/07/2016

 

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