Gustave Massiah: 15 ans d’Attac, que vive l’altermondialisme !

L’originalité d’Attac est d’avoir pressenti que face à l’offensive du néolibéralisme, cette nouvelle phase du capitalisme, les mouvements sociaux et citoyens devaient se doter d’une stratégie à l’échelle mondiale.

Gustave Massiah. Gustave Massiah.
L’originalité d’Attac est d’avoir pressenti que face à l’offensive du néolibéralisme, cette nouvelle phase du capitalisme, les mouvements sociaux et citoyens devaient se doter d’une stratégie à l’échelle mondiale. Même si on peut reconnaître que l’altermondialisme (on parlait encore à l’époque d’« antimondialisation ») est né dans les années 70-80, c’est-à-dire avant Attac,  avec la dénonciation de la gestion de la dette et de l’ajustement structurel dans les pays du Sud. C’est ainsi qu’en juillet 1989, le contre-sommet des 7 pays les plus pauvres du monde et la manifestation et le concert « Ça suffat comme ci » réclamaient l’annulation de la dette du tiers-monde en rassemblant pour la première fois des syndicats, des mouvements paysans, sociaux et citoyens et des organisations de solidarité internationale.

561616_594901910580161_1257530769_n.jpg

1995 est ensuite une année charnière qui voit émerger en Europe et aux Etats-Unis des luttes contre la précarité et la remise en cause de la protection sociale. En France, ce sera le grand mouvement social de novembre-décembre avec des grèves d’une ampleur comparable à celles de mai 68. Et lorsque, fin 1998, l’idée est lancée par Attac de la création d’une taxe des transactions financières pour « désarmer les marchés », il s’agit bien d’une réponse globale à l’hégémonie néolibérale qu’incarnent les grandes institutions internationales : OMC, FMI et Banque mondiale. D’où les grandes mobilisations de Seattle (manifestation contre l’OMC de décembre 1999), Nice (contre-G20 de novembre 2000) et Gênes (contre-G8 de juillet 2001).

De l’antimondialisation à l’altermondialisme

Mais avec le refus de la mondialisation capitaliste, vient rapidement s’imposer la nécessité de propositions unifiées et globales : le slogan « un autre monde est possible », par opposition au fameux TINA de Thatcher (There is no alternative), va ainsi faire le tour du monde... et sera récupéré et décliné sous de multiples formes.

Attac incarne donc l’idée que le droit international ne doit pas être subordonné au droit des affaires, une subordination dont le Forum économique mondial de Davos est la manifestation la plus évidente (Davos ou la collusion des intérêts entre les classes politique et financière...), et sera l’un des fondateurs du premier Forum social mondial (FSM) qui se tient, en janvier 2001, à Porto Alegre au Brésil.

15 ans après, où en est-on ? Aujourd’hui, le néolibéralisme est en crise. Ce n’est pas que la classe financière ait perdu de son hégémonie, mais elle est incapable d’apporter des solutions à la crise actuelle, une crise à la fois économique et sociale (augmentation de la pauvreté, des inégalités), démocratique (politiques sécuritaires, corruption des élites), géopolitique (fin de l’hégémonie des Etats-Unis) et écologique (un monde en contradiction avec l’écosystème planétaire). D’une part, parce que depuis 2008 cette crise aux conséquences sociales et économiques dévastatrices s’est approfondie et que, depuis 2011, l’exaspération des peuples grandit et se traduit par un nouveau cycle de luttes et de révolutions. Attac est donc confrontée aux défis d’une période tout à la fois de très grands dangers et de grandes opportunités.

Les dangers, on les connaît : les forces néolibérales sont au pouvoir et prêtes à tout pour le garder. Nous allons par conséquent connaître des offensives, des tentatives de déstabilisation, des répressions et des guerres - cela a déjà commencé. Quant aux opportunités, elles ont été mises en évidence dans nos débats du sommet de Rio + 20, en juin 2012. Nous avions alors noté que trois propositions s’offraient désormais :

  • celle du néolibéralisme lui-même qui consiste à pousser toujours plus loin la logique du marché mondial des capitaux et donc à financiariser la nature et le vivant ;
  • celle de l’establishment (d’un Joseph Stiglitz, Amartya Sen ou Paul Krugman) du Green New Deal. Certains mouvements sociaux n’y sont pas opposés au nom des emplois et des revenus qui pourraient être générés par cette « économie verte » ;
  • celle d’une transition sociale, écologique, démocratique et géopolitique, et donc d’un dépassement du capitalisme.

C’est dans cette dernière perspective qu’Attac inscrit désormais son action et ses propositions des biens communs et des changements des formes de propriété, de régulation citoyenne, du « bien vivre » ou de la prospérité sans croissance, de la « démocratisation de la démocratie », etc. Des propositions qui portent en germe la concrétisation d’un autre monde à venir.

Gustave Massiah, économiste, cofondateur d’Attac

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.