Les préjugés, la peur et la tête haute

Deux femmes qui connaissent la grande précarité et sont engagées au sein du mouvement ATD Quart Monde témoignent de l'impact que les préjugés ont sur les personnes confrontées à la pauvreté. Elles disent aussi comment elles ont pu retrouver "la tête haute".

"Les préjugés, ça m’a touchée, j’en ai pleuré d’être rejetée", témoignait récemment une militante d'ATD Quart Monde lors d'une soirée de présentation du livre En finir avec les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté.

"Avec le chirurgien, je suis sûre que c’est ça, poursuit-elle. Certains de mon âge sont opérés du genou, alors que moi, pas tout de suite. Pourquoi ? Maintenant, je sais me canaliser. Je dis : 'vous ne voulez pas m’opérer, d’accord, j’irais voir un autre'. Les pauvres ne sont pas auscultés par certains médecins...  Les préjugés, c’est arrivé au collège : 'tu vois celle là, elle n’a pas de Nike". Maintenant, j’ai la tête haute et je sais quoi répondre.
Je ne veux pas de mal aux riches. Je voudrais qu’ils vivent un peu notre situation, pour qu’ils comprennent ; ils arrêteraient les préjugés.  Je résiste aux préjugés en gardant la tête haute. Mais il faut se battre tous les jours. C’est pas parce qu’on garde la tête haute que la vie est facile."

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"Quand on a des préjugés sur nous, on ne nous respecte pas. J’ai le RSA. Mais si j'avais choisi de toucher le RSA, pourquoi je me serais démenée pour faire un diplôme dans l’hôtellerie? Ceux qui gagnent bien leur vie, c’est des êtres humains comme nous. Qu'on soit avocat, médecin, on devrait être considéré au même niveau que ceux qui touchent le RSA. C’est pas parce que celui là est médecin qu’il doit mettre plus bas que terre quelqu’un qui touche le RSA."

"Tant que les autres personnes ne comprendront pas ce qu’on vit, il y aura toujours des préjugés. Il faudrait qu'elles viennent nous parler. On est ouverts à toute discussion. On n’est pas du genre à profiter des services sociaux. On est beaucoup à vouloir travailler."

"Un de mes voisins critique souvent un autre voisin qui ne travaille pas. Il le traite de feignant. Je lui dis : 'avant de le traiter de feignant, cherche pourquoi il ne veut pas travailler'. J’ai été discuter avec mon autre voisin. Il a l'allocation adulte handicapé. Il n’a pas de diplôme. Je lui ai dit d’essayer d'aller à Pôle emploi et de discuter avec un conseiller."

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"Je ne suis pas parfaite, mais je suis un être humain. J’ai toujours eu peur", raconte une autre femme engagée à ATD Quart Monde.

"ATD Quart Monde m’a aidé à devenir moi, à ne plus avoir peur des gens et à ne plus avoir peur de parler. Avant, j’entendais plein de choses et je me taisais. Préjuger, c’est juger avant de connaître. Quand on ne connaît pas la personne, on n’a pas le droit de juger. Pas sur des apparences, pas sur des on-dit.  On a connu les préjugés en famille, à l’école, dans la société... Quand on veut se reconstruire, il faut tenir le coup ! J’ai cru que j’étais une bonne à rien, une fainéante. On entend tout ça à longueur de journée. C’est pour ça que je m’enfermais, que je m’isolais.
On dirait que la pauvreté, ça fait peur aux gens, qu’ils ne voudraient pas que ça leur arrive. Mais c’est pas contagieux !
L’indifférence, ça fait mal aussi. Par exemple, on est dans un endroit où il y a plein de monde et personne ne vient nous parler.
Je voudrais que les gens prennent conscience qu’ils se trompent sur nous.
Il faut aussi tout le temps se justifier, justifier pourquoi on est pauvre. Ça fait mal parce que ce n’est pas ce qu’on a besoin d’entendre.
Il faut que les gens sachent qu’on ne l’a pas choisi, qu'on n’a pas choisi ce qu’on vit."

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