«Il était trois fois...» ou comment vivre avec l'Autre?

C'est une exposition, "Lieux saints partagés", qui nous invite à partager les lieux où chacun peut y trouver ou y manifester ce à quoi il croit. Par les temps qui courent, peut-être une façon de nous dire qu'il y a toujours raison d'espérer et que l'optimisme de la volonté est plus fort que le pessimisme du rejet.

capture-d-e-cran-2017-12-30-a-17-32-44

Au Musée de l'histoire de l'immigration (*), une exposition temporaire (jusqu'au 21 janvier 2018) nous présente des lieux carrefours, saints pour les croyants, où les trois religions se pratiquent, se croisent, sans exclusive ni stigmatisation.

Par des films, des photos, des objets, nous parcourrons et rencontrons des croyants à Jérusalem, Hébron, Bethléem, mont Carmel, Lampedusa ou Djerba…

J'y ai appris que ce lieu, qu'aujourd'hui l'actualité évoque comme un ultime espoir de sauvetage et de terre ferme, pour des milliers de migrants qui est l'île italienne de Lampedusa, dès le XVI siècle un grotte abritait un oratoire dédié à la fois à la vierge et à une prière musulmane. D'autres îles comme Djerba, au large de la Tunisie et l’île de Büyükada, non loin d’Istanbul en Turquie, étaient également des lieux de pèlerinage et d'accueil de diverses formes de manifester sa croyance.

Des personnalités qui se sont consacrées à ce dialogue des religions, le jésuite Paolo Dall’Oglio, l’islamologue Louis Massignon, l’émir algérien Abdelkader.

Une exposition qui voyage, présentée en 2015 au Musée des Civilisations de la Méditerranée (Mucem) à Marseille, après les attentats de «Charlie Hebdo» et de l’Hyper Cacher. En 2016, c'est au musée du Bardo (à Tunis) après l'attentat islamiste du 18 mars 2015. Une forme de réponse à la barbarie et au fanatisme, dans la volonté de faire coexister croyances différentes et reconnaître le droit à la fraternité humaine au-delà des dogmes.

Que va faire un athée dans une exposition sur les "lieux saints" ? Peut-on se demander quand le débat sur la laïcité s'enflamme. Peut-être cela précisément, exprimer notre besoin -et volonté- de cohabiter, de vivre en paix, de nous dire que notre cité, notre école, notre vivre ensemble est fait de cette diversité, de ce droit de chacun à sa croyance. Ceci ne va pas résoudre les inégalités, les injustices, les exploitations mais participe me semble-t-il, à mieux nous armer pour défendre ce qui est possible de partager et de faire face aux fanatismes et aux totalitarismes.

Dans sa rencontre (le 21 décembre) avec les représentants des six principaux cultes en France (catholique, protestant, orthodoxe, musulman, juif, bouddhiste), le président de la République aurait dit que, «la philosophie de la loi de 1905, " c'est la République qui est laïque, pas la société "», selon le journal Le Monde.

On peut se questionner sur cette formulation du plus haut représentant d'une République laïque. C'est parce que la République est laïque que le fait religieux, la libre pensée, l'athéisme, peuvent s'exprimer, se manifester, partager le même espace, revendiquer les mêmes droits, agréer les mêmes devoirs. La société est laïque où chacun a légitimement sa place.  Dans notre quotidien,  nous sommes traversés par la diversité des croyances, des convictions, des doctrines. Cette exposition concourt utilement à la connaissance, ouvrant aux différents regards dont nous sommes porteurs.

Le Musée de l'Immigration (plus précisément Musée national de l'histoire de l'immigration) est un lieu de salubrité publique, d'ouverture à l'Autre, à notre voisin de palier, de quartier, au camarade d'école ou de travail. Y aller, le faire connaître, est aussi une forme d'inscrire, à la portée de chacun, la volonté de fraternité et de solidarité. En quelque sorte une contribution à l'affirmation démocratique!

Lieux saints partagés  * Coexistences en Europe et en Méditerranée

(*) Palais de la Porte Doré
293, avenue Daumesnil * 75012 Paris
[métro : Porte Dorée (ligne 8) ; bus : 46 ; tramway : ligne T3]

*  *  *  L’exposition a entamé - conformément à son propos rassembleur - un long pèlerinage autour de la Méditerranée... Ses commissaires, anthropologues, s'inscrivent dans «un engagement humaniste et citoyen, loin des dogmes».

Il s'agit de Dionigi Albera, directeur de recherches au CNRS, basé à Aix-en-Provence, a co-dirigé le "Dictionnaire de la Méditerranée" (2016) élaboré en français et en arabe (entre autres) et Manoël Pénicaud, chercheur CNRS, cinéaste, auteur de : "Le réveil des Sept Dormants. Un pèlerinage islamo-chrétien en Bretagne" (2014)

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.