ATTAC FRANCE
Abonné·e de Mediapart

236 Billets

5 Éditions

Billet de blog 3 févr. 2022

Propositions fiscales : la folle surenchère néolibérale

En matière de fiscalité, la campagne électorale est marquée par des propositions qui rivalisent dans la surenchère néolibérale. Le concours des propositions injustes, coûteuses et ineptes est manifestement ouvert. Or, elles vont à l’opposé de ce que la période nécessite.

ATTAC FRANCE
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Durant son quinquennat, Emmanuel Macron a accru les injustices fiscales.

Il a supprimé l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) pour le transformer en maigre impôt sur la fortune immobilière (IFI) qui exonère l’imposition des actifs financiers. Il a permis aux plus riches de voir leurs revenus financiers et leurs plus-values sur cession de titres financiers être imposés à un taux proportionnel avec le prélèvement forfaitaire unique (PFU), bien plus avantageux que le barème progressif de l’impôt sur le revenu. Ces deux mesures ont coûté la bagatelle de 5 milliards d’euros par an.

Emmanuel Macron a par ailleurs baissé le taux nominal de l’impôt sur les sociétés (IS) de 33,33 % à 25 % pour un coût budgétaire de 11 milliards d’euros, voire plus, en 2022. Il a accordé également 20 milliards d’euros de baisse des impôts locaux des entreprises baptisés « impôts de production ».

Par une opération de transfert de cotisations sociales sur la contribution sociale généralisée (CSG), il a voulu afficher une hausse du salaire net sans toutefois mener une véritable politique de revalorisation des salaires. A titre d’exemple, ce quinquennat est le premier au cours duquel la valeur du point d’indice des fonctionnaires n’aura pas été revalorisé.

Nul ne doute de sa candidature, comme nul ne doute qu’il poursuivra sur la même voie...

Pour certain·es candidat·es, cela ne suffirait cependant pas

Après avoir eu la peau de l’ISF, la droite souhaite accélérer et mène une nouvelle attaque brutale contre le système fiscal.

Valérie Pécresse, Eric Zemmour et Marine Le Pen s’attaquent aux droits de donation et de succession, l’un des rares impôts progressifs. Fidèles aux conservateurs du XIXème siècle, leurs propositions, d’une part, provoqueraient un manque à gagner préjudiciable alors que les besoins sociaux, écologiques et économiques nécessitent des recettes publiques, et d’autre part, feraient exploser les inégalités.

Les mêmes proposent de baisser encore et toujours les impôts locaux des entreprises (notamment aux plus grandes). Et ce, au mépris du besoin de recettes publiques et des finances locales.

Les mêmes rivalisent de formules trompeuses sur le pouvoir d’achat en proposant que les particuliers s’autofinancent une maigre hausse du salaire net en contrepartie d’une baisse des recettes de la Sécurité sociale. Et ce, via la baisse de cotisations sociales salariales ou de la CSG selon les « formules ».

Les mêmes n'ont de cesse de minimiser l'importance de la fraude fiscale pourtant évaluée à 80 milliards d'euros pour mieux s'offusquer de la fraude aux prestations sociales, estimée à 3 milliards d'euros, et ce dans le seul but de discréditer la redistribution sociale et ses bénéficiaires. Le contrôle social plutôt que le contrôle fiscal en quelque sorte...

Les mêmes, enfin, n’évoquent la question de la dette publique que rarement, ou pour affirmer qu’il faudra la payer intégralement, par un système fiscal qu’ils auront abîmé et taillé sur mesure pour les plus riches et les grandes entreprises.

Fidèles aux positions des conservateurs du XIXème siècle, les néolibéraux d’aujourd’hui jouent donc la surenchère alors qu’Emmanuel Macron leur a pourtant donné satisfaction dans bien des domaines…

Face aux grands enjeux du moment, une réforme fiscale renforçant les impôts directs (seuls à même de tenir compte des « capacités contributives ») permettrait de dégager des recettes, de réduire les inégalités et de renforcer le consentement à l’impôt. Tout l’inverse de ce que proposent les tenants de l’idéologie néolibérale. Pour Attac, qui livre dans son Observatoire de la justice fiscale des réactions, analyses, explications pédagogiques et propositions, la justice fiscale, sociale et écologique n’est pas une option mais une urgence. Nous publierons prochainement un rapport sur ces « candidats des inégalités » qui proposent d'amplifier l'injustice fiscale.


Pour aller plus loin :

Rapprocher le salaire net du salaire brut : trompeur, pernicieux, dangereux, article du 17 décembre 2021.

Réhabiliter les droits de donation et de succession, note du 30 novembre 2021.

Macron : dépôt de bilan fiscal, note du 6 janvier 2022.

Les droits de donation et de succession dans le collimateur des néoconservateurs, article du 10 janvier 2022.

Inégalités, pauvreté, injustices fiscales : vers de tristes records, note du 20 janvier 2022.

Et toutes nos autres productions sur le site de l’Observatoire de la justice fiscale.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Affaire Abad : une élue centriste dépose plainte pour tentative de viol
Selon nos informations, Laëtitia*, l’élue centriste qui avait accusé, dans Mediapart, le ministre des solidarités d’avoir tenté de la violer en 2010, a porté plainte lundi 27 juin. Damien Abad conteste « avec la plus grande fermeté » les accusations et annonce une plainte en dénonciation calomnieuse.
par Marine Turchi
Journal — France
Opération intox : une société française au service des dictateurs et du CAC 40
Une enquête de Mediapart raconte l’une des plus grandes entreprises de manipulation de l’information intervenue en France ces dernières années. Plusieurs sites participatifs, dont Le Club de Mediapart, en ont été victimes. Au cœur de l’histoire : une société privée, Avisa Partners, qui travaille pour le compte d’États étrangers, de multinationales mais aussi d’institutions publiques.
par Fabrice Arfi, Antton Rouget, Tomas Madlenak et Lukas Diko (ICJK)
Journal
Le procès des attentats du 13-Novembre
Le procès des attentats du 13-Novembre a débuté mercredi 8 septembre à Paris. Durant neuf mois, vingt accusés vont devoir répondre du rôle qu’ils ont joué dans cette tuerie de masse. Retrouvez ici tous nos articles, reportages, enquêtes et entretiens, et les chroniques de sept victimes des attentats.
par La rédaction de Mediapart
Journal — Migrations
Tragédie aux portes de l’Europe : des politiques migratoires plus mortelles que jamais
Vendredi 24 juin, des migrants subsahariens ont tenté de gagner l’Espagne depuis Nador, au Maroc, où des tentatives de passage se font régulièrement. Mais cette fois, ce qui s’apparente à un mouvement de foule a causé la mort d’au moins 23 personnes aux portes de l’Europe.
par Nejma Brahim et Rachida El Azzouzi

La sélection du Club

Billet de blog
Frontières intérieures, morts en série et illégalités
Chacun des garçons qui s'est noyé après avoir voulu passer la frontière à la nage ou d’une autre manière dangereuse, a fait l’objet de plusieurs refoulements. Leurs camarades en témoignent.
par marie cosnay
Billet de blog
Pays basque : le corps d’un migrant retrouvé dans le fleuve frontière
Le corps d’un jeune migrant d’origine subsaharienne a été retrouvé samedi matin dans la Bidassoa, le fleuve séparant l’Espagne et la France, ont annoncé les autorités espagnoles et les pompiers français des Pyrénées-Atlantiques.
par Roland RICHA
Billet de blog
Exilés morts en Méditerranée : Frontex complice d’un crime contre l’humanité
Par son adhésion aux accords de Schengen, la Suisse soutient l'agence Frontex qui interdit l'accès des pays de l'UE aux personnes en situation d'exil. Par référendum, les Helvètes doivent se prononcer le 15 mai prochain sur une forte augmentation de la contribution de la Confédération à une agence complice d'un crime contre l'humanité à l'égard des exilé-es.
par Claude Calame
Billet de blog
Melilla : violences aux frontières de l'Europe, de plus en plus inhumaines
C'était il y a deux jours et le comportement inhumain des autorités européennes aux portes de l'Europe reste dans beaucoup de médias passé sous silence. Vendredi 24 juin plus de 2000 personnes ont essayé de franchir les murs de Melilla, enclave espagnole au Maroc, des dizaines de personnes ont perdu la vie, tuées par les autorités ou laissées, agonisantes, mourir aux suites de leurs blessures.
par Clementine Seraut