Incendies près de Tchernobyl

Les incendies semblent désormais maîtrisés mais les questions sur leur impact restent entières. La CRIIRAD a procédé à l'analyse de filtres aérosols des balises qu'elle gère en vallée du Rhône.

Les images satellites de la NASA[1] mises à jour le 15 avril 2020 à 4 H GMT (voir illustrations) confirment ce que les autorités ukrainiennes avaient annoncé hier, à savoir que les récentes pluies et l’action des pompiers ont conduit à l’arrêt des incendies qui étaient à quelques centaines de mètres de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Comme le montre l’image satellite de la région, la plupart des incendies qui affectaient les territoires contaminés sont résorbés mais quelques foyers limités persistent. La CRIIRAD maintiendra sa surveillance.

 Images satellites NASA / FIRMS /Période du 14 au 15 avril 2020 (4H GMT) / zone des réacteurs de Tchernobyl

Zoom Réacteurs Tchernobyl Zoom Réacteurs Tchernobyl

 Images satellites NASA / FIRMS /Période du 14 au 15 avril 2020 (4H GMT) / zone d exclusion

Zone d exclusion Zone d exclusion

 

Ces incendies ont entraîné une augmentation ponctuelle de plus de 700 fois[2] de la concentration en césium 137 dans l’air de la ville de Kiev située à plus de 100 kilomètres au sud de la centrale de Tchernobyl.

De nombreuses questions restent posées sur l’impact radiologique de ces incendies pour les pompiers, les populations riveraines ainsi que sur la sûreté des installations nucléaires et des entreposages de déchets dans la zone d’exclusion. La récurrence des incendies dans les zones contaminées interroge également sur les moyens de prévention et de gestion mis en œuvre pour limiter ces rejets répétés de radioactivité, tout comme sur l'absence de balises de contrôle de radioactivité de l'air dans les zones habitées les plus exposées.

 Voir tous les communiqués de la CRIIRAD sur la page dédiée : http://balises.criirad.org/actuTchernobyl2020.html

 Impact sur la France

En ce qui concerne l’impact sur le territoire français, comme indiqué dans notre communiqué du 8 avril, les modélisations effectuées suggèrent que des masses d’air en provenance de la zone de Tchernobyl ont pu atteindre le territoire français en début de semaine dernière, mais avec des niveaux de contamination très faibles et difficiles à mesurer.

Comme indiqué dans notre communiqué du 14 avril, l’analyse du filtre de la balise de surveillance de la radioactivité atmosphérique qu’exploite la CRIIRAD à Montélimar (Drôme, vallée du Rhône) a confirmé que, sur la période du 3 au 10 avril, l’activité volumique du césium 137 dans l’air ambiant est restée très faible, en dessous des limites de détection (< 6 µBq/m3).

Les mêmes constatations sont faites pour la balise de Romans-sur-Isère (Drôme) : l’analyse cette nuit du filtre aérosol pour la période du 5 avril au 14 avril (matinée) ne met pas en évidence de césium 137 au-dessus de la limite de détection (< 13 µBq/m3).

Cela signifie que les traces de césium 137 nécessairement présentes dans l’atmosphère sont inférieures aux capacités de détection des moyens de mesure mis en œuvre par la CRIIRAD. Ces limites de détection sont différentes pour ces deux analyses, car le filtre de Montélimar a compté tout le weekend soit 300 000 secondes, ce qui n’est pas le cas pour le pré-comptage du filtre de Romans.

Rédaction : Bruno Chareyron, ingénieur en physique nucléaire, directeur du laboratoire de la CRIIRAD, avec la participation de Jérémie Motte, responsable du service balises et Stéphane Patrigeon, technicien métrologue.

Contact : bruno.chareyron@criirad.org

[1]https://firms.modaps.eosdis.nasa.gov/map/#z:10;c:30.1,51.3;t:adv-points;d:2020-04-14..2020-04-15;l:countries,firms_noaa20-viirs,firms_viirs,firms_modis_a,firms_modis_t

[2]Elle est passée par exemple de valeurs inférieures à 0,01 mBq/m3 à 5-7 mBq/m3 le 8 avril, voir https://www.sstc.ua/news/operativne-povidomlennya-pro-rezultati-vimiryuvannya-koncentraciyi-ceziyu-u-povitri-v-m-kiyevi

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