S'engager contre la pauvreté: le témoignage de Priscillia

Priscillia fait partie des nombreux jeunes qui ont l'expérience de la pauvreté et s'engagent avec ATD Quart Monde pour la combattre. En ce début 2020, nous dédions son témoignage à tous celles et ceux qui veulent s'engager pour construire une société plus juste, non seulement pour celles et ceux qui en sont exclus, mais aussi et surtout avec eux.

"Pour moi, être militante, c’est combattre pour une cause qui me paraît importante et juste dans ma vie. Cette cause, c’est combattre la pauvreté, comme c’est quelque chose que je vis et que je veux combattre pour pas que ma fille vive ce que j’ai vécu.

Ma mère, je la voyais jamais avec le sourire, toujours forte, mais triste par rapport à tout le quotidien. Alors que quand je la voyais rentrer d’ATD Quart Monde, elle avait le sourire, je me disais que c’était quelque chose de bien. Depuis bébé, je venais aux journées familiales et aux soirées de Noël. Ça m’a donné envie de découvrir par moi-même, donc j’ai demandé à Martine (1) si je pouvais commencer à faire les préparations de l’Université populaire Quart Monde. [...]. Ça m’apporte tellement dans ma vie, c’est important pour moi le Mouvement ATD Quart Monde, même si je ne sais pas très bien expliquer pourquoi. En plus, ça me permettait de passer du temps avec ma mère car, au quotidien, elle était tellement prise par les soucis qu’on n’était pas ensemble.

Quand j’étais plus jeune je venais, parce que je sentais que ça me faisait du bien, mais je ne le disais à personne dans ma vie de tous les jours car j’avais honte de mon milieu et je ne voulais pas que les autres sachent que j’étais pauvre.

Par exemple, à l’école, je faisais tout pour ne pas paraître différente. Je préférais être dans le camp de cancres plutôt que d’être vue comme une pauvre, je préférais ne jamais faire mes devoirs que de ne les faire que quand j’avais de l’électricité car les professeurs auraient pu avoir des doutes.

Mais en grandissant et aussi en faisant des interventions, des séminaires, les co-formations (2), cela m’a permis d’accepter qui j’étais et d’où je venais ; maintenant, c’est ma force au quotidien.

C’est un chemin qui prend plus ou moins de temps ; au début je venais, mais j’écoutais. Et au fur et à mesure, j’ai commencé à prendre la parole, j’ai compris que même si j’étais jeune, j’avais le droit de m’exprimer et j’étais écoutée et prise en considération, alors que je n’avais jamais senti ça dans la société.

Un autre événement important dans mon engagement c’est que j’ai eu le privilège de partir dans l’Océan indien pour une rencontre du Mouvement ; je suis allée à Madagascar et j’ai découvert la pauvreté dans le monde entier. Je le savais, mais le fait de l’avoir vu et d’avoir pu parler avec d’autres militants, j’ai eu une prise de conscience. Maintenant, je veux changer mon quotidien, mais changer aussi le quotidien des personnes du milieu de la pauvreté dans le monde entier.

M’engager dans le Mouvement, c’est déjà un acte fort pour moi et plus on sera nombreux plus on arrivera à faire bouger les choses. C’est un acte fort, car la pauvreté s’est tellement ancrée en moi, dans ma vie, que dès que des personnes parlent de leur vie difficile, ça me fait écho, ça rejoint ma vie et ça me met en colère contre toutes les injustices. Ça me donne envie de me battre. Maintenant, je prends la parole plus facilement, j’ose plus m’exprimer devant les professionnels et dire ce que je pense. Je dis quand je ne comprends pas quelque chose, alors qu’avant je ne disais rien. Moi, pour l’instant, il me reste beaucoup de parcours car dans mon quotidien qui est difficile, je suis sur un chemin, et dans le Mouvement ATD Quart Monde j’avance, mais sur un autre chemin, et pour l’instant je n’ai toujours pas réussi à les croiser. Je me sens utile et je me dis que si on était plus nombreux, les choses pourraient évoluer plus vite. Je me sens fière et j’assume qui je suis et de faire partie du milieu de la pauvreté. Ce qui est dur, c’est de voir que, malgré tout ce qu’on fait, on reste le sous-peuple, pas reconnu, pas considéré dans la société. Ce qui me donne de la force, c’est ma fille, car je veux que ça évolue, je ne veux pas qu’elle vive les mêmes choses que moi. Le fait d’être un Mouvement international donne de la force, car la cause est portée par d’autres à travers le monde et avec le Mouvement on n’est plus isolés, on est unis tous ensemble."

Priscillia Leprince, 24 ans (propos recueillis par Maggy Tournaille, volontaire permanente d'ATD Quart Monde, et publiés dans le numéro 252 de la revue trimestrielle Quart Monde "Franchir le seuil du militantisme").

Notes

(1) : Volontaire permanente d'ATD Quart Monde.
(2) : Formations mises en œuvre selon le Croisement des savoirs et des pratiques © avec des personnes ayant l'expérience de la pauvreté et des professionnels, des élus, etc., afin de faire évoluer les regards, les comportements et les pratiques de chacun.

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