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Billet de blog 19 nov. 2021

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Pour le droit des associations de choisir librement les causes qu’elles défendent

Des associations sont dissoutes par le gouvernement au motif absurde que dénoncer une injustice ce serait justifier rétrospectivement – ou se rendre complice par avance – des actes violents, voire des actes de terrorisme, que d’autres ont commis ou commettront peut-être un jour en invoquant cette même injustice. Tribune signée par une trentaine d'organisations.

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« Sous couvert de dénoncer des actes d’islamophobie », lit-on en effet dans le décret de dissolution de la Coordination contre le racisme et l’islamophobie, cette association « distille[rait] un message incitant à percevoir les institutions françaises comme islamophobes, alimentant ainsi un soupçon permanent de persécution religieuse de nature à attiser la haine, la violence ou la discrimination envers les non-musulmans ». Faut-il souligner que l’accusation d’incitation à la discrimination envers un groupe indistinct qui serait constitué des « non musulmans » relève du non-sens ?

Comme dans le cas du CCIF, le décret retient aussi à charge des propos tenus par des tiers sur les réseaux sociaux concernant, par exemple, le grief d’incitation à la violence contre les forces de l’ordre. Cela suffit, aux yeux du ministre de l’intérieur, à caractériser une « stratégie » de l’association qui consisterait à susciter ces commentaires et à les maintenir ensuite « volontairement  » en ligne. De même ce sont les commentaires hostiles à la politique israélienne – qualifiés de discours « antisioniste » – qui « appelle[raient] des messages à teneur antisémite ». Le procès d’intention s’accompagne ici de l’amalgame volontairement distillé entre la critique d’Israël, l’antisionisme et l’antisémitisme.

En somme, une addition de présupposés, d’hypothèses et de supputations permet d’affirmer qu’une association « doit être regardée comme cautionnant » des propos provoquant à la violence ou à la discrimination et que cette prétendue caution suffit elle-même à caractériser des « agissements » de provocation à la violence ou à la discrimination, seuls susceptibles de justifier une dissolution.

Le silence qui accompagne l’enchaînement de ces mesures de dissolution est alarmant. D’abord parce qu’il peut être perçu comme un assentiment tacite et ouvrir la voie à d’autres décisions analogues, désormais facilitées par la loi « confortant le respect des principes de la République » promulguée le 24 août 2021. Ensuite parce qu’il conforte le soupçon d’illégitimité que le gouvernement fait peser sur les combats menés, sur le terrain du droit, contre les discriminations subies par des personnes musulmanes ou considérées comme telles. Ce silence, c’est en somme une façon d’accepter l’invisibilisation des discriminations et des injustices, d’accepter que des milliers de personnes soient laissées sans soutien, isolées, niées dans l’humiliation éprouvée ou le déni de leurs droits.

Se taire face à ces dissolutions et aux faux semblants de leur motivation, c’est ne pas voir que, demain, la défense d’autres causes pourra subir le même ostracisme et la même sanction. Ici, c’est le concept d’islamophobie dont on comprend qu’il devrait être banni. Mais ne nous dit-on pas aussi qu’il serait abusif, voire diffamatoire, de parler de « violences policières » ? Nous reprochera-t-on demain de dénoncer la xénophobie à l’œuvre dans les politiques migratoires au motif que c’est faire insulte à ceux qui nous gouvernent et – qui sait ? – susciter dans la population immigrée la haine de la France et des Français ? De même encore, faudra-t-il proscrire l’expression « délit de solidarité », sous prétexte que l’aide aux migrant·es est censée ne plus faire l’objet de poursuites ? N’a-t-on pas reproché aux mouvements anticoloniaux d’encourager des sentiments de révolte inadmissibles ? Et que dire de concepts comme le genre, l’intersectionnalité ou le racialisme, dont l’usage est décrié sous prétexte qu’il ouvrirait la voie au « séparatisme » et au « communautarisme » ?

Pour garantir leur survie, les associations devront-elles éviter les termes qui sentent le soufre, mettre leurs analyses sous le boisseau, s’interdire certaines modalités d’action ?

Nous, associations et syndicats, rappelons qu’il nous appartient – et à nous seuls – de décider si nous voulons, ou non, dénoncer et combattre, parmi d’autres discriminations et stigmatisations, cette injustice particulière nommée islamophobie.

Nous déclarons que nous continuerons à choisir librement l’objet de nos combats ainsi que les termes que nous considérons pertinents pour analyser l’état de la société et critiquer les politiques comme les pratiques des pouvoirs publics.

Nous revendiquons le plein exercice de la liberté d’opinion, qui inclut la libre contradiction et exclut toute police des idées.

Nous entendons, tout simplement, que soit respectée la liberté d’association.

19 novembre 2021

Organisations signataires
Mise à jour du 29 novembre 2021: 48 signataires

1.     ACDA - Agir pour le changement et la démocratie en Algérie
2.     ACORT - Assemblée citoyenne des originaires de Turquie
3.     ADM - Action droits des musulmans
4.     ADTF - Association démocratique des Tunisiens en France
5.     AFJD – Association française des juristes démocrates
6.     AFPS - Association France Palestine Solidarité
7.     AMF - Association des Marocains en France
8.     Anafé - Association nationale d’assistance aux frontières des étrangers
9.     ATMF - Association des travailleurs maghrébins de France
10.  ATTAC
11.  L’Auberge des Migrants   
12.  CDDLE – Collectif de défense des droits des étrangers (Besançon)
13.  Cedetim - Centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale
14.  CIVCR – Collectif Ivryen de vigilance contre le racisme
15.  Coordination nationale Pas sans Nous
16.  Collectif poitevin d’Ailleurs Nous Sommes d’ici
17.  Collectif stéphanois contre l’islamophobie et pour l’égalité
18.  Collectif 69 de soutien au peuple palestinien
19.  Copaf – Collectif pour l’avenir des foyers
20.  CRID - Collectif d’organisations de solidarité internationale et de mobilisation citoyenne
21.  CRLDHT-Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l'Homme en Tunisie)
22.  DAL - Droit au logement
23.  Education.World 86
24.  Fasti – Fédération des Associations de solidarité avec tou·tes les immigré·es
25.  Fédération nationale de la Libre pensée
26.  Femmes Égalité
27.  Femmes plurielles
28.  Fondation Copernic
29.  FTCR - Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives
30.  Gisti - Groupe d’information et de soutien des immigré·e·s
31.  Identité plurielle32.  La Quadrature du Net
33.  LdH – Ligue des droits de l’Homme
34.  Le Rezo
35.  Memorial 98
36.  Le Paria
37.  Réseau chrétien – Immigrés
38.  Resome - Réseau études supérieures et orientation des migrants et exilés
39.  SAF - Syndicat des avocats de France
40.  Sciences citoyennes
41.  Solmiré – Solidarité Migrants Réfugiés (Besançon)
42.  SM - Syndicat de la magistrature
43.  Tendance syndicale Émancipation
44.  Tous migrants
45.  UJFP - Union juive française pour la paix
46.  Union syndicale solidaires
47.  UTAC - Union des Tunisiens pour l'Action Citoyenne
48.  VoxPublic   

Ce manifeste reste ouvert à la signature de toutes les organisations qui souhaitent s’y associer.
Écrire à : manifeste-droit-asso-au-libre-choix@gisti.org

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