Pour une pluralité d’actions contre le chômage de longue durée

Les politiques de garantie de l'emploi font leur chemin dans le débat public. En France, certains les rapprochent de l’expérimentation Territoires zéro chômeur de longue durée. Pourtant, des différences existent. Explications.

Afin de faire face à la crise économique et sociale, de plus en plus de voix se font entendre pour plaider pour des politiques de « garantie de l’emploi » - aussi connues sous l’expression d’« État employeur en dernier ressort ». C’est le cas par exemple de la députée européenne Aurore Lalucq ou de l’Institut Rousseau. Leurs plaidoyers, bien qu’étant différents, se revendiquent de l’expérimentation des Territoires zéro chômeur de longue durée, s’appuient sur ses fondements (personne n’est inemployable, le travail ne manque pas, l’argent ne manque pas) et proposent de l’étendre rapidement à toutes les personnes privées durablement d’emploi en France.

Pourtant, quand Territoires zéro chômeur de longue durée est un projet de territoires partant des personnes les plus éloignées de l’emploi, les politiques de garantie de l’emploi demeurent aujourd’hui, pour l’essentiel, des politiques de masse, venues d’en haut. Certes, elles tentent d’associer les territoires et de s’adapter aux capacités des chercheurs d’emploi, mais de manière essentiellement descendante. L’expérimentation Territoires zéro chômeur de longue durée est une mobilisation ascendante, qui part des personnes pour, territoire par territoire, enraciner profondément l’accès de tous à l’emploi dans des activités utiles à l’intérêt général et pérennes.

Ainsi, les politiques de garantie de l’emploi visent l’accès d’un grand nombre à l’emploi, mais pas nécessairement des personnes qui en sont le plus durablement privées. Car, pour cela, il est nécessaire d’inventer ensemble et d’entretenir de nouvelles relations et de nouvelles gouvernances entre les acteurs de chaque territoire. Cela demande du temps, des moyens financiers et des compétences que n’identifient pas forcément les politiques de garantie de l’emploi : comment aller à la rencontre des personnes privées d’emploi depuis si longtemps qu’elles n’y croient plus, tout en ayant la volonté profonde de travailler ? Comment leur assurer une place pleine et entière ? D'autre part, les politiques de garantie de l’emploi ne visent pas des activités non-concurrentielles comme le font les Territoires zéro chômeur de longue durée. Cela signifie qu'elles ont un impact plus important sur les finances publiques.

L’impératif écologique et social est tel qu’il nécessite des réponses multiples : certaines massives (y compris la réduction du temps de travail et l’investissement dans les services publics essentiels comme la santé), d’autres plus expérimentales. Et face à 40 ans de politiques de lutte contre le chômage coûteuses et inefficaces, des politiques de garantie de l’emploi méritent évidemment d’être expérimentées. Mais elles ne peuvent consister à multiplier les Territoires zéro chômeur de longue durée. Il faut attendre la fin de cette expérimentation, en 2026, pour mieux cerner les conditions de sa réussite et décider alors, comme nous l’espérons, d’une pérennisation à tout le pays. Des travaux de chercheurs montrent déjà que généraliser trop vite ces Territoires, sans prendre le temps et les moyens nécessaires à la participation de tous, ne peut conduire qu’à laisser de côté les plus éloignés de l’emploi.

Distinguons bien deux temps, celui des expérimentations et celui de l'urgence sociale et écologique. Donnons à chaque solution les moyens d'agir et de s’évaluer.C’est la conjugaison de ces solutions qui peut fonder un autre pilier de notre État social et un autre rapport au travail, en permettant à tous ceux qui le souhaitent d’accéder à un emploi décent, utile et écologique.

Marie-Aleth Grard, présidente d'ATD Quart Monde

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