De l'invisible au visible, ce que révèle le confinement, par Corinne Le Bars

Corinne Le Bars, biographe, témoigne des transformations, pendant le confinement, de son rapport au travail ainsi que de ceux des membres de sa famille. Elle propose des réflexions, notamment, sur le télétravail, la dimension de care dans le travail, les rapports entre activités salariées, domestiques et familiales, et le sens du concept de travail.

Dans cette contribution, Corinne le Bars, biographe et collaboratrice de la coopérative Dire le travail, questionne le sens de son activité professionnelle, et témoigne des transformations, pendant le confinement, de son propre rapport au travail ainsi que de celui des membres de sa famille. Ce faisant, elle propose des réflexions, notamment, sur le télétravail, la dimension de care dans le travail, les rapports entre activités salariées, domestiques et familiales, ainsi que le sens du concept de travail.

 

Travailleuse sociale de formation initiale, puis enseignante et enfin chercheur, je suis devenue biographe en micro-entreprise depuis août 2019. A partir de décembre dernier, j’ai reçu cinq sollicitations pour l’écriture de récits de vie (dont un vient de s’achever) et, si la crise ne se termine pas trop tard, une sixième s’inscrira à mon tableau avant l’été. Par ailleurs, je viens d’être admise comme « abeille » (c’est le nom qu’on nous donne) au sein de la Coopérative Dire le travail.

J’ai soutenu une thèse de Sciences de l’Education en 2012 portant sur les effets de résilience induits par l’écriture autobiographique de situations traumatiques. Boris Cyrulnik était membre de mon jury et a préfacé l’un de mes ouvrages[1]. Dans une des nombreuses interviews qu’il a accordées depuis ce qu’il appelle la « catastrophe » sanitaire, il apparaît convaincu que « les rapports de production et la hiérarchie des valeurs » vont en sortit profondément transformés. Puisse-t-il avoir raison !

Pour le moment, je demeure une pessimiste gaie, à l’instar de Voltaire. Je crois davantage à quelques frémissements de changements collectifs, amenés par l’événement que nous traversons individuellement et familialement, plutôt qu’au bouillonnement d’une révolution dans les rapports hommes-femmes, parents-enfants, patrons-salariés, consommation effrénée versus sobriété heureuse.

A mon sens, les transformations observées ici ou là procèderont d’une lente et modeste prise de conscience des apprentissages réalisés au sein des espaces délimités dans et hors le confinement. Car les structures économiques, même fragilisées, reprendront le pas sur les structures mentales. Un exemple en apparence anodin m’invite à le penser. J’ai réservé plusieurs séjours entre avril et juillet, le premier est annulé, les deux autres probablement en voie de l’être, or je découvre à cette occasion qu’une ordonnance gouvernementale du 25 mars dernier autorise les voyagistes à reporter les déplacements prévus ou à faire un avoir à leurs clients plutôt qu’à devoir les leur rembourser. Si je désirais renoncer à des séjours lointains pour consommer moins, je n’en aurais donc pas le choix.

En attendant de savoir qui a raison, je traverse l’épreuve comme tout le monde, en recevant les craintes, les joies, les tensions que ressentent les membres de ma famille, mes amis, mes clients, les auteurs de la Coopérative Dire le travail mais avec un œil et une oreille un peu plus exercés et distanciés en raison de mon métier. Ce vécu intérieur et ces témoignages vont me permettre de livrer ici mes remarques, mes espoirs, mes alertes, mes suggestions sur les modifications que le confinement implique sur les « travails » (je choisis de commettre cette faute pour pouvoir en dire la pluralité).

 

Du caractère essentiel du travail autobiographique 

Les histoires de vie, récits de vie ou encore approches biographiques regroupent un ensemble de pratiques, formelles ou informelles, qui ont pour objet de mettre au jour les ressources, souvent insoupçonnées, des personnes qui se racontent, mais aussi les freins qui les empêchent d’advenir. Ce faisant, ces pratiques ont une vertu émancipatrice en même temps qu’elles donnent de la continuité, de la cohérence voire de la beauté à des itinéraires parfois tortueux, souvent fragmentés, toujours imparfaits… Du moins dans la réalité qui est la mienne. Car ces pratiques sont aussi très hétérogènes, allant de l’écrivain-fantôme (le nègre d’autrefois) travaillant pour beaucoup d’argent sur les mémoires des personnalités du spectacle ou de la politique jusqu’au petit biographe dont je suis qui ne peut pas vivre de son « art », variant de l’hagiographie déshabillée de toute pudeur du monde du show-business au récit sincère et retenu de l’univers des plus fragiles. Je ne vous parle ici que des secondes, bien entendu.

Rédiger la biographie d’un autre, d’une autre, est source de care, au sens de prendre soin de soi. Et ceci presque autant pour le « biographiant » que pour le « biographié », même si son but n’est pas la psychothérapie, dont cette activité se distingue en plusieurs aspects. S’il s’agit de répondre à la question : « dans la période de crise sanitaire que nous partageons aujourd’hui, le métier de biographe est-il essentiel ? », je souligne que la notion même d’essentialité est subjective. Bien sûr, confier à un professionnel le soin d’écrire sa vie n’est pas vital au sens physiologique du terme. Bien sûr, la mise en récit de soi n’est pas un organe du corps humain. Mais pour certaines personnes, dire son histoire constitue une demande à satisfaire impérieusement voire une nécessite pour préserver son intégrité. Et le partage social des émotions, pour reprendre l’expression de Bernard Rimé[2], est bien constitutif de l’homme en tant que besoin de lien.

Au moment où le Président de la République décrète la mise en confinement, la société n’a pas pour impératif que je poursuive le recueil de mes biographies mais je sais qu’à des degrés divers, mes cinq clients ont pour motivation un besoin de réparation d’une blessure, pouvant varier de la plaie jamais refermée d’un échec scolaire au traumatisme de l’abus sexuel, en passant par les souffrances psychologiques suivies d’un divorce incompris, la reproduction familiale d’une maladie mentale ou encore une incarcération terriblement injuste.

Toutefois, afin de poursuivre le travail engagé, je mobilise les « nouvelles » technologies au cas par cas : deux clients m’adressent des documents par voie électronique et acceptent les entretiens biographiques par visioconférence. Mais les premières applications fonctionnent mal : coupures répétées, mots déformés, décalages entre le visuel et l’audio… Les clients renoncent ou abrègent, je m’agace. Je m’interroge également sur les risques en matière de confidentialité d’informations aussi intimes. L’outil de transcription en ligne, que je paye 12 Euros pour une heure d’entretien enregistré, devient très peu rentable : le site me facture tout autant les silences et les passages inaudibles que les morceaux de récit.

En outre, une dame âgée de 91 ans ne possède ni ordinateur ni connexion à Internet. J’ai recueilli son deuxième entretien biographique le 14 mars, soit trois jours avant le confinement, mais je n’ai pas eu le temps de lui communiquer le manuscrit qu’elle m’avait demandé pour l’aider à faire remonter à sa mémoire les souvenirs qu’elle peine à retrouver. Les boutiques d’impression de documents étaient déjà fermées le lundi suivant ! Il me faudra faire appel à un magasin en ligne, qui facturera des frais d’envoi supérieurs au montant de l’impression…

 

Du caractère créatif de la contrainte

Quelques jours après le début de notre isolement, la Coopérative Dire le travail lance l’idée de recueillir des textes sur les activités professionnelles et domestiques en contexte de confinement. Je décide d’ouvrir un journal de bord dans lequel je couche le détail de mes tâches quotidiennes, même les plus insignifiantes, et j’en profite pour faire part de mes réflexions. Au moment où je commence cet article, j’en suis déjà rendue à l’épisode 29. Le relire de bout en bout (ce que je n’avais pas encore fait depuis les quatre semaines où le journal a accouché de mes doigts) me donne du grain à moudre : je constate à la fois des bénéfices et des effets pervers au travail à la maison, que ce soit pour moi ou pour mes contacts.

En matière de travail domestique, les bienfaits sont d’abord financiers : s’orienter vers les courses de première nécessité en sortant au maximum une heure limite sensiblement les achats quotidiens. La tendance est également à confectionner des recettes maison et à rechercher les ingrédients de base plutôt qu’à recourir aux plats préparés. Pour limiter la durée des achats et rester dans le cadre imparti, les courses s’opèrent dans les magasins les plus proches. Les tentations sont alors moins grandes, en dépit du recours aux commandes à distance, mais qui montrent leurs limites : livraisons lointaines ou encore créneaux de retrait insuffisants. De plus, exit les restaurants, cinémas et autres concerts. Le plein de carburant ne descend pas. Les pneus et la mécanique ne s’usent plus. Les accidents de la route chutent drastiquement, à tel point que ma mutuelle d’assurance décide de rembourser 100 Millions d’Euros aux cotisants.

Le second bénéfice concerne la réduction des différentes formes de pollution : atmosphérique, auditive ou lumineuse. La nature reprend ses droits du fait de l’abandon de la collecte des déchets verts dans ma commune et les écosystèmes invisibles à mes yeux retrouvent une seconde vie.

La situation révèle également de meilleurs comportements : mes proches témoignent de solidarités de voisinage, la presse relaie les initiatives de soutien des soignants, les liens familiaux et amicaux se resserrent. Mon second petit-fils, âge de 2 ans et demi, était jusqu’ici souvent dans les jupes de sa mère mais la présence de son père au domicile rapproche le petit garçon de son papa, qui s’occupe des enfants quand ma fille assure son travail d’enseignante et qui s’investit d’ailleurs davantage dans les tâches domestiques.

L’obligation de faire l’école aux enfants, en dépit de ses limites, présente l’avantage de redonner une vraie place aux parents dans l’éducation. Une jeune femme de ma connaissance me confie qu’elle et son compagnon n’ont jamais partagé autant de jeux éducatifs avec leurs enfants de 4 et 1 an et demi. Personnellement, je n’ai jamais pris autant de nouvelles de ma famille, même élargie, de mes amis, de mes anciens collègues. Je déploie des trésors d’ingéniosité pour maintenir le lien avec mes petits-fils et contribuer à leur éveil : j’envoie rébus, charades, sudokus, petit bac à l’aîné ; j’enregistre contes et chansons enfantines pour le plus jeune ; je fabrique aussi des livres dont ils sont les héros sur Internet ; à défaut de pouvoir organiser une chasse aux œufs dans mon jardin, je leur fais envoyer une carte animée pour Pâques…

Ces activités, qu’elles soient professionnelles ou domestiques, donnent à voir une grande créativité, dont mon propre journal de bord témoigne : dans l’épisode 1, je décris mon profond désintérêt pour les réseaux sociaux et quatre semaines plus tard, j’ai utilisé Skype, WhatsApp, Messenger, Hangouts et autre Zoom.

 

Du caractère stressant de l’isolement

Les effets pervers, quant à eux, sont proportionnels aux bénéfices secondaires. Tout va bien tant que les techniques de travail à distance sont partagées et tant qu’elles fonctionnent. J’ai déjà évoqué les difficultés rencontrées avec mes clients. J’observe aussi des entraves à mes démarches administratives : je ne peux pas faire refaire ma carte d’identité car le relevé des empreintes en mairie n’est plus possible ; ne pouvant revoir physiquement une inspectrice de la Sécurité sociale, et les fichiers volumineux transmis par WeTransfer ne pouvant être ouverts par son organisme, je suis contrainte de lui adresser six courriels ; l’attribution d’une subvention du Fonds d’aide à l’économie du livre étant conditionnée à la correspondance rigoureuse entre la pièce d’identité et le relevé d’identité bancaire, je décide de faire refaire mon permis de conduire car ici, point d’empreinte et il me reste une photo d’il y a 2 ans qui devrait faire l’affaire…

Les effets budgétaires, parlons-en. Bien que la situation génère moins de dépenses, elle génère aussi moins de ressources : les règlements devant intervenir à la fin du mois de mars n’ont pu m’être remis par mes clients. Je reçois seulement un chèque de 200 Euros à déposer à la Banque le 9 avril et j’avise sur mon compte un virement de 50 Euros qui, lui, ne prendra effet qu’au 14 avril ! Je suis donc éligible à l’aide gouvernementale mais, contrairement à ce que laisse entendre le message qui en est fait, je ne touche que 784 Euros, ce qui correspond au chiffre d’affaires moyen de mon entreprise de biographe depuis sa création, les trois premiers mois de lancement n’ayant généré aucun revenu mais étant comptabilisés dans les calculs !

J’observe également un risque de débordement du périmètre de l’activité, qui n’est plus cadrée de facto par les obligations professionnelles de mes clients. Disponibles tout comme je le suis depuis la mise en œuvre du confinement, eux et moi avons tendance à abolir les frontières classiques entre jours ouvrés et jours chômés, entre horaires de travail et horaires de fin.

De la même manière, le travail à la maison déplace les lignes. Auparavant, quand je disais à mon entourage que j’allais effectuer un déplacement, chacun savait que je voulais dire au minimum changer de région voire me rendre à l’étranger. Aujourd’hui, me déplacer signifie quitter le jardin, au mieux le kilomètre autorisé. A l’intérieur, le confinement réaménage les espaces de chacun et impacte les relations intra-familiales. Pour ma part, je jette mon dévolu sur une chambre libre pour en faire d’abord un bureau improvisé qui deviendra ensuite mon « cabinet de travail ». Mais ma fille, professeure de collège, rencontre plus de difficultés à s’isoler de ses enfants pour assurer ses enseignements avant que son compagnon ne soit placé en chômage technique la semaine deux. J’entends ici ou là que les familles dont les deux parents et les grands enfants sont placés en télétravail et qui, tous, ont besoin d’une connexion à Internet, peinent à assumer leurs tâches quand la maison ne dispose que d’un ordinateur, devenu un bureau à lui tout seul.

Je sais aussi, grâce à mon ancien réseau dans le travail social, que les violences conjugales et parentales augmentent et que les tensions sont fortes dans les établissements accueillant des adolescents ou encore des personnes en situation de handicap psychique ou intellectuel, qui ne comprennent pas la situation ou qui la vivent avec une angoisse majeure. Aujourd’hui même, un médecin orthopédiste note l’augmentation surprenante des fractures du poignet et de la main chez les hommes, correspondant à des coups de poing lancés dans les murs en raison du stress…

J’entends aussi les craintes de certains de mes proches qui sont obligés de se rendre sur leur lieu de travail, côtoyant qui des collègues qui des usagers, et redoutant de rapporter le virus dans leur famille. Une jeune hôtesse de caisse m’explique qu’elle n’embrasse plus ses enfants lorsqu’elle rentre du supermarché où elle travaille avant d’avoir pris une douche et changé de vêtements, ce que sa petite fille de 18 mois ne peut pas comprendre.

De manière plus légère, une vieille dame, dont la semaine était jusqu’ici scandée par sa visite chez le coiffeur, panique à l’idée que ses cheveux ne soient pas bien coiffés. Mon gendre, quant à lui, ose la tondeuse sur la tête de son fils aîné : « un carnage », dit ma fille. Le petit garçon pleure. Puis rit : son papa vient de s’infliger la même « punition ». Ces anecdotes montrent que l’image de soi est essentielle et met à jour le rôle de corps de métiers jugés peut-être plus insignifiants, moins indispensables. Au passage, je m’interroge sur les seuls soutiens adressés aux soignants par la population (même si je respecte profondément leurs professions) car beaucoup d’autres activités démontrent leur importance pour la collectivité.

D’autres membres de mon entourage vivent avec colère les nouvelles règles que l’employeur leur impose depuis que le Gouvernement a assoupli le Droit du travail : prise d’une demi-journée obligatoire de RTT chaque semaine, refus du report des congés à plus tard, réduction des vacances d’été à leur portion congrue (une amie a une fille très lourdement handicapée et se demande comment elle va gérer les congés scolaires).

Pour ma part, je me questionne sur l’annulation de plusieurs de mes consultations et examens médicaux, dont l’un pour une affection longue durée, alors qu’un ami de mon fils, manipulateur-radio au service des IRM d’un hôpital, lui a confié qu’il était désœuvré depuis le début du confinement. Au sentiment d’inutilité des personnels de santé s’ajoutent le sentiment d’abandon des patients souffrant d’autres pathologies que du Covid-19 et l’anxiété de devoir attendre un diagnostic.

 

De la reconnaissance des « travails »

La redistribution des espaces et des tâches du foyer, la réappropriation par les travailleurs de certaines activités qu’ils avaient pris l’habitude de déléguer, le creusement des inégalités sociales lié notamment à la fracture numérique, la créativité que parents et grands-parents déploient pour assurer leurs tâches éducatives et que professionnels ou sans emploi mobilisent pour assumer leurs activités quotidiennes, m’amènent à reconsidérer la séparation drastique que j’avais le tort de faire jusqu’à maintenant entre le travail salarié ou entrepreneurial et le travail domestique, entre un service extérieur et l’intérieur du foyer, entre les tâches productives et les autres, invisibles.

Je découvre depuis quatre semaines, grâce au télétravail, au chômage technique, aux activités nouvelles que la fermeture de nombreux services occasionne, que nous possédons tous une identité plurielle de travailleur. Il y a finalement autant de « travails » que de missions d’utilité sociale : accomplir une activité pour des patients, des assurés sociaux, des adhérents, des clients, des élèves, des lecteurs, des bénéficiaires et accomplir une activité pour ses enfants, ses petits-enfants, ses parents âgés, son partenaire, ses voisins, les animaux domestiques ou sauvages, la joliesse de son quartier, la planète… ont autant de valeur. Il n’y a plus de grandes choses et de petites choses, de tâches nobles et de basses besognes.

Ainsi, je rends hommage à Henri Wallon pour qui travailler veut dire « contribuer par des services particuliers à l’existence de tous, afin d’assurer la sienne propre »[3]. Je prolonge même sa définition : travailler consisterait à servir l’existence d’un autre, de plusieurs autres ou d’une population afin de donner du sens à notre vie. Cette posture milite donc pour un revenu minimum d’existence, accordé sur le seul postulat que l’être humain agit pour protéger et développer les autres êtres humains qui constituent ses liens, qu’ils soient privés ou publics, individuels ou impersonnels, familiaux ou sociaux.

Et si je me recentre sur mon activité, je songe aussi que le recours à un-e biographe (comme à tout autre professionnel du care) pourrait être pris en charge, au moins partiellement, à l’instar du sport sur ordonnance ou des consultations de médecine alternative.

La profession gagnerait également à être réglementée, dans l’intérêt des usagers mais aussi de celles et ceux qui la pratiquent, comme elle l’a été il y a quelques années pour les psychothérapeutes. Malheureusement, le statut d’autoentrepreneur et la pratique d’une activité somme toute encore confidentielle génèrent une grande solitude des professionnels. Si quelques associations existent, elles ont encore peu pignon sur rue. Un documentaire récent, retransmis sur la chaîne LCP, vient de sortir de l’ombre les biographes hospitaliers mais ceci est tout à fait exceptionnel et la chaîne n’enregistrait en 2018 qu’une part d’audience à 0,2%…

Ces efforts, ou plutôt ces choix auxquels la société pourrait procéder, permettraient d’augmenter l’indice de développement humain (à condition qu’il prenne en compte ces formes de redistribution des richesses), auquel notre pays devrait davantage se consacrer dans la période post-crise sanitaire mais dont les pouvoirs publics n’évoquent actuellement que la baisse attendue du Produit intérieur brut et l’entrée en récession de la France. Si l’on veut que le confinement ait un sens, il faut éclairer toutes les pratiques, invisibles ou reléguées, qui permettent de prendre soin des autres.

Pour y parvenir, je forme le vœu que soient tirés les enseignements de la crise et des transformations du travail, que soient mises au jour les pratiques créatives pour pouvoir s’en inspirer, que soient rendus pérennes les bénéfices, enfin que soit échafaudées les solutions aux difficultés rencontrées pour l’avenir.

 

[1] Cyrulnik Boris, « Préface », in Traumatismes de guerre, du raccommodement par l’écriture, Corinne Chaput-Le Bars, Paris : L’Harmattan, 2014.

[2] Rimé Bernard, Le partage social des émotions, Paris : PUF, 2009.

[3] Wallon Henri, Principes de psychologie appliquée, Paris : Armand Colin, 1930, p. 203.

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