«Marcher pour s'en sortir»

La marche comme alternative à la prison, comme thérapie, comme projet éducatif … la marche comme point de rencontre pour des adolescents en grande difficulté sociale, familiale, en manque de repères, de références éducatives ou civiques !

La marche comme alternative à la prison, comme thérapie, comme projet éducatif … la marche comme point de rencontre pour des adolescents en grande difficulté sociale, familiale, en manque de repères, de références éducatives ou civiques !

 La marche serait donc une tentative, une recherche, une conviction, une valeur qui dans sa simplicité et dans l'humilité de marcher sans autre prétention que d'arriver, de se sentir fort car on a réussi à faire un bout de chemin. Grand, petit, moyen enfin celui qui a été possible,  à son rythme. Et pour ceux qui n'arriveront pas au bout du projet initial, quelque chose leur restera, car la trace est indélébile.

 Et,  Antonio Machado l'a écrit, « Caminante, no hay camino / se hace camino al andar ». Le chemin se fait en marchant et ce que je retire de cette expérience de SEUIL (*) c'est cette « croyance » en l'autre, dans ces jeunes qui font « leur chemin en marchant ».

 Il y a plus de dix ans, Bernard Ollivier, journaliste, écrivain, « caminante », entre autre, en s'inspirant de l'expérience d'une Association Belge, a crée en France SEUIL. Une association ayant l'objectif, à travers la marche, de proposer à des jeunes un projet de trois mois de marche accompagnée, comme alternative à la prison. En les aidant à passer le « seuil » de la prison vers la liberté, en les responsabilisant (qui est le tandem de la liberté) de franchir un autre « seuil » celui de l'effort, de la persévérance, de la rencontre, de la confiance envers l'Autre qui l'accompagne, envers les Autres qu'il croisera, envers ceux qui constituent la cité, les institutions et surtout envers lui-même dans un re-gain de confiance en soi.

 Leur expérience est déjà bien nourrie, des réussites, des échecs mais toujours des apprentissages qu'on mutualise car une situation, une histoire nous apprend toujours pour les autres. Et est-ce vraiment un échec, quand un jeune ne peut pas aller plus loin que là où il est arrivé ? Pour le moment il s'arrête là et tout le travail consiste à croire et à être disponible pour que l'étape suivante soit possible. Quand ? On ne sait pas, mais lui va l'apprendre et peut-être pourra-t-il en faire quelque chose, quand sa prise de conscience ou en conscience lui permettra d'intégrer les « petits pas » qu'il a pu faire.

 « Marcher pour s'en sortir » est le livre de récits, témoignages, d'analyse, d'hypothèses, de convictions et de volontés exprimées sur cette forme de faire sortir ces jeunes de prison, qu'elle soit derrière les barreaux ou qu'il s'agisse de l'enferment dans des cités où on tourne aussi en rond, comme en cage.

 Dans ce livre, qui vient de paraître aux éditions érès, avec une préface de Boris Cyrulnik et un postface de Pierre Joxe, «des vies mal parties, bien arrivées...», Bernard Ollivier évoque l'année 2011 de Seuil : « Dans la seule année 2011, une dizaine de jeunes sortant de prison nous ont été confiés suite à un aménagement de leur peine ou une libération inconditionnelle. Le travail avec ces populations à risque est particulièrement ardu. En effet, après des semaines de cellule, les jeunes sont déboussolés, sujets à des crises d'angoisse ou de désespoir. Conditionnées par une longue inaction, ils sont peu portés à l'effort. Il faut à la fois les rassurer, les stimuler et surtout les écouter. Nos accompagnants doivent développer des trésors de patiente et d'écoute afin de permettre à ces gamins d'exprimer tout ce qu'ils ont gardé pour eux durant leur incarcération. Et la marche, côte à côte, quotidienne, est particulièrement propice à la confidence ; quand on avance d'un même pas, tendus vers un même but, les mots viennent, soignent et libèrent. Soutenue par la fondation Blancmesnil, Seuil a élaboré un programme particulier destiné aux jeunes qui sortent de prison : « chemin fais@nt ». Il repose sur le goût des jeunes pour l'informatique et permet à des adolescents en chemin, via une plate-forme informatique, de communiquer avec leurs pairs restés incarcérés ».

Lire ce livre c'est s'enrichir du partage d'un certain savoir être, l'acheter c'est contribuer à que l'action de SEUIL perdure.

 Le financement du projet par les autorités de tutelle, (Conseils Généraux ou la Protection Judiciaire de la Jeunesse du ministère de la justice) permet de mettre en place des actions toujours à minima des moyens nécessaires. Ce sont les droits d'auteur de Bernard Ollivier qui ont été à l'origine du financement de l'Association. Le succès de librairie du récit de son voyage, la Route de la Soie, entre Istanbul et Xi'an en Chine, La Longue Marche lui a permis de créer cette structure d'accueil pour faire marcher les jeunes. Encore aujourd'hui il y participe avec les cotisations modestes des adhérents.

 Bernard Ollivier nous invite ainsi, en tout cas je l'entends de cette façon, à franchir le seuil de la méconnaissance et de l'indifférence qui souvent nous empêchent de voir l'humanité autrement.

 (*) Pour savoir davantage sur SEUIL www.assoseuil.org

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