Foot leaks: et la politique dans tout ça?

Et la politique dans tout ça? Fait suite à la remarque d'un de mes amis. J'avais publié un billet sur le succès des trois Portugais qui ont ouvert l'enquête le Football leaks sur Mediapart. Il n'a pas apprécié, pour lui, «oui, ce milieu est pourri, mais ils font des belles prestations et le public populaire y trouve son compte. Contre l'évasion fiscale c'est ailleurs qu'il faut s'attaquer.

C'est en effet une question à se poser. D'autant plus pertinente que les révélations faites par Mediapart (et onze autres journaux européens) ne soulèvent pas «l'enthousiasme» des lecteurs toujours attentifs et à la critique acerbe comme le sont les blogueurs medipartiens!

D'ailleurs, il ne me semble pas que la presse nationale s'en soit emparée des révélations qui nourrissent, depuis le 2 décembre, la publication de l'investigation sur le Football Leaks. Comme si on était des observateurs un peu éloignés...

Certes les clubs en France ne sont pas franchement à la Une des révélations même si pour certains joueurs il y a des séquencessignificatives en France. La plus récente concerne les affaires du club de l'AS Monaco et son directeur, l'oligarque russe Dmitri Rybolovlev, qui semble impliqué dans des complexes schémas de transferts de joueurs. Du Brésil, au Portugal et un prêt à l'AS Monaco, pour valoriser la «marchandise» et en tirer des beaux profits chiffrés en millions d'euros (Le club de l’AS Monaco a été contraint de verser une somme «d’environ 11,7 millions d’euros» au fisc espagnol pour la vente de trois joueurs en Espagne).

Et un club portugais (Futebol Clube do Porto) est cité et largement impliqué à plusieurs stades et niveaux d'intervention. Depuis 1982, après une crise à Porto et des houleuses réunions, si un élu accède à des fonctions directives dans le club, il doit démissionnerde son poste d'élu ou le contraire comme ce fut le cas en 1989. Mais les dirigeants clubistes n'ont jamais été très éloignés du pouvoir politique, même s'ils n’arborentpas d’appartenance politique.

Un journaliste Portugais, dans l'hebdo Expresso, rappelait avec humour dans les premiers jours des révélations, que «les commentateurs sportifs crient avec ferveur pour signaler un but (gooooooool!) mais ils ne disent rien sur les affaires; mettent les joueurs devant sans montrer les agents derrière; on nous émeut et on nous passionne pour leurs merveilles sur le terrain et on nous occulte les secrets en dehors; remplissent des heures de télé pour commenter la séquence d'une faute pendant un match, mais font silence sur les impôts non payés! De quoi ont-ils peur? Des agents, des présidents des clubs, d'eux-mêmes?».

Une réforme des transferts de joueurs (le fameux mercato, marché en italien, désignant le marché des transferts) est revendiquée depuis fort longtemps notamment par un syndicat des joueurs. Mais le pouvoir politique prend toujours le monde du football avec d’innombrables précautions. Comme si mécontenter cette espèce de conglomérat d’intérêts qui s'apparente à une mafia des jeux, les mettrait en péril de réélection...

Comment comprendre que les questions d'évasion fiscale, quand elles sont connues par l'administration restent toujours une affaire à régler avec des pénalités sans que les acteurs (joueurs, agents, responsables de clubs, avocats fiscalistes...) soient poursuivis sur le plan pénal, alors qu'ils ont commis des actes de délinquance via le détournement illégal de l'impôt pour se soustraire à la contribution publique. D'ailleurs, souvent la fraude fiscale nourrit le crime organisé.

Comme si la politique, les responsables de l'action publique, les élus de la nation laissaient ces malversations au bon vouloir des hautes instances du football (les Blatter et Platini et maintenant Infantino) et de l'administration fiscale.

Notons qu'on ne sait pas grand chose des entreprises bancaires, sans lesquelles rien de ces «marchés» ne pourrait pas se réaliser.

«La fraude et l’évasion fiscale coûtent chaque année entre 60 et 80 milliards d’euros en France, et 2000 milliards d’euros au niveau européen. Au niveau mondial, on estime que plus de 20 000 milliards de dollars sont abrités dans les paradis
fiscaux» .     *     «Le 9 janvier 2017 à Dax, ce sera
Jon Palais, premier « faucheur de chaises » à être poursuivi en justice, qui comparaîtra devant le tribunal pour avoir dénoncé le rôle de la BNP dans le système de l’évasion fiscale».

Cette question sera, espérons-le abordé lors des différents moments de débat et entretiens avec les différents candidats à la Présidentielle. A coup sûr ils vont dire que c'est immoral, indécent et qu'il faut le combattre. Mais il faut peut-être aller un peu plus loin dans le questionnement...

L'impunité fiscale c'est un cancer social! et ce combat me paraît essentiel contre cette forme de la corruption des valeurs démocratiques!

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Dessin d'Andrei Puchkaniou, Biélorussie, in PortoCartoon

* * J'avais préparé ce billet lorsque les journalistes de Mediapart ont publié ce qui me semble être un article de synthèse. Une fois encore je salue leur travail et je pense que Mediapart a une nouvelle fois contribué à une prise de conscience sur les pratiques utilisées pour l'évasion fiscale. Espérons qu'un mouvement critique et engagé se manifeste contre ces méthodes anti-démocratiques et criminels qui minent le bien commun! Football Leaks: trois semaines de révélations et quelques leçons

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