«Tous les rêves du monde» et de Pamela

C'est comme ça, un film qui nous entraîne par la main. Une jeune et surprenante lycéenne, en échec scolaire mais remplie d'attentes, indéfinies, imprécises, contradictoires mais combien généreuses: les rêves d'un petite fille d'immigrés, portugais, entre son 9-4 et le petit village au Portugal pour les vacances! C'est ce qui nous raconte le beau film de Laurence Ferreira Barbosa.

Tous les rêves du monde

Un regard discret sur une famille d'immigrés Portugais qui semble avoir réussi son immigration. Un père travailleur, une mère laborieuse, tenant son intérieur qui brille dans un pavillon de banlieue, très attentive à ses filles, surtout la seconde. L'aîné revient à la maison avec son petit garçon à la suite d'une séparation dont on ne saura rien et qui a délogé Pamela de sa chambre.

Pamela, gracieuse fait du patinage artistique avec élégance et brio et aimerait, entre autres, ouvrir une patinoire dans le coin de sa famille au Portugal. Mais Pamela qui aimerait aussi aider les autres, être médecin, a du mal à l'école et rate deux fois son Bac. Kévin (Alexandre Prince) jeune apprenti pâtissier, pétillant de vie et d'intelligence, se souvient d'elle à l'école, sait qu'elle était très bonne élève mais maintenant rien ne va. Même le permis lui devient inaccessible alors qu'elle sait conduire... Ses parents, surtout sa mère est prête à tous les «sacrifices» pour qu'elle poursuive ses études. Ils font ce qu'ils peuvent, ce qu'ils savent mais (comme souvent les parents...) en décalage avec ce dont leur fille rêve!

Le cadre est posé, et Laurence Ferreira Barbosa nous fait découvrir par touches de grande sensibilité cette jeune fille qui danse dans le groupe folklorique de l'association portugaise du Val de Marne, les danses du pays, celles dont ses parents se souviennent dans les villages autour de Montalegre, dans les romarias (fêtes populaires)...

Et finalement, c'est ce voyage annuel, les vacances, que les premiers migrants francisaient, les «vacanças», dont les parents sont fiers pour aller dans leur village, avec la nouvelle voiture, la BMW trop imposante, qui a du mal dans les rues étroites du hameau. C'est là qu'elle retrouve sa grand-mère, qui perd un peu la mémoire tout en se rappelant que c'est la France qui lui a pris ses enfants ! C'est là aussi qu'elle retrouve d'autres luso-descendants, qui répètent le même cycle tous les ans, qui parlent fort le français, qui vivent autrement que les autres jeunes restés au pays et s'habillent à leur façon, avec d'autres tons, dans ce pays «où le noir est couleur».

Très riche et curieuse séquence de la procession annuelle dans la ville proche. Des amitiés et des rivalités se nouent et se dénouent. La générosité de Pamela, son regard rempli d'une observation bienveillante, la fera se confronter à des moments difficiles avec une amie d'enfance qui détone là-bas comme ici. Elle saura faire face, assumer, tout en restant vulnérable et disponible au rêve dont celui où elle nous mène à la fin du film.

J'avais vu avec intérêt le premier film de Laurence Ferreira Barbosa. C'était il y a longtemps (1993), Les gens normaux n'ont rien d'exceptionnel. Depuis je l'avais presque perdu de vue (et ça me donne envie de découvrir ses autres films). Elle a travaillé avec des comédiennes confirmées, Valeria Bruni-Tedeschi et Jeanne Balibar. Je la retrouve aujourd’hui avec une jeune lycéenne, Pamela (Constantino-Ramos) que, si elle n'a rien d'exceptionnel, nous renvoi à l'intérieur de sa communauté en regardant sans y toucher ses espoirs, sa vie intime, ses limites et l'exceptionnel de ses petits pas, pour prendre «les rêves du monde»!

Sorti le 18 octobre, ne le ratez pas, tant qu'il est dans les salles!

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.