Les «tricheurs» de Corbeil-Essonnes!

Il y a souvent, en politique des notables qu'on traîne, comme on traîne des casseroles ou des boulets. C'est le cas de Dassault-Corbeil-Essonnes! Et pour la deuxième fois, depuis les élections municipales de mars 2008, l'élection de la liste UMP est annulée.

Il y a souvent, en politique des notables qu'on traîne, comme on traîne des casseroles ou des boulets. C'est le cas de Dassault-Corbeil-Essonnes! Et pour la deuxième fois, depuis les élections municipales de mars 2008, l'élection de la liste UMP est annulée.

On sait, tout le monde sait, les petits arrangements avec la loi, les petits détournements de la démocratie, les pressions, l'utilisation de l'argent pour « acheter » des éventuels électeurs, les petites tricheries, bref l'utilisation de méthodes qui n'ont plus cour aujourd'hui pour gagner la municipalité, pour imposer sa marque et on dit même pour flatter son égo de vieux notable.

Depuis l'annulation de l'élection par le Conseil d'État en juin 2009 (« tous des socialistes », s'exclamait indigné le Maire Serge Dassault, qui du coup a été déclaré inéligible pour un an), c'est son bras droit Jean-Pierre Bechter qui a été promu et élu en octobre 2009.

C'est son élection qui vient d'être annulée, cette fois-ci par le Tribunal administratif de Versailles, le 26 mars 2010. Le Maire UMP avait devancé son adversaire de gauche de 27 voix. Le Tribunal ayant considéré que la mention sur les bulletins de vote d'une référence à Dassault constituait un artifice de nature « à altérer la sincérité du scrutin". M.Bechter l'avait fait sciemment car il le disait et l'écrivait "Voter Bechter, c'est voter Dassault", précisant que s'il était élu une cogestion serait assurée avec l'ancien Maire. Le soir de son élection il a même assuré son employeur-de-presse qu'il garderait son rôle à la mairie, affirmant « Il fera tout et je ferai le reste... »

Pour un homme de la Préfectorale (il est sous-Préfet) ce passe-droit ou cette manipulation de la loi, devait constituer, plus qu'une faute politique une raison d'inéligibilité ... punie par la loi.

*

Un ancien du douzième

Dans le douzième arrondissement de Paris on connaît bien M. Bechter. Après quelques aventures en Corrèze où il a été battu à Tulle en 1981, il est devenu suppléant de Jacques Chirac et, en avril 1986, il l'a remplacé à l'Assemblée quand il a été nommé Premier ministre.

Aux élections de 1983, il devient conseiller municipal dans le 12ème arrondissement de Paris, nommé l'adjoint le plus proche du Maire Paul Pernin et ensuite de son fils, Jean-François Pernin jusqu'en 2001, victoire de la socialiste Michèle Blumenthal. Toujours numéro deux, au temps du Général de Bénouville, député historique de l'arrondissement (et directeur de Jours de France, l'hebdo de Marcel Dassault, père de Serge) et ensuite du petit-fils De Gaulle (élu en 1997) battu par la socialiste Sandrine Mazetier en 2007.

Notre Sous-Préfet (battu par le maire communiste de Tulle, plus tard par des femmes socialistes dans le 12ème - il doit leur en vouloir...) poursuit cependant une brillante carrière de salarié auprès de M.Dassault, administrateur de la Socpresse et du Figaro et directeur du Républicain de l'Essonne. C'est lui la cheville-ouvrière de l'achat du Figaro par l'avionneur. On se souvient que l'industriel, grâce aux marchés de l'Etat, voulait que ses journaux diffusent des « idées saines ... car nous sommes en train de crever à cause des idées de gauche » (déclarations sur France Inter le 10 décembre 2004). Il avait déjà dit aux responsables du Centre de Formation des Journalistes « J'espère que vous allez cesser de former des journalistes de gauche! » (Nouvel Observateur du 30 septembre 2004).

**

Aujourd'hui cette annulation ne le gêne pas plus que cela. Et comme il va faire appel devant le Conseil d'État, qui rendra son avis dans six mois, qui vraisemblablement confirmera l'annulation, entretemps son patron aura retrouvé ses droits et pourra se représenter. Les mêmes méthodes et les mêmes astuces lui permettront d'occuper la place du premier magistrat de la commune et «laver l'honneur de Serge Dassault, injustement bafoué par le Conseil d'État ».

Les membres de l'opposition, socialiste, verts et communiste n'ont pas réussi à s'entendre pour l'élection d'octobre 2009, sauront-ils le faire pour les prochaines échéances? Lors des élections régionales la liste de gauche a fait 64,52 % et celle de l'UMP 35,48%. Cependant l'abstention a atteint 59,65%.

Sans faire des liens hâtifs ou des interprétations superficielles sur les raisons de cette abstention, une commune soumise aux jeux des « tricheurs » est un terrain tout trouvé pour décourager les citoyens de la vie publique et de la confiance dans les forces politiques qui les représentent. Le combat pour la démocratie est vraiment une action permanente!

Ce sont "les tricheurs" et ses comparses, de tout bord, qui contribuent au slogan "tous pourris!" et minent les bases même de la démocratie!

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.