Qu'est-ce qu'on fabrique avec les enfants?

Quand on arrive à la salle Ambroise Croizat de la Bourse du Travail de Paris, par un samedi matin pour se demander «qu'est-ce qu'on fabrique avec les enfants?» on se sent dans un lieu mythique, et ce lieu qui a abrité d'immenses combats de la classe ouvrière, du peuple, de tous ceux qui un jour on dit assez ! Ils ont combattu, avec la force  et les convictions d'alors,  pour une société plus juste, plus fraternelle, plus libre. Et c'est avec émotion qu'on a écouté Marie-Josée Chambard de Lauwe (92 ans) parler d'une voix alerte des droits de l'enfant. De son expérience dans le camp de Ravensbrück, où les bébés étaient assassinés, jusqu'à l'année 1979, qui marque avec l'année International de l'Enfant de l'ONU le début d'un travail de long cours, celui de la charte des droits de l'enfant dont on commémore aujourd’hui le 25ème anniversaire.

Quand on arrive à la salle Ambroise Croizat de la Bourse du Travail de Paris, par un samedi matin pour se demander «qu'est-ce qu'on fabrique avec les enfants?» on se sent dans un lieu mythique, et ce lieu qui a abrité d'immenses combats de la classe ouvrière, du peuple, de tous ceux qui un jour on dit assez ! Ils ont combattu, avec la force  et les convictions d'alors,  pour une société plus juste, plus fraternelle, plus libre. Et c'est avec émotion qu'on a écouté Marie-Josée Chambard de Lauwe (92 ans) parler d'une voix alerte des droits de l'enfant. De son expérience dans le camp de Ravensbrück, où les bébés étaient assassinés, jusqu'à l'année 1979, qui marque avec l'année International de l'Enfant de l'ONU le début d'un travail de long cours, celui de la charte des droits de l'enfant dont on commémore aujourd’hui le 25ème anniversaire.

C'est Genéviève Avenard, la Défenseure des Enfants, également présente, qui a souligné l’intérêt et l'importance de cette instance qui se veut au service de l'enfant, du combat pour ses droits et, peut-on l'espérer, avec une véritable indépendance vis à vis du pouvoir politique du moment. Assurant ainsi une pérennité et une légitimité à la défense, au delà des droits juridiques, du meilleur intérêt et de son sens pour l'instruction, l'éducation, la santé et l'épanouissement des enfants.

C'est dans ce contexte que le collectif Construire Ensemble la Politique de l'Enfance [CEP-Enfance], a réuni des représentants de nombreuses associations, plus d'une centaine, pour réfléchir à une politique de l'Enfance qui tienne compte des "bouleversements économiques, culturels et sociaux".

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Un collectif pour la politique de l'enfance

Ce collectif rassemble des professionnels de l'enfance, mais aussi des parents et des citoyens qui s'inscrivent dans une démarche de regroupement des réflexions et du partage d'initiatives innovantes. Ils montrent ainsi que d'autres cadres pour les enfants sont possibles, dans l'association et la concertation des différents professionnels, mais aussi des parents, des associations, des élus quand ils donnent la priorité localement à des actions au profit des enfants et des jeunes.

Cette grande assemblée, fait suite à l'Appel lancé il y a un an au Sénat, avec le soutien de Georges Labazée, Sénateur. Les signataires soulignant l'urgence et le besoin d'une politique globale et cohérente pour la petite enfance et la jeunesse. Même s'il est fait le constat d'une certaine ouverture vers une autre politique de la jeunesse depuis mai 2012, les Associations et beaucoup de professionnels font état d'une insuffisance de moyens mais surtout l'absence d'une volonté politique.

Ils se souviennent que le candidat François Hollande déclarait haut et fort : « Je veux remettre l’éducation et la jeunesse au cœur de l’action publique ». Ces engagements, comme bien d'autres messages de la campagne se sont très vite volatilisés. Les drames que nous venons de vivre depuis le 7 janvier 2015 sont révélateurs du besoin de prendre en compte la globalité des questions qui touchent les enfants et jeunes de ce pays.

Pour le collectif, «Les questions liées à l’enfance et à la jeunesse sont complexes, car elles sont multidimensionnelles: sociales, psychologiques, médicales, éducatives, politiques, économiques, culturelles et éthiques et institutionnelles». Et à ce regard global, de ce qui devait mobiliser autour d'une politique concernant les mineurs, ce sont les nombreuses instances, les différents niveaux de décision et les divers acteurs qui auraient besoin de se concerter et travailler ensemble. Aussi bien l'État, que les Collectivités territoriales, la Sécurité sociale, les Associations … et les parents et les familles.

Création de deux Instances

Le Collectif, bataille depuis plus d'un an pour la création d'un dispositif national qui s’articulerait autour de deux pôles. Une instance Interministérielle à l'Enfance, auprès du premier-ministre. Elle aurait pour mission de piloter et préparer l'action gouvernementale à l'échelle nationale ayant un objectif global et transversal dans la conception de la politique de la jeunesse.

L'autre instance serait la création d'un Conseil National de l'Enfance. Organisme indépendant du gouvernement, réunissant Associations parentales, familiales, professionnelles, universitaires, syndicales, citoyennes..., lieu de réflexion, de confrontation d'idées et d'orientations, force de proposition reconnue, apportant des propositions à l'instance Interministérielle.

Ce que les signataires de l'Appel constatent c'est un très grand morcellement des actions et des interventions auprès de l'enfance et de la jeunesse. La défenseure des Enfants citait d'ailleurs comme un objectif de ses interventions, la mise en place pour les textes législatifs, d'études d'impact sur les conséquences ou incidences de ces textes sur les enfants. Mme Avenard qui a détaillé les nombreux "chantiers" de son administration, a manifesté son soutien au fort élan que représente cette Assemblée. Sans s'être exprimée explicitement, me semble-t-il, sur les deux propositions du collectif.

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La laïcité comme cadre ouvert aux familles immigrées

Le drame que nous venons de vivre, après l'émotion et les analyses immédiates sur les raisons et les conséquences de cette violence, vient questionner dans un second temps, tout ce qui touche et concerne la jeunesse. Le rôle des parents, des familles mais aussi des éducateurs, enseignants et de leur formation. On peut affirmer que c'est l'ensemble de la société civile et politique qui est interpellée si on veut se donner les moyens d'analyser les multiples aspects soulevés par cette barbarie et ce fanatisme. La laïcité, au-delà d'un cours de «laïcité et morale » comme ailleurs on dit «religion et morale», c'est une constante qui devait faire part du socle institutionnel des établissements scolaires mais aussi des structures éducatives publiques.

On voit bien qu'il n'y a pas de projet politique d'ensemble, les mesures prises étant souvent fractionnées en fonction de classes d'âge avec plusieurs interlocuteurs ministérielles. C'est la volonté de donner une autre forme à cette multiplication d'intervenants et de mettre au centre du dispositif la volonté collective de travailler ensemble. Et aussi de faire éclater verrous et barrières qui quelques fois existent pour défendre des pré-carrés professionnels, politiques ou des opportunités électorales.

La lutte contre la pauvreté des enfants et jeunes mérite -et exige- une autre réponse, en plus du gîte et du couvert indispensables. Les solutions ne peuvent pas être partielles et cette question pourrait être une porte d'entrée pour une concertation la plus large, sachant que les conséquences de cette pauvreté marqueront durablement le devenir de ces jeunes devenus adultes.

Une dernière observation, concernant les associations familiales et de soutien crées et animées par des immigrés. Leur présence et leur participation aux futures initiatives du CEP-Enfance, rendraient davantage opérant ce collectif et renforcerait sa légitimité.

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