Transhumances d'un Arabe de Nazareth

Le récit du parcours de Fadel Kanje, a un beau titre qui rime avec ouverture et mouvement. «Transhumances Interculturelles», nous invitant à suivre le parcours «d'un Arabe de Nazareth». Si on voulait le caractériser d'un mot, on pourrait dire qu'il s'agit d'un éloge de la rencontre et de l'amitié, car elles ont forgé sa «destinée» et ses engagements.

Dans la collection Histoire de vie & Formation, des éditions L'Harmattan, les Transhumances Interculturelles d'un Arabe de Nazareth, sont celles d'un Arabe, né "avec" Israël. Il nous parle de l'exceptionnel, de ce en quoi la vie de chacun est faite de singularités, de circonstances, de rencontres. Il ne suffit pas de le dire ou de le vouloir, c'est surtout la question de le saisir, d'y être attentif, d'y être prêt. Belle transmission que son père Suheil Kanje a, vraisemblablement, su accompagner par la parole et le geste.

La famille des Kanje provient des Daher dont l'ancêtre Daher Al-Omar Al-Zydani, gouverneur de Palestine, fût assassiné en 1775. Plus proche de nous, Kanje (El Zydani) deuxième petit-fils de Daher qui a construit sa propre maison comme le veut la tradition. Un des frères, Ali est devenu le troisième maire de Nazareth (1889-1892) et installe la mairie dans la maison de famille qui devient le lieu principal .

Les transhumances familiales étaient déjà bien là, venues du sud de Beyrouth ou d'un grand-père de Turquie. Et bien sûr, comme dans beaucoup d'autres contrées, le premier garçon a pris le prénom du grand-père paternel Fadel.

C'est ainsi que, comme il le dit souvent, Fadel a grandi en même temps qu'Israël, son cadet de quatre ans (1948). Dans une famille arabe, musulmane, Fadel a fréquenté à Nazareth l'école des frères qui lui a permis par la suite de suivre une scolarité à Jaffa, près de Tel-Aviv. Il décrit le détail de son enfance dans la maison familiale, les allées et venues, la vie sociale intense et animée mais aussi, les préparatifs culinaires dont la recette de sa grand-mère, des courgettes à la Nazaréenne, est encore présente dans sa mémoire et retranscrite dans le livre...

Cette ouverture au monde a fait de Fadel, le Nazaréen, un citoyen multi-frontières dont les circonstances vont le faire voyager, émigrer et là encore rencontrer, forgeant ainsi la diversité des ses identités.

«Qui suis-je? Un Arabe palestinien? Un Arabe israélien? Ou un Arabe palestino-israélien? Ou bien un Palestinien de l'intérieur? Ou encore un Arabe franco-israélo-palestinien? Ou un Morvandiau palestino-israélien?» (pg. 16).

Voilà jusqu'où il se cherche. Il vient en France, en 1969, progressivement s'y installe. Il devient éducateur spécialisé et participe à quelques actions novatrices dans le cadre de la protection de l'enfance. Ses initiatives sont repérées par l'association AVVEJ (Association Vers la Vie et pour l’Éducation des Jeunes) qui a marqué cette période de 1960-70, foisonnante d'idées du travail psycho-socio-éducatif, auprès de jeunes en difficulté et de leurs familles.

C'est à travers ses nouvelles rencontres qu'il découvre le Morvan, chez un ami éducateur juif d'origine polonaise. Et c'est dans ses allers et retours de week-end que la rencontre se fait, dans le train, avec Jeanne sa future épouse, mère de ses enfants, et assistante sociale en formation.

L'histoire de Fadel ce sont ces rencontres, ces partages qui perdurent et qui l'ont amené à publier son histoire. Avec l'incitation et la complicité de Gaston Pineau, le jeune homme sac à dos, qu'il a hébergé en juin 68 à Nazareth et qui écrit aujourd'hui la préface de son livre, aux éditions L'Harmatan, dans la collection qu'il dirige.

Le propos de Fadel n'est pas de contextualiser son parcours dans celui d'Israël. Il nous fait comprendre comment un Arabe de Nazareth a, au gré de l'histoire et de la rencontre, été confronté au sort fait aux Arabes d'Israël et la force et le pouvoir d'une famille diverse et aimante qui l'a préparé pour qu'il puisse bâtir sa vie et... Inch'Allah!

Dans les annexes de son livre on trouve les articles du Morvandiau de Paris, et le compte rendu d'un voyage en Israël, de trente Morvandiaux, en mai 2006. Fadel et Jeanne Kanje avec Alain Baroin, signent «Terres saintes, terres de contrastes, terres de complexité».

On le comprends, on le lit entre les lignes, cette énergie intérieur, cet humanisme nourri d'amitiés. J'ajouterai cet espoir que nous puissions, à notre mesure, contribuer à une autre façon de vivre en paix, dans cette partie du monde, si écartelée par des politiques d'exclusion et de guerre!

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Dans les commentaires, deux extraits du livre et le lien vers «Expliquez-nous, les Arabes israéliens» par Gilbert Chevalier, de Radio France le 15 octobre 2015.

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