La Tête Haute: de la colère et du courage

Le Festival de Cannes, version 2015, a ouvert avec un film exigeant, dit social, pas dans l'air du temps des succès rapides, sans paillettes et qui nous invite à réfléchir à l'état de notre monde, qui nous est proche. En quelque sorte du cinéma vérité dans une vraie fiction, l'histoire d'un « morceau de vie » d'un adolescent de seize ans.

Résultat de recherche d'images pour "la tête haute images" Le Festival de Cannes, version 2015, a ouvert avec un film exigeant, dit social, pas dans l'air du temps des succès rapides, sans paillettes et qui nous invite à réfléchir à l'état de notre monde, qui nous est proche. En quelque sorte du cinéma vérité dans une vraie fiction, l'histoire d'un « morceau de vie » d'un adolescent de seize ans.

C'est Emmanuelle Bercot, la réalisatrice qui avait déjà abordée les questions des adolescents (scénariste pour Polisse autour de la Brigade des Mineurs ou Backstage sur le phénomène des fans). Ici l'histoire d'un jeune de dix-sept ans, dont les premières séquences se passent dans le bureau du Juge des Enfants quand, à six ans sa mère l'abandonne pour qu'il soit placé.

Avec une affirmation sans concessions, nous suivons tout le long du film  l'expression permanente de la souffrance, de la violence, du mal être d'un adolescent, Malony, magistralement interprété par un non professionnel, le jeune Rod Paradot devenu acteur et avec quel talent.

On a pu lire dans les critiques des professionnels que c'est un film classique dans ses choix cinématographiques. Vraisemblablement, mais s'agissant d'un sujet abordé aussi directement, le choix de la réalisatrice me paraît bien correspondre au déroulement de la vie de Malony et sa confrontation avec la justice et avec le monde des adultes.

 Et tout d'abord avec sa mère (Sara Forestier) dont le rôle est celui d'une parentalité impossible, inappropriée, immature, profondément déstructurée, à son image. Il n'y a pas d’exagération, pas de caricature, une attitude, des comportements souvent vus dans l'espace public, les tribunaux pour enfants ou les lieux éducatifs. Une mère qui fait penser à celle de Mommy, du cinéaste québécois Xavier Dolan. La même fragilité sociale, un cadre mono-parental, un dés-ajustement identique dans le rapport de filiation.

 Le rapport à la justice, à travers sa Juge (Catherine Deneuve) qui assurera une recherche permanente de la position la plus juste, qu'on pourrait dire aussi, la réponse la plus adaptée au moment. Il n'y a pas de solution, pas de recette, pas de dispositif immuable. Il y a de la recherche, permanente car la vie des gens, la vie d'un adolescent (ou celle de ceux qui l'entourent) ne se règle pas par un coup de baguette magique. C'est par une écoute, une attention, des propositions fermes qui structurent et qu'il faut, parfois, moduler, réintroduire plusieurs fois dans son accompagnement.

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Une partie de l'équipe du film autour du jeune Malony

 Et confrontation également avec les adultes de l'éducatif et du scolaire. Un premier éducateur blasé, inaudible, attendant que cela se passe. On le voit peu et tant mieux, il est aussi peu représentatif des travailleurs sociaux sans pour autant ignorer que dans ce métier, comme dans tous les métiers, il n'y a pas que des compétents ou des professionnels assumant leurs missions.

Et son nouvel éducateur Yann ( dans une interprétation très aboutie par Benoit Magimel) sera une des pièces maîtresses avec ce qu'il faut de présence, de dévouement même si pour lui aussi il s'agit d'une confrontation qui a quelque chose à voir avec sa propre adolescence. On le comprend également dans le binôme qu'il fait avec le Magistrat.

Mais Malony n'a pas de place et la scolarité lui est inaccessible, inatteignable, résultat de trop d'insécurité affective dès ses jeunes années. Et si l’enseignante du Centre Éducatif redouble de patience et de persévérance pour qu’il arrive à rédiger une lettre sollicitant la réintégration au Collège, la Principale, lors d'une réunion ne peut pas saisir la main de Malony, préoccupée qu'elle est avec la bonne tenue de son établissement.

La violence de ses propos pour refuser de l'accueillir ("d'ailleurs il va avoir 16 ans et la scolarité n'est plus obligatoire") peut être rapprochée de celle du jeune qui se voit, une fois encore, exclu avant même d'y être admis.

La préoccupation de la Principale est certes légitime, mais elle est surtout significative de l'état de l’Éducation Nationale face aux élèves en difficulté. Sa réponse et son attitude ne sont nullement rares et on entend souvent les chefs d'établissement se plaindre devant les parents, les jeunes ou les professionnels, «je n'ai pas les moyens en personnel...» comme si cela pourrait justifier les refus. C'est, me semble-t-il, auprès de la hiérarchie, avec une voix puissante (si cela était leur conviction et engagement) pour dire que s'il y a des moyens à chercher c'est bien dans le secteur de l'éducation, dans l'investissement du devenir d'un pays qui sont l'instruction et la formation. Ce sont toujours des analyses chiffrées, en termes quantitatifs, ignorant en termes qualitatifs les conséquences d'une telle pénurie d'adultes compétentes dans les équipes pédagogiques.

LA TETE HAUTE

Emmanuelle Bercot sur le tournage avec le jeune Rod Paradot

A souligner la façon dont le travail des professionnels des Centres Éducatifs Fermés est rendu. Les séquences qui nous sont montrées explicitent bien à la fois la difficulté de cette vie en communauté et les possibles qui se dégagent malgré la fragilité de ces situations.

 A l'issue de cette projection, un grand désir de faire connaître ce film, notamment dans le milieu scolaire, cette fiction qui est aussi un document. Il rappelle des situations que nous côtoyons tous les jours la grande colère dans laquelle grandissent beaucoup de ces jeunes et le courage qu'il faut pour s'en sortir. La réalisatrice et scénariste Emmanuelle Bercot nous le rend bien, comme dans la séquence finale, la tête haute de cet adolescent de dix-sept ans sortant tout de même transformé du Palais de Justice.

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