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Billet de blog 3 sept. 2017

CAE-CUI: de quel «marché du travail» parlez-vous, messieurs les dirigeants?

Pour justifier la suppression des contrats aidés CAE-CUI, nos responsables politiques répètent à satiété que ces aides sont un échec car elles ne permettent pas aux personnes de se réinsérer dans le marché de l'emploi. Mais ce constat ne devrait pas conduire à réduire les contrats aidés. Il devrait au contraire interroger leur transformation et leur extension sous diverses formes.

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Les contrats aidés sont drastiquement réduits. Il ne se passe pas 48 heures sans que je n'entende autour de moi que telle personne ne va pas pouvoir continuer à travailler sous ce statut, ou que telle structure est menacée parce qu'elle emploie une partie de ses salariés grâce aux aides de l'État CAE-CUI.

L'argument que répètent nos responsables politiques est que ces contrats aidés sont un échec car ils ne permettent pas aux personnes de se réinsérer dans le marché de l'emploi. Il est vrai (depuis quelques dizaines d'années...) que les taux de sortie vers le "marché de l'emploi" sont très faibles. Mais ce constat ne devrait pas conduire à réduire les contrats aidés. Il devrait conduire au contraire, avec les PME, les acteurs de terrain, la "société civile" et les chercheurs d'emploi eux-mêmes, à transformer le marché de l'emploi pour aller vers quelque chose qui ressemble moins à la jungle actuelle, où trouver un emploi signifie prendre la place d'un autre(1), où travailler n'empêche pas, pour deux millions de Français (et beaucoup plus dans les autres pays), de se trouver sous le seuil de pauvreté, et où les employeurs, leurs carnets de commandes atones, se demandent comment ils vont finir l'année.

Reformulons l'argument de nos politiques : "les contrats aidés ne permettent pas aux personnes d'aller vers un marché de l'emploi hyper-concurrentiel, complètement saturé et très précaire... alors supprimons ces aides !" On voit bien que le raisonnement n'est pas juste.

Réfléchissons plutôt à comment soutenir mieux travailleurs, employeurs et consommateurs pour que tous puissent vivre mieux. Et les aides à l'emploi, directes ou indirectes, font partie des solutions. Sans doute faut-il les faire évoluer, mais plutôt en les transformant et en étendant leur durée qu'en les supprimant ! Car s'il n'y a plus d'effet de sas entre emplois aidés et emplois non-aidés(2), de deux choses l'une :
- soit on accepte que le chômage de longue durée, qui a déjà de belles années derrière lui, en ait de plus belles encore à venir, avec ses dégâts économiques(3) et humains insupportables,
- soit notre projet de société est de faire une place à chacun et alors, plutôt que de raisonner en fonction de l'état de la jungle de l'emploi actuelle, essayons de rebattre les cartes au profit du plus grand nombre.

Ce sera le sujet de multiples débats et rencontres les 14 et 15 octobre prochains dans l'espace "Emploi et travail" du Village des initiatives place de la République à Paris. Notez-le sur votre agenda !

L'entreprise solidaire TAE (Travailler et Apprendre Ensemble) créée par ATD Quart Monde à Noisy-le-Grand. Elle tire de sa production 80% de ses ressources. Ses salariés y sont embauchés en CDI. Elle vous attend les 14-15 octobre place de la République à Paris. © ATD Quart Monde

jean-christophe.sarrot@atd-quartmonde.org

(1) : La Banque Centrale Européenne reconnaît elle-même que les taux réels de chômage en Europe sont 1,5 à 2 fois plus élevés que les taux officiels.
(2) : En réalité, tout emploi est plus ou moins aidé, et les aides à l'emploi les plus coûteuses (telles le CICE) ne sont pas les plus efficaces.
(3) : En 2013, une étude macro-économique d'ATD Quart Monde a montré que chaque personne qui sortait du chômage de longue durée représentait une économie d'au moins 15 000 €/an pour la collectivité. Ce montant serait en réalité plus proche de 18 000 ou 20 000 €. Voir www.atd-quartmonde.fr/unemploiundroit (annexe 3).

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