Bloquer les multinationales pour mettre fin à leur impunité

Les dirigeants néolibéraux mènent partout des politiques inégalitaires. Ils nourrissent ainsi le sentiment d’injustice et font partout monter l’extrême-droite, puis désignent le « populisme » comme leur seul adversaire, ce qui légitime encore plus ce dernier aux yeux des peuples en colère. Comment sortir de ce terrible engrenage ?

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Par Aurélie Trouvé, Raphaël Pradeau et Maxime Combes, porte-paroles d'Attac France

L’action directe non-violente et la désobéissance citoyenne deviennent indispensables pour mobiliser contre les multinationales et leurs mandataires politiques.

Par qui commencer ? Microsoft, Apple ou Amazon avec leurs capitalisations boursières à 1000 milliards US$  ?  Facebook et Google avec leurs 2,5 milliards d’utilisateurs chacun ? Walmart avec ses 11 000 supermarchés dans 27 pays ? Shell avec ses 27 milliards de dollars de profits en 2018 ? Ce samedi 12 octobre, des centaines de personnes ont choisi de mettre « hors service » Amazon, BNP Paribas et Total dans des actions de désobéissance organisées un peu partout en France. Parce qu’il faut bien commencer par certaines multinationales parmi les pires, tout en envoyant un signal clair aux autres ainsi qu'aux pouvoirs publics devenus les VRP de leurs "champions nationaux". D’autres actions auront lieu dans de nombreux pays européens, dans le cadre de la "semaine d'action contre l'impunité des multinationales" du 11 au 19 octobre.

Il va bien falloir stopper ces mastodontes et leurs congénères qui détruisent notre monde. Course effrénée à l’obsolescence programmée, pillage des données personnelles au profit de l’industrie publicitaire et du consumérisme, surexploitation d’une main-d’œuvre bâillonnée et atomisée, extraction de combustibles fossiles de plus en plus extrême… Sans oublier les fonds d’investissement et les banques, qui soumettent les salarié·e·s à des exigences financières démesurées. C’est au nom de la compétitivité et avec l’appui des politiques publiques que s’imposent partout des conditions de travail délétères, des emplois précaires, des salaires et protections révisées à la baisse.

Les multinationales et leurs actionnaires sont les seuls gagnants de ce capitalisme « devenu fou » - comme l’a reconnu Emmanuel Macron dans un accès public de cynisme. Les géants du pétrole, de la chimie, de l’automobile et de l’aviation ne cessent évidemment d’accroître leurs émissions de CO2. Quant aux GAFAM, ils peuvent bien afficher un bilan carbone flatteur, ils n’entraînent pas moins leurs client·e·s et usager·e·s dans la spirale de l’hyper-consommation et de la frustration, tout en asséchant les budgets publics par leur évasion fiscale.

Qui ne voit que cette spirale démente nous mène dans le mur, aux plans social, écologique et démocratique, en France comme ailleurs ? Les Gilets jaunes ont rappelé l’extrême précarité dans laquelle vit une large partie des Français·e·s dans l’un des pays les plus riches du monde. Malgré leurs ronflants engagements, les sociétés du CAC 40 présentent un « bilan peu reluisant depuis l’Accord de Paris »[1] pour leurs émissions de CO2 : les deux-tiers des grands groupes français les ont accrus (ou ne communiquent même pas d’information sur le sujet !) depuis 2015.

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A Genève, à compter du 14 octobre, s'ouvre un nouveau cycle de négociations autour d’un projet de traité international contraignant les multinationales à respecter les droits humains. L’Union européenne freine des quatre fers cette négociation portée à l’ONU par des pays du Sud de la planète. Depuis les années 1970 et la première initiative de Salvador Allende en la matière, les pays riches ont toujours fait capoter des négociations de ce type. Résultat : alors qu'il existe 3400 traités et accords qui protègent les investissements des multinationales, aucun texte international juridiquement contraignant ne garantit qu’elles respectent les droits humains et l’environnement, ni ne garantit l’accès à la justice pour les populations victimes de leurs agissements.

Mais des mouvements sont en train de se lever pour stopper la prédation organisée par les multinationales avant qu’il ne soit trop tard et forcer les pouvoirs publics à rendre les multinationales redevables de leurs agissements. La Loi "devoir de vigilance" et les premières actions juridiques qui en découlent sont un premier pas. Pour aller plus loin, assurons-nous que la pression de la rue et de l’opinion rende intenable le refus par les pouvoirs publics de re-réguler la mondialisation et les multinationales qui en sont les grandes bénéficiaires.

Bloquer les multinationales par la désobéissance civile, symboliquement mais aussi physiquement comme cet été dans les mines de charbon en Allemagne ou comme Vinci à Notre-Dame-des-Landes, tel est l’objectif que se fixent de plus en plus d’habitant·e·s de notre planète. Voilà bien la seule croissance qui puisse sauver les écosystèmes.

 

[1] Olivier Petitjean, « Gaz à effet de serre : le bilan peu reluisant des sociétés du CAC 40 depuis l’Accord de Paris »,       https://www.bastamag.net/Climat-rechauffement-CAC-40-entreprises-emissions-CO2-gaz-effet-de-serre-greenwashing-accord-de-Paris

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