“Adieu Morice !”

J'ai écouté Morice Benin, en octobre 2020, à l'atelier Grand Planche à Loye sur Arnon (Cher). Ce fut son dernier concert car il vient de nous quitter à la veille de la sortie de son livre “Une foi de charbonnier”. Je garde la suavité de sa voix, la poésie de ses paroles, la force des valeurs de cet artisan-chanteur-rebelle! J'aimerais partager ici l'engagement et la fraternité qu'il nous lègue.

Il y a longtemps que les chansons de Morice Benin, m'ont appris l'amour de la vie, la pertinence des pas de côté, la fantaisie et l'utopie des artistes, le regard sur les choses simples qui nous entourent, l'alerte sur le “saccage” de l'environnement, la critique de ce qui nous opprime, l'empathie dans nos rencontres, la détermination dans ce qu'il nous faut combattre.

Encore hier, ou avant-hier, je souscrivais le lancement de son livre, prévu pour mars prochain, avec le CD de Dominique Dumont, guitariste qui a accompagné Morice pendant plus d'un quart de siècle... et aujourd'hui apprend que ce jongleur de mots ne sera plus là pour nous chanter, nous dire, nous écrire...

Pour survivre, nous nous réfugions parfois dans le cocon d’un livre rendant supportable la suffocation. C’est déjà ça mais c’est pesamment insuffisant... Rien ne remplacera notre salut véritable : écrire, écrire... Les mots de soi, les mots du soi. Après vous me direz : on peut passer toute une vie dans le consentement de sa propre captivité...

Oui, mais une fois « que l’on sait », c’est trop tard : notre quête d’homme épris d’absolu nous taraude inlassablement”.

Voilà ce qui me fait écrire...

Dernier concert à Grand Planche

C'est Gérard Loup [http://gerard.loup.free.fr], peintre et sculpteur, qui avait organisé le 10 octobre 2020 ce concert de Morice Benin dans l'atelier qu'il partage avec Isabelle Milleret [http://isabellemilleret.fr], sculpteure sur marbre, ardoise... dans la petite commune de Loye dans le Cher, au bord de l'Arnon.

Le souvenir de cette soirée chez Isabelle et Gérard, dans cet atelier, une sorte de maison culturelle pour tous, où nous nous étions trouvés un samedi d'octobre entre deux confinements. Nous étions nombreux, mais pas trop, et après l'avoir écouté, des vieilles chansons mais aussi des créations récentes et, entre autres, un clin d’œil à Anne Sylvestre avec “les gens qui doutent”, nous avons partagé des bons mets que chacun, à sa manière avait apporté. Pour ma part, forcément une salade de morue à l'ail et huile d'olive.

Nous étions là, dans ce bel endroit que deux artistes font vivre, avec la fraternité qui nous rassemblait et l'amitié que le lieu et la rencontre suscitaient.

Il avait plein de projets, des concerts de “chanson buissonnière” à venir. Il venait d'écrire une très belle ode à la ville de Die. Je ne sais pas ce qui l'a décidé à partir sitôt ou qui a décidé de nous le prendre avant l'heure, mais je voulais exprimer ici toute ma gratitude pour ce qu'il m'a appris et fait réfléchir tout en chantant dès les années 70 et le Larzac. Comme si à un moment donné les chanteurs qui nous touchent et nous font rêver quand nous sommes adultes étaient en quelque sorte comme les chansons qui nous berçaient en étant petits et qui nous ont fait grandir...

Et en son souvenir, allez-y, prenez votre temps, écoutez Morice Benin, appropriez-vous de ce qu'il avait dans son art pour nous, faites passer à votre voisine ou à votre voisin, à votre amie ou votre ami, à votre compagne ou compagnon. Je crois qu'il le méritait bien mais surtout je pense qu'il nous fait du bien de poursuivre ainsi ce qu'il a su partager avec nous. Ciao Morice !

moricebenin.fr

MORICE BENIN au Bar culturel Les petits Instants - Meung sur Loire le 8  mars 2019 - Entrée libre - VIVRE AUTREMENT VOS LOISIRS avec Clodelle

Extrait Une foi de charbonnier

“J'écris à ce tournant de mon existence qui n'est rien d'autre qu'un tamis. Je tente d'en extraire quelques pépites essentielles qui me permettront peut-être d'atteindre ce rivage que je vois se profiler au loin comme une terre promise.”

“J'apprends à nager au cœur de ce naufrage collectif « viral » qui nous contraint au repli en soi. Je règle mon souffle à l'écoute de ce corps qui 'a porté vaillamment jusqu'ici afin qu'il soit respecté dans ses limites et encouragé dans son potentiel inexploré.”

“Comme toujours, en écrivant ou en chantant, je n'ai eu rien d'autre à accomplir qu'une main tendue, un regard vers l'autre, un appel... Car depuis la toute petite enfance, lorsque je me sentais perdu, largué sans boussole ni mots dans ce monde qui me semble vorace, je n'ai eu de cesse de trouver d'autres semblables éperdus comme moi de lien... pour se reconnaître !”

 “Je ne me prends ni pour un philosophe ni pour un poète... bien que la philosophie et la poésie m'aient toujours nourri, épargné du désastre... Je suis du peuple des anonymes et fier de l'être. Je tends vers la nudité fondatrice. Celle pour laquelle nous venons que nous rejoindrons tous !...”

Morice Benin, à Die, décembre 2020.

 

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