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Billet de blog 6 févr. 2019

Incident du 3 février 2019 à la centrale du Tricastin : à suivre avec attention

La communication d’EDF ne rend pas compte des enjeux réels. L’incident pourrait en effet avoir de graves conséquences et son issue doit être suivie avec attention. Il pose de nombreuses questions sur la capacité d’EDF à exploiter « en toute sûreté » son installation et à tenir compte du fameux « retour d’expérience ».

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Centrale nucléaire du Tricastin (CRIIRAD) © CRIIRAD

Un incident qui pourrait avoir de graves conséquences

Dans un communiqué publié le 4 février 2019, EDF a fait état d’un incident intervenu le 3 février lors des opérations de maintenance sur le réacteur N°2 de la centrale nucléaire du Tricastin.

Ce texte, reproduit en Annexe 1, indique que lors du retrait des « éléments internes supérieurs », un assemblage combustible est resté accroché au système de maintien. Cet incident a entraîné un arrêt de ces opérations et la fermeture du bâtiment réacteur.

Comme souvent en pareille circonstance, la communication d’EDF ne rend pas compte des enjeux réels. L’incident pourrait en effet avoir de graves conséquences et son issue doit être suivie avec attention.

L’assemblage de combustible irradié est en effet resté suspendu de manière imprévue au-dessus des 156 assemblages encore présents dans le cœur du réacteur nucléaire. Sa chute pourrait entrainer des ruptures de gaines des crayons de combustible nucléaire et un relâchement de substances hautement radioactives dans l’eau du circuit primaire, puis, par dégazage, dans l’air du bâtiment réacteur et dans l’environnement. Rappelons que si l’air du bâtiment réacteur est en théorie filtré avant rejet à l’atmosphère, les dispositifs de filtration ne retiennent pratiquement pas certaines substances radioactives sous forme gazeuse comme le xénon 133, le xénon 135, le krypton 88, le krypton 85, le tritium, etc. En cas de chute, on peut s’interroger également sur les risques de criticité. Cet incident présente également des risques importants pour les travailleurs sur le site.

Un incident dont l’origine interroge sur la qualité des conditions d’exploitation

Il s’agit d’un incident très rare au niveau mondial. C’est pourtant la troisième fois en onze ans qu’il se produit sur la tranche 2 du site du Tricastin.

Le 8 septembre 2008, 2 assemblages de combustible étaient restés coincés et il avait fallu plus de 7 semaines pour trouver une solution. Officiellement, l’incident de 2008 était dû au fait qu’une bille était tombée du pont de manutention lors du rechargement précédent. Cela avait décalé la position de certains assemblages et lors de la remise en place de la structure supérieure du cœur, EDF avait dû « forcer » pour emboîter les structures. Il était donc prévisible qu’au déchargement suivant, les assemblages forcés restent coincés. Un tel comportement avait laissé pantois…

Le 5 novembre 2009, un assemblage s’était retrouvé coincé également.

On attend avec impatience de connaître les causes de l’incident de 2019 qui pose de nombreuses questions sur la capacité d’EDF à exploiter « en toute sûreté » son installation et à tenir compte du fameux « retour d’expérience ».

L’opacité transparente d’EDF

La CRIIRAD a joint le service communication d’EDF afin d’obtenir des précisions techniques. Comme lors de précédents incidents, ce service refuse de répondre en direct et demande que les questions lui soient adressées par écrit. La CRIIRAD a donc adressé des questions par courriel à EDF le 5 février 2019 (texte reproduit en Annexe 2).

Mais EDF dispose d’un délai « légal » de 30 jours pour répondre. De plus, ces dernières années la CRIIRAD a constaté que les réponses d’EDF sont systématiquement accompagnées de la phrase : « Les informations transmises dans le présent courrier restent la propriété exclusive d’EDF. Leur transmission, sous quelque forme que ce soit, en tout ou partie, est soumise à notre autorisation préalable. Leur réutilisation est interdite ».

La CRIIRAD surveille la radioactivité de l’air en vallée du Rhône

Avec le soutien des collectivités locales, le laboratoire de la CRIIRAD gère un réseau indépendant de surveillance de la radioactivité de l’air en Rhône-Alpes et en Avignon.

Les balises CRIIRAD les plus proches du site du Tricastin sont celles de Saint-Marcel d’Ardèche (environ 7,5 km au sud-ouest) et Avignon (un peu plus de 40 km au sud). Au nord, il s’agit de la balise de Montélimar (27 km au Nord).

Depuis la déclaration de l’incident (heure de commencement supposée 2h30 le 3 février) et jusqu’à ce jour (6 février, 14H), les vents soufflent principalement du nord vers le sud dans le secteur du Tricastin (ville de Pierrelatte).

Les contrôles effectués en continu et en temps réel par les balises CRIIRAD n’ont révélé pour l’instant aucune anomalie. Les valeurs mesurées en direct pour la radioactivité alpha et bêta artificielle des aérosols (balises de Saint-Marcel d’Ardèche et d’Avignon) et pour l’activité de l’iode 131 (balise d’Avignon[1]) sont restées en dessous de la limite de détection (1 Bq/m3). Le débit de dose gamma ambiant enregistré à Saint-Marcel d’Ardèche est resté dans la gamme des fluctuations naturelles.

Il importe cependant de souligner que s’agissant de mesures instantanées, les limites de détection et seuils d’alarme sont relativement élevés[2]... Ce dispositif est conçu en effet pour détecter immédiatement de fortes augmentations de la radioactivité de l’air nécessitant la mise en œuvre de mesures de protection. Il n’est pas dimensionné pour repérer des rejets radioactifs d’importance limitée, même si les analyses en différé des filtres aérosols et cartouches à charbon actif permettent une détection plus fine.

 Lire le texte complet avec Annexes

Rédacteurs : Jérémie MOTTE, ingénieur environnement, responsable du réseau de balises de la CRIIRAD et Bruno CHAREYRON, ingénieur en physique nucléaire, directeur du laboratoire de la CRIIRAD.

[1]Compte tenu de la suppression des subventions du Conseil Régional Auvergne Rhône-Alpes et du Conseil Départemental de l’Ardèche, la CRIIRAD n’est plus en mesure de surveiller l’activité de l’iode radioactif à la balise de Saint-Marcel d’Ardèche.

[2] Ces balises permettent de lancer une alerte immédiate en cas de forte contamination de l’air ambiant. Les seuils d’alarme sont de 2 Bq/m3 pour l’activité alpha totale et bêta totale des aérosols. Pour les stations d’Avignon et Montélimar qui effectuent en outre un contrôle de l’activité de l’iode 131 gazeux, le seuil d’alarme est de 1 Bq/m3. L’équipe d’astreinte du laboratoire de la CRIIRAD est prévenue automatiquement sur téléphone portable en cas d’alarme.

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