Prendre du temps pour marcher. Arrêter « le quotidien », son quotidien pour découvrir des chemins, des paysages, des sites d'histoire, faire des rencontres, voilà ce à quoi je consacre le début du mois de mai.
Entre Figeac et Lectoure, du Lot au Gers, sur des sentiers traversés depuis tout les temps et toujours cette sérénité d'un pas régulier qui autorise à regarder autour, à s'arrêter, à admirer, à humer les odeurs de la terre, à entendre des silences de paix, à écouter les oiseaux, à respirer autrement ...
La marche rythme pour chacun son propre rapport au chemin, à son corps, à l'espace dans lequel on s'intègre et on se fonde dans cette osmose que le plaisir de la marche suscite.
C'est aussi une forme de méditation, de regard intérieur, de disponibilité à soi (« à condition que les ampoules ne s'en mêlent pas » me disait un compagnon, pieds au vent dans un gîte le soir...)
Et cette année, sur ce chemin, je me suis senti dans une forme de résistance, pacifique, non violente, à cette façon « frénétique » de vivre, à ces valeurs du toujours plus vite, des performances, des compétitions, du tout tout de suite! dont on cherche à nous convaincre.
Alors qu'une crise nous submerge, nous envahit, qui pose la question de nos formes d'être et de nos choix de vie, des priorités qui nous sont « imposées » par ces « leaders d'opinion et de pouvoir politique et économique ». Passés les premiers soubresauts de la crise qu'ils ont engendré, et les déclarations affligées des mentors du système, voilà que rien ne se modifie fondamentalement et que les mêmes s'approprient les rênes des réformes du cadre qu'eux-mêmes ont mis en place et leur permetent de garder encore ce pouvoir qui, au fond n'a jamais été réellement interpellé.
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« La marche est ouverture au monde. Elle rétablit l'homme dans le sentiment heureux de son existence. Elle plonge dans une forme active de méditation sollicitant une pleine sensorialité. On en revient parfois changé, plus enclin à jouir du temps qu'à se soumettre à l'urgence prévalant dans nos existences contemporaines », écrit David Le Breton dans son livre « Éloge de la marche » aux éditions Métailié (publié en 2000), un essai très inspiré et nourrit sur cette activité humaine, archaïque mais salutaire, qui est l'utilisation de ses pieds!
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J'ai à cette occasion repris le livre de Le Clézio, « Étoile errante »,(Gallimard, Folio n° 2592) où il est beaucoup question de marche, pour la nécessité, la survie mais aussi pour le plaisir d'aller, de s'isoler, de réfléchir, de méditer des deux personnages Esther et Nejma, la Juive et la Palestinienne. Elles ce sont à peine croisées, mais regardées intensément, et sont si proches dans leur souffrance et leur détermination à faire face à la guerre, aux guerres qui les oppriment.