Allez-y voir à côté !

 En sortant de la salle de cinéma, ma voisine commentait à son amie « au fond c'est un bon documentaire pour Arte ». Peut-être et c'est son avis, mais c'est un vrai film, avec une écriture cinématographique et une histoire qui nous bouleverse. Et il est important qu'il sorte au cinéma.A côté, réalisé par Stéphane Mercurio, est le carrefour d'histoires singulières, qui se côtoient, se croisent, se complètent, s'interpellent et qui ont une référence commune: les visites au parloir pour le père, le mari, le fils, le frère ...

 

En sortant de la salle de cinéma, ma voisine commentait à son amie « au fond c'est un bon documentaire pour Arte ». Peut-être et c'est son avis, mais c'est un vrai film, avec une écriture cinématographique et une histoire qui nous bouleverse. Et il est important qu'il sorte au cinéma.

A côté, réalisé par Stéphane Mercurio, est le carrefour d'histoires singulières, qui se côtoient, se croisent, se complètent, s'interpellent et qui ont une référence commune: les visites au parloir pour le père, le mari, le fils, le frère ...

Les femmes, parfois les hommes que nous apprenons à connaître se retrouvent dans cette maison à côté de la masion d'arrêt des hommes de Rennes.

Elles sont reçues, accueillies, soutenues par l'équipe de l'association Ti-tomm, lieu de vie, d'attente, de rencontre qui se remplie et se vide au rythme des horaires du parloir.

La réalisatrice s'est posée, avec sa caméra et son équipe dans cette petite maison, à côté, très simplement décorée et meublée, claire et accueillante, avec un jardin dont le mur est mitoyen avec la prison.
C'est dans le respect de la parole, du récit, des larmes, du silence que nous sommes conviés à écouter et voir le déroulement, en amont et en aval d'une visite.Quel espoir, quel engouement, quels préparatifs avant et souvent quelle détresse au retour.
Il nous est bien donné à voir le contexte de tout ce qui mobilise, de l'énergie que ces femmes, ces mères, ces épouses engagent pour trente minutes de parloir.
Parfois au retour c'est aussi la frustration et la colère et dans cette colère il y a le rôle actif de l'Administration pénitentiaire. Pour l'une le détenu a été transféré le jour même ou la veille sans que la famille ait été prévenue. Pour l'autre « il a été hospitalisé, mais où ? quand ? pourquoi ? » on en sait rien ou plutôt, la famille n'a pas le droit de savoir.

Pour « désengorger le quartier des mineurs », le jeune a été transféré à Brest, la veille du jour où sa mère avait rendez-vous pour le voir une demi-heure. Mère seule, cinq enfants, l'aîné en prison ... « on est puni d'aimer quelqu'un qui a fait une bêtise ».
On découvre souvent dans ce film l'arbitraire, l'humiliation d'une Administration sans doute composée de femmes et hommes confrontés à des problématiques dures, violentes ... mais rien ne peut autoriser l'humiliation et le mépris que ces femmes avec des mots retenus par l'émotion expriment devant la caméra.
La simplicité et la détresse d'une mère qui sachant son fils inoccupé lui apporte des livres. Il faut écrire une lettre au Directeur et il a pu les recevoir une première fois. Mais pas la deuxième car c'était une autorisation exceptionnelle et « puisque je vous dis que c'est exceptionnel il faut écrire à nouveau » et elle sort de son sac, déçue, les deux livres de poche refusés par l'Administration.

A Noël, une épouse ayant trente ans de parloir, ramène les deux petits morceaux de fromage, brie et bleu, en emballage transparent. Motif évoqué « rupture de la chaîne du froid » ...
Devant les agents de la prison elles ne réagissent pas, ne protestent pas car elles craignent des représailles sur le détenu et à la maison d'à côté elles racontent en colère mais à petite voix, avec des silences, comme si les surveillants pouvaient les entendre!

Ce filme nous plonge dans un monde qu'on a du mal à imaginer. On le sait et la politique actuelle aggrave la situation carcérale, au 1er avril 2008 il y avait 63 211 détenus en France dont 17 466 prévenus et la surpopulation était de 17 737. Les violences et les recents suicides font de ce film une actualité criante.

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Trois recompenses, primé au Festival Images de Justice à Rennes, à côté a eu le prix du public-documentaire à Belfort et reçu le prix docs-lycéens au Festival de Films de Femmes à Créteil.
Excellente photographie de Grégoire Korganow dont certains séquences du film en plan fixe font ressortir la qualité et la beauté. La création sonore de Hervé Birolini accompagne avec relief des moments intenses du film utilisant notamment les sons du lieu et là aussi la richesse des sonorités des voix dans la joie, la tristesse, la douleur ...
Pour la sortie à Paris le mercredi 29 novembre une petite salle or, aller voir à côté c'est voir un beau film, c'est aussi une forme de répondre à une jeune mère qui découvre les conditions du parloir « ce qui est surprenant c'est qu'on en parle nulle part »! Parlons-en autour de nous en allant le voir!


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