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Billet de blog 22 juil. 2020

Bilan du FN/RN aux municipales 2020: ni banaliser, ni surestimer

Marine Le Pen triomphe sans vergogne, mais elle ne fait là que son « boulot de communicante ». En réalité, les résultats électoraux de l’extrême droite au second tour de ces municipales 2020 – qui se sont déroulées dans des conditions très particulières liées à la crise sanitaire – sont nettement plus contrastés.

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D’un côté, le principal parti de l’extrême droite française, le Rassemblement national, gagne quelques mairies en plus de celles qu’il avait déjà « conquises » en mars 2014, et regagnées en 2020 (la plupart du temps dès le premier tour). Les principales prises sont la ville de Perpignan dans les Pyrénées-Orientales – qui, avec ses 120.000 habitant-e-s, constituera la municipalité RN la plus peuplée -, la commune de Moissac (12.500 habitants) dans le Tarn-et-Garonne et celle de Bruay-La-Buissière (22.000 habitants) dans le Pas-de-Calais. S’y ajoutent des communes de taille réduite dans le Vaucluse où les listes gagnantes sont officiellement estampillées « sans étiquette » ou « Divers Droite », mais comportent bien une bonne dose RN : Mazan (6.000 habitants, avec 39,98 % pour la liste majoritaire), Bédarrides (5.000 habitants, 49,14 % pour la liste gagnante) ou encore Morières-lès-Avignon (8.000 habitants, 55,41 % des voix pour la liste majoritaire).

Si Louis Aliot, 50 ans et adhérent du FN depuis 1990 (parti dont il a été le vice-président sous Marine Le Pen avant de se concentrer sur la ville de Perpignan), est un vieux routier de la politique, certains des autres nouveaux maires d’extrême droite sont des jeunes militants. A Bruay-La-Buissière, le futur maire Ludovic Pajot, déjà élu député FN/RN à l’Assemblée nationale depuis juin 2017, n’a que vingt-six puisqu’il est né fin 1993. Et à Moissac, Romain Lopez, élu maire avec 62,45 % (dans une ville connue dans toute la région pour avoir caché 500 juifs persécutés pendant la Seconde guerre mondiale !), est lui aussi jeune de ses 31 ans. Il s’était par ailleurs illustré dans un passé pas si ancien que ça par des contacts – au moins sur les réseaux sociaux – avec l’écrivain antisémite Alain Soral et ses proches, et par quelques tweets à caractère antisémite (« Les apôtres du complexe victimaire ne savent plus quoi inventer »). Il plaide aujourd’hui « l’erreur de jeunesse ».

Avec les mairies que le FN/RN tenait depuis 2014 et avait regagnées au premier tour du 15 mars 2020, cela fait quelques « jolies prises » de son point de vue. Surtout la ville de Perpignan, la plus grande dont le parti d’extrême droite contrôle la mairie depuis l’époque de Toulon où Jean-Marie Le Chevalier, FN puis ex-FN, était maire entre 1995 et 2001, mais où il avait fini par échouer lamentablement et à imploser (quatre listes issues du FN seront présentes aux municipales de 2001). Rien n’indique, pour le moment, que le RN commettra les mêmes erreurs qu’en ce temps-là, mais ça reste à voir.

Dans d’autres cas, le RN a échoué à prendre des mairies qu’il convoitait : il aurait bien aimé conquérir la ville de Marles-les-mines dans le Pas-de-Calais (6.000 habitants) pour pouvoir se targuer d’avoir pris une ville gouvernée jusqu’ici par le PCF, mais malgré une fusion avec une liste « Divers droite » après le premier tour, il y échoue avec 45,12 %. L’extrême droite échoue aussi à Frontignan (Hérault) avec 41,99 %, alors qu’une alliance avec des anciens LR au nom de « toute la droite » lui semblait préparer le terrain. Le RN rate aussi ses cibles à Carpentras (Vaucluse), Vauvert (Gard) ou Menton (Alpes-Maritimes) où il avait escompté des chances de victoire.

Pire pour lui, à Tarascon (Bouches-du-Rhône), où l’extrême droite était en partie divisée, le candidat « officiel » du RN réalise un score de 12,57 %, et sa « dissidente » Valérie Laupies – quant à elle – obtient 39,31 % au second tour. La désunion aura fait leur faiblesse.

L’extrême droite doit quitter certaines mairies qu’elle avait contrôlé antérieurement. Si la chose était attendue à Mantes-la-Ville dans les Yvelines que le FN avait prise en 2014 lors d’une improbable quadrangulaire et grâce aux divisions de la gauche (il y échoue au second tour de 2020 avec 44,15 % en « duel »), le retrait lui paraît plus douloureux ailleurs. A Marseille, l’actuel sénateur Stéphane Ravier avait pris la mairie du Septième secteur regroupant les 13e et 14e arrondissement, en mars 2014 ; il la perd en 2020 (avec 49,02 %), et sa liste finit en troisième position au niveau de la ville de Marseille (avec 20,3 %). Au Luc dans le Var, ville de 11.000 habitants également prise par le FN en mars 2014, le RN doit plier en 2020, avec 44,27 % des voix exprimées. Cependant, le futur maire Dominique Lain (un « Divers droite » allié au parti LR) avait soutenu une motion votée au conseil municipal contre l’implantation d’un « centre d’accueil d’orientation » de migrants, pendant l’hiver 2017/18. Une pétition relayée par la mairie, sur le sujet, avait alors recueilli 1.600 signatures ; une version publiée sur le site Change.org comportait, entre autres, des commentaires promettant le « four crématoire » aux « sauvages ».

La Ligue du Sud, parti régional d’extrême droite, réussit à conserver la municipalité d’Orange (Jacques Bompard, ex-FN et ex-MPF, maire depuis juin 1995 sans interruption, a été réélu avec 56,34 %) mais perd celle de Bollène, occupée par Marie-Claude Bompard depuis 2008. Elle doit désormais quitter son fauteuil de maire, ayant reçu son invitation à décamper avec 48,19 % au second tour.

Autre facette des résultats contrastés de l’extrême droite lors de ces municipales : si celle-ci (sous forme du RN) a réalisé, au premier tour, des gros scores dans certaines des mairies qu’elle contrôlait depuis 2014, allant jusqu’à 74,21 % à Hénin-Beaumont, elle avait marqué des scores nettement plus modestes dans d’autres villes. Si 85,9 % des listes du FN présentes en 2014 (dans des communes de plus de 10.000 habitants) avaient réalisé des scores supérieurs à 10 %, ce n’est plus le cas que de 51,9 % d’entre elles, en 2020.

Par ailleurs, fait relativement nouveau, les scores du (désormais) RN baissent souvent de manière substantielle entre le premier et le second tour, là où il n’avait aucune chance réaliste de l’emporter au deuxième. Ainsi, entre deux tours du scrutin, le score du RN passe de 16,40 % à 14,58 % à Douai (Nord) ; de 12,63 % à 7,26 % à Maubeuge ; de 17,80 % à 9,34 % à Noyon (Oise), un ancien fief important du parti d’extrême droite ; il passe de 14,39 % à 8,40 % à Abbeville (Somme), ou encore de 16,48 à 10,10 % à Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne), tout comme il sera passé de 10,39 % à 8,88 % à Narbonne (Aude) ou de 15,67 % à 9,80 % à Agde (Hérault).

En revanche, là où la liste du RN était arrivée en seconde position et paraissait « éligible », elle réussit parfois à monter entre les deux tours, comme à Bagnols-sur-Cèze (Gard) de 28,83 % à 37,34 % ou de 43,08 à 48,42 % à Vauvert (Gard).

Premier bilan

Loin de pouvoir nous rassurer et rappelant que le danger fasciste est bien présent en France, le bilan électoral de l’extrême droite au lendemain de ce scrutin municipal ne constitue pas non plus un triomphe pour elle.

Il montre surtout que, si un courant de fond favorable aux idées d’extrême droite existe dans la société française, il ne rencontre pas à l’heure actuelle un appareil militant structuré, présent sur l’ensemble du territoire, quadrillant ce dernier par des équipes militantes. Le RN reste actuellement avant tout une formation électorale présente essentiellement dans les scrutins régionaux et nationaux, qui dispose d’un nombre insuffisant d’équipes militantes « de terrain » pour pouvoir prétendre gangrener toutes les structures de la société par la base, comme aspire à le faire un mouvement fasciste pleinement développé.

Les choses peuvent, bien sûr, évoluer dans le mauvais sens : il s’agit d’une « photo » du moment. Celle-ci montre, au jour d’aujourd’hui, une faiblesse de l’implantation locale dans de nombreux points du territoire. Cette année, le RN avait d’ailleurs présenté 262 listes aux municipales dans des villes de plus de 10.000 habitant-e-s, là où il y en avait 369 en mars 2014. Après ses déboires connus tout au long de la mandature 2014 à 2020 (avec, au total, environ 40 % des conseillers FN/RN élu-e-s il y a six ans qui auront démissionné de leurs mandats), le parti semble avoir misé cette année sur davantage de « rentabilité », présentant des candidats dans des endroits où il semblait exercer un minimum de contrôle et/ou posséder un minimum de chances de gagner.

La lutte antifasciste reste pleinement d’actualité ; elle doit s’accompagner d’une juste analyse des forces et faiblesses du camp ennemi, qui ne doit être ni surestimé ni banalisé.

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