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Billet de blog 29 avr. 2016

Hall Debout! la Nuit Debout autrement?

Le mouvement Nuit debout/République et Nuit debout/quartiers populaires ou banlieue, ne se sont pas rencontrés. La distance politique semblant in-transposable... Mais en banlieue, il y a des réalités qui engagent autrement, qui mobilisent différemment. Je dirais le « hall debout » là où des habitants se mobilisent contre les dealers. Et pas sans risque !

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 Tout l'intérêt, la mobilisation, la liberté de parole et de pensée qui s'exprime dans la Nuit Debout place de la République (ou dans d'autres centres villes) sont une fulgurance, un élan, propres à une jeunesse (et moins jeunes) engagés et disponibles pour toute innovation du fait politique. Dans la banlieue où il y a également des militants politiques, associatifs, syndicalistes, cette forme d'agora ne paraît pas mobiliser pour rassembler les habitants.

 Il n'y a pas de jugement sur l'intérêt de l'un ou le regret de l'autre. C'est un constat et il me semble qu'il vaut mieux le reconnaître, l'observer et chercher éventuellement ce qui pourrait faire lien.

 En revanche, et ce n'est pas la première fois, l'écho de la place de la République y contribuerait (?), des riverains occupent le trottoir à St Denis ou le hall d'un immeuble au Bois l'Abbé à Champigny sur Marne. Une sorte de Hall Debout.

 Ces initiatives se confrontent au commerce du cannabis, touchant directement à l'espace où le trafic a lieu au vu de tout le monde, que la police connaît sans «pouvoir ou vouloir» y mettre fin.

 Quand on est loin on l'appelle l'économie souterraine, quand on y habite on finit par ne plus supporter, ne pas pouvoir vivre sous cet envahissement des halls des immeubles.

 Cité Paul Eluard à St. Denis

Ce sont les habitants de la cité Paul-Eluard, dans la commune de St. Denis (93) qui ont décidé de s'installer et faire face dans la réalité de leur quotidien. Et Sylvia Zappi, le raconte dans le journal Le Monde « une table de camping, un thermos de café et une grosse boîte de biscuits, quelques chaises ont été installées à l’entrée du hall. La soirée est déjà bien entamée. Beata et Georgette (les prénoms ont été modifiés) soufflent : « C’est le premier soir où ils ne sont pas là… D’habitude, à cette heure-là, c’est déjà l’enfer. » Cette cité tranquille, plutôt coquette avec ses espaces verts, vit depuis plusieurs mois sous la pression d’un trafic de cannabis qui a transformé les allées en « drive in ».

 Compte tenu de la disposition des huit immeubles qui constituent la cité, il y a une seule entrée et on voit facilement l'arrivée des clients en voiture, qui s'arrêtent à la hauteur des fournisseurs, «bien installés avec sono et barbecue».

 Hier Chennevières aujourd'hui Champigny sur Marne!

En mars 2013 du côté de Chennevières, les banderoles avaient été affichées "Locataires en colère", "Stop aux dealeurs", "Touche pas à mon HLM". Si le trafic a ralenti à l'époque, quelques actes de représailles auraient amenés des locataires à chercher à déménager.

Aujourd'hui, toujours au Bois-l'Abbé, côté Champigny (94),  un quartier bien connu de la police (qui dispose sur place d'une antenne du Commissariat) et des services sociaux, également installés au rez-de-chaussé d'un des immeubles, un jeune de 26 ans, raconte le Parisien, ne pouvant plus supporter la situation, et un matin il a trouvé que «c’était vraiment la fois de trop, celle qui a contraint un matin les habitants à zigzaguer entre les restes d’une longue nuit, mégots, déchets et odeur d’urine en prime». C'est ainsi qu'il a décidé d'occuper le hall de son immeuble, allée Carpaux, pour essayer de repousser la presque vingtaine de jeunes que s'installent.

 «Un cap avait été passé, se rappelle-t-il, je me suis dit c’est à nous de le faire, car personne ne va bouger». Le premier soir, les jeunes, interloqués, lui demandent «ce qu’il fout là». Il leur répond simplement « que la limite a été dépassée ». Au fil des jours, des voisins rejoignent le mouvement. « On a fait du porte à porte pour les solliciter », raconte ce lundi soir Mamadou Sy, ancien habitant de l’immeuble, où vivent toujours ses parents, et conseiller municipal - dans la majorité (PCF), mais sans étiquette.

 «Ce soir-là, comme par habitude, son père descend avec une chaise pliante dans une main, un essai politique dans l’autre. «Au maximum nous avons été une dizaine à occuper le hall », précise Mamadou, à rester de 22 heures « jusque 3 heures du matin», à discuter en buvant thé et café «Pour l’instant ils ne viennent plus, assure le jeune homme. Mais on sait bien que le problème s’est déplacé». Ce soir-là, ils ne sont que quatre à tenir le piquet. D’autres habitants passent, mais ne s’arrêtent pas. Une dame déplore la présence de plus en plus pesante «de gosses et de drogués», mais ne participe pas car elle ne voudrait pas « se faire péter la gueule», écrit Fanny Delporte, dans le Parisien du 26 avril 2016.

 Ce sont, pour beaucoup, des jeunes qui ont grandi là, dont les habitants connaissent les parents. Cette initiative, comme d'autres du même genre, pour exemplaires qu'elles soient ne peuvent perdurer car, comme me disait un père algérien du Mont Mesly, à Créteil, «les mêmes causes produisent les mêmes effets». Là aussi, même si une coexistence existe entre les populations qui fréquentent la mosquée, la synagogue à la sortie du métro Créteil-Préfecture ou la petite église St Michel, proche de la place de l'Abbaye et de la Médiathèque Nelson Mandela, on peut presque tous s'ignorer en dehors de leur groupe d'appartenance.

 Dans ce sens, Hall Debout, pourrait presque devenir un mouvement d'appropriation par la population de l'espace public et d'échange entre voisins... Et pourrait s'appuyer sur le tissu associatif local. A Champigny-sur-Marne il existe des Associations qui mériteraient d'être considérées et associées à la vie de la cité. Entre autres, je pense aux Femmes-relais, sur lesquelles il y a eu un documentaire avec Aïssata Camara et Aïcha Hachemi, d'une autre association de femmes du Mont Mesly, où elles évoquaient la vie des femmes de différentes origines travaillant dans l'Association.

 Nuit Debout, c'est un mouvement spontané, riche de diversité, de paroles, de réflexions, d'initiatives, d'apprentissages. Ce n'est pas là qui se forgera «l'insurrection qui vient!» mais c'est peut-être là que beaucoup de militants et des apprentis-militants, affineront arguments et actions. Hall Debout, qui n'a pas de nom, ni de marque déposée, s’enrichit aussi de diversité, et donne envie d'un lieu de palabre où la banlieue serait autrement reconnue. Mais sans illusion, pour l'avoir vécu de près, là où le trafic est intense la violence est bien présente et ceux qui osent s'y opposer, risquent gros. Une raison de plus pour soutenir ces quelques initiatives éparses, peut-être éphémères mais structurantes de rapports humains. 

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