Transports aériens : décroitre plutôt que décoller

Alors que le Salon International de l'aéronautique et de l'espace 2019 vient de fermer ses portes, essayant de relégitimer et de repeindre en vert un secteur industriel et économique fondamentalement nocifs pour le climat, le débat sur l'(in)utilité de l'aviation gagne la société française.

aviation-verte

En 2018 en France, 26,8 millions de passagers environ ont utilisé un vol intérieur. Parmi les plus scandaleusement absurdes : Lyon-Marseille, Paris-Rennes, Paris-Nantes, Paris-Bordeaux, Paris-Lyon… toutes ces destinations prises en charge par des lignes de train rapides et régulières. Les défenseurs inconditionnels de l’avion prétexteront que le trafic aérien intérieur représente seulement 0,8 % des émissions totales de gaz à effet de serre en France. Mais l’avion pollue 60 fois plus que le train et 2,5 fois plus que la voiture. Surtout, la croissance rapide du transport aérien, les exonérations de taxes sur le kérosène et le modèle social et écologique qu’incarnent les entreprises de low-cost en font un problème central.

L’avion n’est pas un seulement un moyen de transport, il incarne, comme la voiture, un certain modèle de société, basé sur la satisfaction de besoins créés par le tourisme de masse et la publicité, au nom d’une liberté de se déplacer, qui sacrifie environnement et droits sociaux. Et qui dit avion dit aéroports et infrastructures dédiées, dont le nombre croissant menace bien souvent les terres agricoles et modèle les territoires pour les besoins du secteur aérien. Sans compter, à l’échelle internationale ou au niveau de chaque pays, que l’utilisation de l’avion révèle de très fortes inégalités, tandis que les populations les plus pauvres sont bien souvent celles qui subissent les retombées de l’industrie aérienne.

Le débat s’ouvre aujourd’hui sur les alternatives à l’avion, en particulier sur les vols intérieurs. Face à une pseudo-liberté de déplacement sur l’ensemble de la planète, c’est tout un système d’infrastructures et d’imaginaires liés aux transports qui est à revoir, ce que le collectif international Stay grounded (« Rester sur Terre »), auquel participe Attac popularise à partir de plusieurs propositions qu’on peut retrouver ici, à commencer par la taxation du kérosène

Les enjeux liés au transport aérien sont aussi l’occasion de construire des alliances entre populations affectées par les aéroports ou les projets d’infrastructures, les salariés et syndicalistes de ce secteur, particulièrement ceux et celles qui travaillent dans les entreprises low-cost, les écologistes et les mouvements sociaux. De Notre-Dame-des-Landes aux luttes sur l’aéroport d’Heathrow en passant par le refus du nouvel aéroport de Mexico, ces dernières années ont été riches d’actions qui peuvent nous inspirer. Le referendum contre la privatisation d’Aéroport de Paris peut être l’occasion, à côté des actions de désobéissance, des luttes pour la justice climatique et des combats syndicaux, de mettre au cœur du débat public le caractère néfaste de l’organisation des transports, dont l’aviation à outrance est l’un des plus ignobles symboles.

Pour en savoir plus, en particulier concernant le pseudo-verdissement du secteur aérien : « L’illusion de l’aviation verte ».

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.