Créer des millions d’emplois pour le climat : est-ce (juste) possible ?

Inversement, comment espérer faire prévaloir la cause du climat et des écosystèmes sans la participation de ceux qui produisent malgré eux ces destructions et pourraient aspirer à produire autrement ? Par Geneviève Azam, Didier Aubé, Christophe Bonneuil, Thomas Coutrot, Julien Rivoire

A l’occasion du passage en région parisienne des Marches européennes contre l’austérité, se tient une conférence débat ce dimanche 11 octobre à 17h à la salle des fêtes de la mairie de Montreuil sur ce thème, avec Pedro Arrojo, Dominique Méda, Philippe Quirion, Clara Paillard (TUC) et des responsables syndicaux CGT, FSU, Solidaires, Confédération paysanne… Voici quelques repères pour ce débat vital.

Le capitalisme détruit l’emploi en même temps qu’il ravage la nature. Les travailleurs et leurs organisations ne parviennent pas à enrayer la spirale de la précarité. Le puissant mouvement mondial qui émerge, notamment dans la jeunesse, en faveur de la justice climatique n’est-il pas un allié potentiel décisif pour reprendre du pouvoir sur les questions de travail et d’emploi ? Inversement, comment espérer faire prévaloir la cause du climat et des écosystèmes sans la participation de ceux qui produisent malgré eux ces destructions et pourraient aspirer à produire autrement ?

En août 2015, plus de 6 millions de personnes étaient inscrites à Pôle Emploi, toutes catégories confondues. Sans compter plus d’un million d’allocataires du RSA non inscrits à Pôle emploi. Ce gigantesque gâchis dure et empire depuis trente ans : on a atteint les deux millions d’inscrits en 1983, les trois millions en 1991, les quatre millions une première fois en 1997 puis une deuxième fois en 2010, les cinq millions en 2012.

Tou-te-s ne sont pas totalement sans emploi : environ 2 millions exercent des petits boulots dans des conditions précaires en attendant mieux. Mais tou-te-s espèrent un vrai emploi. Quant à ceux qui ont justement la chance d’en avoir un, de « vrai emploi », ils ont du accepter au fil des ans une terrible dégradation de leurs conditions de travail : intensification, perte d’autonomie, perte de sens, explosion des maladies professionnelles et des dépressions…

Et ce n’est pas fini : loin de s’inverser, la fatidique courbe du chômage risque d’empirer et les conditions de travail de se dégrader encore dans les mois et années à venir avec la récession mondiale qui s’annonce. La croissance était attendue comme la clé pour réduire le chômage mais elle ne reviendra pas. N’est-ce pas là une opportunité pour poser les bases d’un autre modèle de développement : pour réduire de 80% les émissions de CO2 dans les trois ou quatre prochaines décennies, nous devrons réduire fortement la production de voitures et de smartphones, d’énergie et de biens matériels, inventer d’autres façons de produire et de consommer. Et la croissance ne sait pas faire ça.

Et pourtant ça va être du boulot !

Comment créer les millions d’emplois qui assurent à chacun une digne participation à l’effort commun et un revenu décent ? Les emplois perdus dans les branches qui devront décroître seront-ils compensés par ceux créés dans les secteurs d’avenir ? Comment organiser cette transition ? Surtout, comment mobiliser dès aujourd’hui le mouvement social et syndical, dans les branches et dans les territoires, pour s’emparer de ce débat et faire de la question écologique la solution, ou l’une des principales solutions, à la question sociale ? Comment lever les doutes, les réticences, les conservatismes qui tendent à opposer la question écologique et celle de l’emploi ?

Le scénario Négawatt, conçu par des dizaines d’experts en questions énergétiques, montre en détail les choix techniques et politiques qui permettraient à la France d’atteindre l’objectif d’une réduction de plus de 80% des émissions de CO2 à l’horizon 2050 sans recul de la qualité de vie, bien au contraire. Une agro-écologie paysanne fondée sur des circuits courts serait beaucoup plus créatrice d’emplois et d’alimentation saine que l’agro-industrie productiviste.  Des économistes (comme Philippe Quirion), des sociologues (comme Dominique Méda) ont étudié les conséquences de cette transition sur la société. Des chercheur-euse-s militant pour les biens communs (comme Pedro Arrojo, de la Fondation pour une nouvelle culture de l’eau) ont étudié les règles institutionnelles qui permettraient une gestion démocratique, efficace et soutenable de l’économie. Des syndicalistes – comme Clara Paillard, de la confédération britannique TUC, ou d’autres dans le mouvement syndical français - proposent une démarche ambitieuse pour mobiliser le mouvement syndical sur une transition écologique anti-chômage. Pourtant, alors qu’il prend une importance croissante dans de nombreux pays, ce débat est encore embryonnaire en France. À l’image du travail réalisé pour le Pays basque par l’association Bizi !, pourquoi ne pas décider en 2016 d’organiser dans les régions des études et des conférences sur les besoins d’emplois climatiques dans les territoires ?

Par Geneviève Azam, Didier Aubé, Christophe Bonneuil, Thomas Coutrot, Julien Rivoire


Infos pratiques :

Conférence Des millions d'emplois pour le climat, est-ce (juste) possible ?

dimanche 11 octobre de 17h à 20h, grande salle de la Mairie de Montreuil

Les Marches européennes contre l'austérité qui traversent l'Europe cette première quinzaine du mois d'octobre feront étape en Île-de-France les samedi 10 et dimanche 11 octobre. Le mouvement syndical, dans les entreprises et les territoires, peine à s'emparer de la cause écologique et climatique. Inversement les luttes écologiques ignorent trop souvent la question sociale. Comment construire du lien entre les luttes contre l'austérité et celles pour le climat ?

Avec

  • Pedro Arrojo (économiste, Fondation Nueva Cultura del Agua, Saragosse),
  • Dominique Méda (sociologue, directrice de la Chaire E cologie, travail et emploi, Université Paris Dauphine),
  • Philippe Quirion (économiste au CNRS, spécialiste des liens entre emploi et transition écologique),
  • Clara Paillard (syndicaliste TUC, coordinatrice de la c ampagne One Million Climate Jobs),
  • Thomas Coutrot (porte-parole d'Attac France)
  • ainsi que des représentant-e-s de la Coalition Climat 21 et des responsables de la CGT, de la FSU, de Solidaires, de la Confédération Paysanne...

 

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