Non, Barbara Pompili, votre plan de relance n'est pas 100% écologique

Depuis la présentation du plan de relance par Jean Castex le 3 septembre dernier, la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili tente de convaincre : en plus des 30 milliards d'euros destinés à la transition, c'est l'ensemble du plan de relance qui serait écolo-compatible. Répéter à satiété une contrevérité, et incriminer les ONG, n'en fait pourtant pas une vérité. Explications.

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« L'ensemble du plan "FranceRelance" est guidé par un fil vert » a encore affirmé Barbara Pompili ce mardi 8 septembre dans la matinale de France Inter. Et de tenter de détailler : « La formation sur les métiers d'avenir, les relocalisations d'entreprises, la rénovation des hôpitaux : c’est en plus des 30 milliards, et c'est bon pour l'écologie ». Elle tentait d'expliquer à Nicolas Demorand et Léa Salamé pourquoi un tweet d'une « ONG » (que vous trouverez ici) l'avait mis « hors d'elle » (1), au prétexte que nous nous interrogions : les 70% du plan de relance qui ne sont pas dévolus à la transition écologique sont-ils écolo-compatibles ?

Pour nous, c'est Non. Clairement non. Pour la ministre, c'est Oui. Clairement oui. Si la ministre de la transition écologique Barbara Pompili veut bien ne pas se limiter à faire des rébus sur le nom d'Attac France en direct sur France Inter (regarder la vidéo ici), alors voilà une opportunité unique d'avoir un débat public, contradictoire et documenté sur un des enjeux majeurs de la période : à quel niveau les plans d'urgence, le plan de relance et plus largement l'ensemble des politiques économiques de ces prochains mois doivent-ils être compatibles avec la lutte contre les dérèglements climatiques, la protection de la biodiversité, la préservation des terres, des forêts et des zones humides, etc ?

A 30 % ? A 50 % ? A 100 % ? Voilà un débat d'intérêt public majeur. Nous proposons à Barbara Pompili et son ministère de la Transition écologique d'accepter un tel débat. Nous sommes même prêts, si besoin, en lien avec d'autres partenaires, à l'organiser. Chiche ?

En attendant sa réponse, que nous espérons positive et rapide, rappelons donc rapidement et en quelques points pourquoi le plan de relance présenté par Jean Castex le 3 septembre dernier n'est pas écolo-compatible à 100%, loin de là.

1. Le Plan de relance ne comprend aucune contrepartie écologique sérieuse à l'ensemble des aides pour les entreprises polluantes (et c'était déjà le cas pour les plans d'urgence du printemps) : aucune aide n'est conditionnée à une transformation écologique de l'entreprise, de ses filières d'approvisionnement et/ ou de son processus de production.

2. La suppression de 20 milliards d'euros d'impôts de production (seule mesure pérenne du plan de relance) va principalement favoriser les secteurs de la finance et de l'industrie des énergies fossiles (pétrole, gaz, chimie, etc) qui sont loin d'être des secteurs, chacun en conviendra, reconnus pour leur bienfaits sur l'environnement et le climat.

3. Le plan de relance ne comporte pas d'évaluation écologique documentée et chiffrée des deux autres piliers du plan (compétitivité et cohésion) et le gouvernement ne prévoit pas, sauf erreur d'en fournir. Comment donc affirmer le contraire sans éléments sourcés, Madame la Ministre ?

4. Les 11 milliards € prévus pour le 4ème programme d’investissements d’avenir, qui sont intégrés dans le Plan de relance, doivent financer les technologies numériques sans qu'aucune discrimination écologique n'ait été établie pour s'assurer de ne financer que des projets écolo-compatibles (on sait que les activités numériques peuvent être nocives pour le climat et l'environnement).

5. Le Plan de relance met plus d'argent sur la table pour les secteurs aéronautiques et automobiles (2,6 milliards d'euros) que pour la transition agricole et alimentaire (1,2 milliard).

6. Les 2,6 milliards d'euros débloqués en faveur de "l'innovation" dans l'aéronautique et l'automobile pourraient très largement empêcher, comme une promesse de décarbonation dans un futur lointain, un véritable plan visant à réduire l'usage de l'avion et de la voiture

7. Un montant de 250 millions € est débloqué pour le soutien à « l’agriculture de précision » (achat d'équipements technologiques lourds) qui, sous couvert de viser à la réduction de l'usage de pesticides et d'engrais, va surtout contribuer à soutenir un modèle agro-industriel intrinsèquement insoutenable.

8. Au sein même du pilier écologique du plan de relance, 470 millions € sont débloqués pour la filière nucléaire. Même l'UE, qui a refusé de considérer le nucléaire comme un vecteur de transition écologique – il a été exclu de la taxonomie verte pour l'instant - va tiquer face à ce coup de force du lobby nucléaire.

9. Les investissements pour la rénovation énergétique sont jugés insuffisants : le milliard d'euro ajouté au dispositif « MaPrimeRenov » conduit juste à revenir au niveau d’investissements publics atteint en 2018, alors que le nombre de bénéficiaires a été étendu aux plus riches (avec des effets d'aubaine possible), aux propriétaires bailleurs et aux syndicats de copropriété

Voilà quelques exemples, rapidement énoncés, Barbara Pompili, qui nous conduisent à affirmer haut et fort : Non, trois fois Non, votre plan de relance n'est pas 100% vert. Ou alors, nous avons une vision très éloignée de la vôtre pour distinguer ce qui est vert de ce qui ne l'est pas.

Alors bien sûr, on peut se féliciter des 4,7 milliards euros annoncés sur le ferroviaire mais, convenez tout de même que l'on peut s'interroger sur votre silence, et celui de vos collègues, alors que la SNCF supprime encore des postes dans le fret ferroviaire et ferme des lignes. Alors bien sûr, on peut se féliciter que le plan de relance indique (enfin !) qu'en matière de rénovation énergétique des bâtiments il faille en finir avec la logique des petits gestes (chaudière, fenêtre, etc) pour aller vers des rénovations globales. On pourra néanmoins vous demander ce que vous avez entrepris pour structurer les filières en ce sens, alors que les experts du secteur s'interrogent.

Alors oui, Barbara Pompili, on peut se féliciter que le Plan de relance ne soit pas archi-nul en matière écologique et qu'il comporte quelques mesures éparses qui ne sont pas inutiles (principalement pour rattraper le sous-investissement chronique de la France en matière de transition écologique), mais acceptez que l'on puisse constater qu'il reste médiocre, largement insuffisant, et surtout incohérent.

Comment un Plan de relance prétendument écologique peut-il ne prévoir aucune nouvelle réglementation sur les activités des filières qu'il va soutenir, ni-même aucune planification effective des désinvestissements à effectuer dans les secteurs les plus nocifs ? Comment, alors qu'il a montré son incapacité en la matière, faire confiance aux forces du marché pour opérer la transition nécessaire qui suppose justement de ne pas laisser les forces économiques décider de notre avenir ?

Enfin, Barbara Pompili, comment pouvez-vous prétendre avoir un Fil Vert qui oriente l'activité du gouvernement alors que, dans le même temps, le gouvernement auquel vous appartenez valide la destruction de zones de biodiversité (comme la zone du Carnet sur les bords de Loire), réintroduit les pesticides tueurs d'abeille et continue à soutenir des accords de libéralisation du commerce pourtant si décriés (CETA, Mercosur, etc) ?

(1) Nous aurions préféré que Barbara Pompili se trouve « hors d'elle » face au sombre jeu des lobbys anti-écolo qui oeuvrent au sein même du gouvernement et de la haute-administration, et qu'elle explique publiquement comment ils procèdent pour affaiblir et saper les politiques écologiques. Mais, non, c'est un tweet d'une ONG qui l'irrite.

Maxime Combes, porte-parole d'Attac France

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