Les Chibanis du Faubourg St Antoine

Entre deux magasins très clean, Hugnet meubles depuis 1846 et Timberland, au Faubourg St Antoine (Paris 11) près de la Bastille, un "hôtel" avec une façade abîmée, fait tache. Il expose un premier étage éventré, une laide et peu sûre palissade en bois couverte d'affiches déchirés, pour cacher le rez-de-chaussé. Ses résidents doivent quitter les lieux (expulsion ordonnée par le Tribunal de Grande Instance de Paris de juin 2013). Il s'agit de chibanis, logés depuis de nombreuses années à cette adresse. Les chibanis, travailleurs immigrés-retraités d'origine maghrébine, sont obligés de résider, au moins six mois en France pour sauvegarder leurs droits à une pension de retraite.73 rue du Fbg St Antoine (Paris XI)

Entre deux magasins très clean, Hugnet meubles depuis 1846 et Timberland, au Faubourg St Antoine (Paris 11) près de la Bastille, un "hôtel" avec une façade abîmée, fait tache. Il expose un premier étage éventré, une laide et peu sûre palissade en bois couverte d'affiches déchirés, pour cacher le rez-de-chaussé. Ses résidents doivent quitter les lieux (expulsion ordonnée par le Tribunal de Grande Instance de Paris de juin 2013). Il s'agit de chibanis, logés depuis de nombreuses années à cette adresse. Les chibanis, travailleurs immigrés-retraités d'origine maghrébine, sont obligés de résider, au moins six mois en France pour sauvegarder leurs droits à une pension de retraite.

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73 rue du Fbg St Antoine (Paris XI)

 L'immeuble appartient à la Compagnie des Immeubles de la Seine, immobilière prospère dont le siège se situe dans le quartier cossu du 8ème arrondissement et qui n'a pas encore dénié répondre aux journalistes. Une prime conséquente devait être versée à la gérante pour la "dédommager" à condition que tous les locataires de l'hôtel soient partis dans les trois mois. Mme Zakia Ait-Tayeb, en place depuis 30 ans, gérante d'autres établissements du même genre, dit bien connaître les locataires et se plaint de ne pas avoir réussi à vider l'hôtel. C'est qu'une rondelette somme lui était promise (475 000 euros) à condition que les occupants quittent les lieux au plus vite «je devais vider l'hôtel en trois mois et je n'y suis pas arrivée... Je suis désolé pour eux, mais moi aussi je suis perdante dans cette histoire...» comme si l'agitation faite autour contrariait les projets de la société immobilière.

 Ce sont en effet des conditions de logement déplorables pour la quarantaine de locataires de ce vétuste immeuble, bien en vue dans une rue commerçante et animée du quartier de la Bastille. Ils y résident depuis vingt, trente et même une quarantaine d'années, ces hommes "seuls" (deux français de souche  les autres, immigrés en règle, algériens et marocains) payent régulièrement leur loyer (360€ pour un 12m2 pour une retraité qui perçoit 617€ par mois). On ne comprend pas bien pourquoi la gérante a tant tardé à les informer, en juin dernier, un an après la décision judiciaire. On suppose qu'en réalité elle cherchait à éviter toute possibilité de recours et à voulu «mettre la pression en été, pensant que, vieux ils se conformeraient et plieraient bagage devant la justice». Le propriétaire, la Compagnie des Immeubles de la Seine, «fort stratège», ne s'attendait pas à une quelconque résistance s'appuyant sur les supposés bons rapports de la gérante avec les locataires. Comme disait un des résidents, «je n'ai plus confiance dans ces gens. Alors que nous avons toujours payé le loyer, avons toujours accepté des conditions de logement peu recommandables et ils nous jettent comme une vieille chaussette» .

 Les couloirs, que nous n'avons pas visité, mais selon les dires de certains locataires et d'après les compte rendus de la presse, présentent des moisissures, dans un état de propreté déplorable, des odeurs insupportables venues des toilettes communes, un système électrique dangereux, des rats et des cafards complètent l'ambiance. Il va sans dire qu'aucun travail d'entretien n'est engagé depuis longtemps. Il faut souligner, qu'ils n'ont pas d'autre interlocuteur que la gérante, même si une quittance manuscrite leur est remise, avec le tampon d'une société de gérance, Sarl Voltaire-Bastille.

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C'est le DAL (droit au logement) qui les a soutenu et aidé à s'organiser pour refuser l'expulsion. Leur solidarité a surpris et ils ont pris conscience de leur force. Par ailleurs riverains et certains élus leur ont apporté leur soutien. L'expulsion que la Préfecture se préparait à faire exécuter serait illégale. Des locataires à jour de leur loyer, ne pouvait pas être expulsés que par un jugement nominatif. Une banderole, suspendue au deuxième  étage de l'immeuble, signe leur détermination «locataires de l'hôtel Voltaire-Bastille / PAS D'EXPULSION! RELOGEMENT!». Il s'agit maintenant de rendre cet hôtel habitable et dans des conditions d'hygiène élémentaires.

Saisi aussi par l'Association et les locataires, la municipalité a réagi. Dans un premier temps pour interrompre la procédure, leur garantir d'y passer l'hiver et ensuite envisager le rachat de l'immeuble par la Mairie. C'est l'adjoint au Maire de Paris, Ian Brossat (élu PCF), qui a pris en main le dossier et qui affirme que si l'acquisition de l'immeuble pouvait se réaliser, des travaux seraient engagés pour «construire des logements sociaux et reloger les actuels occupants».

 Ces travailleurs venus aux heures fastes de la construction, de l'industrie et du développement du pays, loin de leurs familles, se voient ainsi à la merci des conditions du système «algeco sur les chantiers, hôtel meublé insalubre pour la retraite et, à la première occasion, coup de pied au derrière pour débarrasser le plancher. Merci la France».

Si vous passez devant le 73 rue du Faubourg-Saint-Antoine à Paris, faites-leur signe, ils sont ravis de se sentir moins seuls!

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