17 novembre 1983 au Mexique , naissance de l'Armée zapatiste de libération nationale

En 1983 cinq hommes et une femme issus du mouvement universitaire de 1968 au Mexique et se réclamant de la révolution d'Emiliano Zapata décident de se soulever face aux Gouvernement Mexicain. Les revendications principales étaient « travail, terre, logement, alimentation, santé, éducation, indépendance, liberté, démocratie, justice et paix » (Première Déclaration de la Forêt Lacandone).

On ne peut pas parler du Chiapas indigène ni le comprendre sans parler du mouvement zapatiste, du mouvement rebelle né officiellement le 17 novembre 1983 dans la forêt du Chiapas. Pour mieux comprendre l’apparition des organisations non gouvernementales dans cette région du sud du Mexique il faut avant tout situer un contexte. L'Etat du Chiapas est particulièrement complexe avec toute la culture qu’il détient, mais il ne faut pas oublier une page de l’histoire moderne que cette région a connue récemment.. Le racisme dont sont victimes les indigènes empêche tout type d' actions ainsi que les divers évènements politiques et militaires qui sont survenus au cours de ces dernières décennies dans cette région.

À partir des années 1970, les revendications identitaires des groupes amérindiens indigènes s’intensifient, et les contacts se multiplient entre les Amérindiens des divers points du continent et d’autres acteurs sociaux : syndicats, églises, partis politiques, groupes écologistes et féministes.

Le 6 août 1969 est créé à Monterrey un groupe clandestin issu de la pensée guévariste, le FLN (Front de libération nationale). Leurs objectifs étaientt l’impulsion d’une république populaire et socialiste et la défaite militaire et politique de la bourgeoisie mexicaine.

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Le FLN accouchera plus tard, d’un nouveau mouvement, l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN). Ce groupe de guérilleros représente une partie importante de la vie sociale du Chiapas et il permet de mieux comprendre la géopolitique de la région.

C’est le 17 novembre 1983 qu’un petit groupe composé de six, trois indigènes et de trois métis, de cinq hommes et d’une femme, arriva dans la selva lacandona chiapanèque et y installèrent un campement de montagne sommaire. C’est à cette date précise que fut créée l’armée zapatiste de libération nationale . D’origines différentes, mais d’idéologies identiques, si certains prônaient pas la lutte armée, d'autres étaient pacifistes.

Ce petit groupe clandestin installé dans la pénombre et l’immensité de la forêt vierge a commencé ces actions petit à petit. Au fur et à mesure, les initiateurs allaient dans les villages informer des personnes sur leurs revendications. Le recrutement commençait par les jeunes via  un lien de l’EZLN dans le village. Ces derniers, s’ils voulaient en savoir plus sur l’organisation et participer par la suite aux actions, devaient partir le soir lorsque la nuit était tombée afin d’être le plus discret possible, au fin fond de la selva.

Chaque personne revenait, de nuit toujours, avec un espoir. Les compas, donnaient des brochures dont le but était de parfaire l'éducation politique chez les nouvelles recrues.Ils découvraient l'exploitation qu'ils subissaient par le Gouvernement Mexicains.

Ces derniers, convaincus  allaient à leur tour convaincre et à recruter au sein même de leur village, peu à peu, jusqu’à ce que tout le village soit recruté. Pour éviter que cette organisation ne soit révélée aux autorités gouvernementales qui auraient très mal perçu ce mouvement, les insurgés se déguisaient avec des uniformes d’instituteurs ou de la compagnie pétrolière étatique Pemex (Petroleos Mexicanos).

Petit à petit, de nombreux villages rejoignirent le mouvement sans en dire un mot. Il y avait les compas qui savaient sinon on ne savait pas. Une fois tous le village recruté, certains décidaient d’aller s’engager comme insurgés. Les villages se sont, peu à peu, organisés pour assurer le ravitaillement des insurgés dans les campements. Les campements étaient pour le moins sommaires. Ceux-ci étaient composés d’une simple cuisine, de dortoirs d’aire d’entraînement, de lieu pour les besoins primaires (situés à 25 et 50 mètres), et quelques positions de défense. La guérilla s’agrandît vite, passant de quelques miliciens à escouade puis peloton puis armée. Le phénomène pris une telle importance, recueillant ainsi toute la détresse des indigènes, qu’il a fallut s’organiser. On créa donc le poste de responsable local (représentant d’un village) et de responsable régionale (Représentant de villages). Parfois les compas descendaient dans les villages où tous les membres étaient convaincus. Alors une fête était organisée et des discussions politiques étayaient la soirée. L’organisation prévoyait même un programme culturel.

En 1988, le mouvement zapatiste entreprend sa première action de poids. La marche de « Xi-nich » à Palenque vise à contester l’élection du président Carlos Salinas de Gortari, élu par la fraude et symbole du néolibéralisme. Ce même président annule en 1993, l’article 27 de la constitution mexicaine de 1917, empreinte majeure de la révolution de Emiliano Zapata portant sur le droit à la terre et la redistribution équitable des terres aux « peones », esclaves dans les haciendas.

Quand se sont formées les régions, le travail était passé à une autre échelle. Des cliniques, des hôpitaux, ou des écoles étaient construites par les compas. Il n’était pas dur de convaincre des villages entiers qui s’étaient déjà auparavant organisés dans des luttes pacifiques pour lutter contre le gouvernement. Mais les répressions constantes et l’impossibilité de négocier à pied d’égalité, de par leur condition d’indigène, avaient exacerbé les esprits. L’idée de lutte révolutionnaire paraissait ainsi être probablement la seule solution pour se sortir de la pauvreté. Dans celle guérilla aujourd’hui on peut recenser plus de 99% d’indigènes et 1% de métis. Les indigènes sont de différentes ethnies.

L’organisation était parfaite. Les campements dans les montagnes et dans la forêt étaient tous séparés mais pourtant restaient tous en communication grâce à un système de radio. Dans beaucoup de campement on apprenait aux insurgés comment maîtriser et utiliser les armes grâce aux manuels militaire de l’armée américaine ou de l’armée fédérale mexicaine. On apprenait aussi l’histoire du Mexique.

C’est au bout de 10 ans et quelques mois que l’EZLN pris une ampleur régionale conséquente. Unissant la force de milliers d’indigènes, tous anéantis et excédés par des centaines d’années d’exploitation, n’ayant l’impression de ne plus pouvoir perdre beaucoup de choses tant leur droit étaient spolier, qu’à la fin de l’année 1993 ils décidèrent de passer à l’action en déclarant la guerre au gouvernement fédéral du Mexique. Pendant 10 ans, petit à petit l’organisation a pu rassembler les plaintes et les revendications indigènes pour devenir un mouvement qui ne se tairait plus, et qui apparaîtra aux yeux du monde, avec une cagoule. Celle de ceux qu’on ne voit pas. Ou que l’on ne voyait pas. Avec ces revendications, après tant d’année d’effort organisationnel, l’EZLN prenait forme et pouvait alors commencer ce pour quoi elle existait, une lutte pour leur droit et leur reconnaissance bafouée depuis des centenaires.

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