Explosion du 8 août en Russie / Récupération d'un missile à propulsion nucléaire ?

L’explosion du 8 août 2019 en Russie , qui a conduit à la dispersion de matières radioactives détectées à plus de 30 kilomètres, aurait eu lieu durant une mission de récupération d’un missile à propulsion nucléaire tombé sur les fonds marins. Il s'agit d'un évènement grave.

Les données sur la contamination radioactive de l’air à environ 30 kilomètres du lieu de l’explosion publiées par Rosguidromet le 26 août 2019 montraient, sans conteste, qu’il y avait bien eu des réactions de fission nucléaire, mais pour la CRIIRAD, plusieurs hypothèses étaient envisageables sur la nature de l’engin à l’origine de l’explosion (voir communiqué CRIIRAD du 28 août 2019).

Dans un article publié le 29 août 2019, le magazine américain CNBC révèle que, selon des personnes qui ont accès à des rapports des services secrets américains, l’explosion aurait eu lieu durant une mission de récupération pour sauver un missile à propulsion nucléaire, issu d’un test antérieur et gisant sur le fond marin. Il s’agirait du missile Burevestnik (La CRIIRAD avait fait référence à ce missile dans son communiqué du 9 août 2019).

Selon CNBC, Il aurait déjà été testé 4 fois entre novembre 2017 et février 2018, puis une fois en 2019. Chaque test se serait terminé par un crash, les américains ont estimé que le vol le plus long aurait duré un peu plus de deux minutes, le missile parcourant 35 kilomètres avant de s’écraser. Les tests montreraient apparemment que le cœur à propulsion nucléaire du missile ne serait pas parvenu à entrer en action. Il y aurait eu une explosion sur l’un des navires engagé dans les opérations de récupération, ce qui a causé une réaction dans le cœur nucléaire du missile conduisant à des fuites radioactives.

Ce scénario en deux étapes est cohérent avec les observations de l’organisme norvégien NORSAR basées sur des relevés sismographiques et acoustiques (voir communiqué CRIIRAD du 28 août 2019).

Ces révélations sont cohérentes avec les observations concernant l’émission de gaz rares radioactifs, produits de fission, isotopes du krypton et du xénon dont les descendants radioactifs solides ont été détectés à 30 kilomètres (voir communiqué CRIIRAD du 28 août 2019).

Il est indispensable que toute la lumière soit faite sur les circonstances de l’explosion du 8 aôut et sur la nature exacte du dispositif de propulsion nucléaire.

Cet évènement est grave

L’utilisation d’armes en général et d’armes à tête nucléaire pose de graves problèmes éthiques et de sécurité , mais l’adjonction de dispositifs à propulsion nucléaire dans les missiles fait courir des risques encore plus importants et doit être fermement dénoncée.

Manifestement, les autorités Russes font courir des risques sanitaires supplémentaires aux populations locales par souci de cacher des informations sur ce qui s’est réellement passé. Des médecins de l’hôpital d’Arkhangelsk ont ainsi soigné des patients fortement contaminés sans en avoir été informés auparavant.

Il n’y a toujours eu aucune donnée sur la contamination du milieu marin (eau de mer, poissons, algues, sédiments des bords de mer). Un militaire russe, lors d’une réunion publique (filmée par un participant) a pourtant demandé à la population locale de ne surtout pas tenter de récupérer sur les rives les débris liés à l’explosion du fait des risques de contamination radioactive.

 

Contact : bruno.chareyron@criirad.org

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