Attac
Abonné·e de Mediapart

246 Billets

5 Éditions

Billet de blog 2 nov. 2022

Attac
Abonné·e de Mediapart

Cessez de financer la catastrophe climatique

Avec 89 organisations internationales, Attac dénonce le financement des énergies fossiles (gaz, pétrole, charbon) à hauteur de 3800 milliards de dollars depuis 2016 et les Accords de Paris par les 60 plus grandes banques du monde.

Attac
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Les grandes banques font partie du problème, pas de la solution

Nous ne pouvons pas sauver la planète d'un changement climatique désastreux sans nous attaquer aux marchés financiers. Tant que des milliers de milliards de dollars financeront en toute impunité combustibles fossiles et déforestation, nous ne pourrons ni freiner le changement climatique ni permettre aux communautés impactées de s'adapter.

Reconnaissant le rôle déterminant joué par la finance dans l'aggravation du chaos climatique, l'un des principaux engagements de l'Accord de Paris était de rendre "les flux financiers compatibles avec un profil d’évolution vers un développement à faible émission de gaz à effet de serre et résilient aux changements climatiques". Si cet engagement est bienvenu, depuis la signature de l'accord en 2015, les banques ont investi à elles seules 3 800 milliards de dollars dans des projets liés aux combustibles fossiles, y compris dans de nouvelles infrastructures d'exploration. Les investisseurs récoltent actuellement d'énormes bénéfices grâce aux prix élevés des combustibles fossiles, alors qu'aucune réglementation ne leur interdit d'investir encore davantage de capitaux dans la destruction de notre planète. 

Comment les grandes banques ont pris le pouvoir

Ce scénario scandaleux n'est possible que parce qu'au lieu de réglementer la finance, comme le réclament les mouvements mondiaux pour la justice climatique depuis 2010, la COP26 a permis à des coalitions de sociétés financières de prendre le contrôle - avec la bénédiction des gouvernements et des Nations unies (ONU). Sous la direction de l'ancien gouverneur de la Banque d'Angleterre, Mark Carney, et du magnat de la finance de Wall Street, Mike Bloomberg, la "Glasgow Financial Alliance for Net Zero" (GFANZ, alliance financière pour des émissions nettes zéro) a pris en charge l'agenda de gouvernance de la finance privée, laissant ainsi à certains des plus importants financeurs mondiaux des combustibles fossiles et de la déforestation le soin de réformer la finance privée pour faire face au défi climatique, tandis que les organismes officiels étaient relégués à une modeste position consultative.

Il était clair dès le début que les sociétés financières et le GFANZ considéraient leur engagement dans la COP comme une nouvelle opportunité de tirer profit des efforts mondiaux dans la lutte contre le changement climatique. Leurs initiatives "Net zéro d'ici 2050" n'ont jamais permis d'envisager des réductions significatives et rapides du financement des combustibles fossiles, et ces sociétés n'ont jamais eu l'intention de changer leur business model. Pourtant, ces mesures sont nécessaires et urgentes.

Au lieu de cela, elles ont construit un discours basé sur des technologies futures fantaisistes et sur la compensation des émissions, entraînant encore plus d'émissions et d'accaparement des terres dans les pays du Sud. De plus, elles profitent aujourd'hui de leur position de force pour promouvoir leur propre modèle de financement du climat, qui repose sur des allégements fiscaux et une protection onéreuse des investissements, encore une fois au détriment des pays du Sud.

Cette capture de la gouvernance climatique par la finance privée n'a été possible que grâce à la croissance exponentielle du multi-partenariat au sein du système des Nations Unies. Ce phénomène, qui décrit la capture de la gouvernance multilatérale quand les entreprises sont invitées à s'asseoir aux côtés des États aux tables de décision, a permis aux grands banquiers de fixer l'ordre du jour et de l'exécuter ensuite selon leurs propres idées et visions. En conséquence, une part cruciale des politiques de gouvernance climatique est conçue dans les salles de conseil de Wall Street et de la City de Londres, ce qui conduit au chaos climatique et au greenwashing. 

La crise climatique exige des actions concrètes

Le critère de référence ne peut plus être de savoir si les sociétés financières s'en sortent un peu mieux que l'année dernière, ni si elles envisagent des améliorations à long terme. Le critère doit être de savoir si leurs investissements font passer la planète au-dessus de 1,5°C. La science est claire : l'Agence internationale de l'énergie (AIE, 2021) et le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC, 2022) ont déclaré que tout nouvel investissement dans les infrastructures de combustibles fossiles nous fait dépasser les 1,5°C, la limite pour un dangereux emballement du changement climatique. 

Les gouvernements, avec le soutien de la société civile et du mouvement pour le climat, doivent reprendre le contrôle de la finance privée. Nous avons besoin de réglementations convaincantes pour éviter un effondrement total du climat. Nous devons envisager de taxer les transactions financières et de réformer en profondeur les marchés financiers, en mettant l'accent sur la réglementation, le contrôle et la responsabilité. Nous devons prendre un nouveau départ.

Les grandes banques et le libre marché font partie du problème, pas de la solution.

Nos demandes à nos gouvernements

Les signataires demandent donc instamment aux gouvernements de :

  • Limiter et réglementer l'influence de l'industrie financière dans les organes de décision de la COP. Les financeurs de la catastrophe climatique, tels que la GFANZ, ne devraient avoir aucune plateforme à aucune COP, aucun siège à aucun groupe consultatif, et aucun de leurs représentants ne devrait avoir un quelconque rôle dans les organes décisionnels ou consultatifs. En outre, la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques doit adopter un code de conduite qui limite les contacts avec les entreprises impliquées dans l'exploration, la distribution et le financement des combustibles fossiles.
  • Rendre l'ensemble de l'industrie financière compatible avec les clauses et les objectifs de l'Accord de Paris. Nous avons besoin, au minimum et non exclusivement, de règles fortes pour abandonner progressivement les investissements dans les combustibles fossiles et la déforestation ; et des interventions des banques centrales pour augmenter le prix du capital pour les entreprises à forte intensité de carbone.
  • Garantir que les pays développés prennent des mesures immédiates pour arrêter tous les investissements dans les projets de combustibles fossiles, et qu'un plan crédible soit élaboré pour financer la transition dans les pays du Sud. Ce plan doit répondre aux demandes du Sud et à la responsabilité historique disproportionnée du Nord dans le changement climatique. Il doit également inclure des plans de compensation pour le maintien des combustibles fossiles dans le sol.
  • Augmenter de manière substantielle les fonds destinés à la lutte contre le changement climatique dans le Sud. Le fonds annuel de 100 milliards de dollars, promis en 2009 mais jamais honoré, doit être revu et augmenté, et il doit être basé sur des subventions. Le prix de la transition se chiffre en milliers de milliards, pas en milliards. Il est nécessaire de s'accorder sur la taxation des transactions financières et des entreprises pour atteindre cet objectif.

Les signataires :

Action Aid Netherlands

Africa Network for Environment and Economic Justice (ANEEJ), Nigeria

Africa Transcribe Enterprises

Afrikagrupperna (Sweden)

Aitec

Al-Haq, Law in the Service of Man (Palestine)

Alternative Information and Development Center (AIDC), South Africa

ALTSEAN-Burma

Aluna Minga e.V., Germany

Anti-Jindal & Anti-POSCO Movement, Odisha, India

Asian People's Movement for Debt and Development (APMDD)

Assistance Mission for Africa

Association of Ethical Shareholders Germany

ATTAC Burkina

Aufstehn.at – Verein zur Förderung zivilgesellschaftlicher Partizipation

Bangladesh Nari Progati Sangha (BNPS)

Banktrack

Bio Vision Africa (BiVA)

BreakFree Suisse

CADTM France

CAJUST (Citoyens Actifs pour la Justice Sociale)

Center for Constitutional Rights

Centre tricontinental - CETRI

Church and Society Programme -Livingstonia Synod

Civil Society Coalition on Natural Resources (CSCNR)

Coalition Ecopreneur Kaya (Belgium)

CODEPINK

Collectif BreakFree Suisse

Commission for Filipino Migrant Workers (CFMW)

Committee in Solidarity with Indigenous Peoples of the Americas (CSIA-Nitassinan)

Corporate Europe Observatory

DAWN (Development Alternatives with Women for a New Era)

Ecologistas en Acción

European ATTAC Network

European Coordination Via Campesina (ECVC)

Fairfin (Belgium)

Financial Justice Ireland

Focus on the Global South

Fresh Eyes

Friends of the Earth International

Gender Action

Global Justice Now (UK)

GRAIN

Grands-Parents pour le Climat (Belgium)

Institute for Policy Studies Climate Policy Program

intercoll

Kebetkache Women Development & Resource Centre

KRuHA Indonesia

La Fédération Nationale du Secteur Agricole (FNSA) Maroc

LAB Sindikatua (Euskal Herria)

Law 4 Palestine

London Mining Network

Maan ystävät / Friends of the Earth Finland

Milieudefensie - Friends of the Earth Netherlands

Move your Money

Naturefriends Greece

New Apostolic Centre for Development (NCD), Nigeria

NGO Forum on ADB

Oil Change International (OIC)

Pakistan Fisherfolk Forum

Pakistan Kissan Rabita Committee

Participatory Research & Action Network- PRAAN

Peace Point Development Foundation-PPDF

Plataforma América Latina mejor sin TLC

Re Common (Italy)

Red de Información y Acción Ambiental de Veracruz

REDES-Amigos de la Tierra Uruguay

Reset.Vlaanderen

RQMI : Réseau québécois pour une mondialisation inclusive

Sahita Institute (HINTS)

Society for International Development (SID)

SpiralCentric

The Association for Women's Rights in Development (AWID)

The Gaia Foundation

The Platform of Filipino Organisations in Europe

Third World Network

TIPPING POINT NORTH SOUTH

Trade Justice Pilipinas

Transnational Institute

Transnational Migrant Platform-Europe

Transport & Environment

Unión de Afectados por las Operaciones de Texaco UDAPT

Wacam

Waling Waling - supporting migrant workers rights

WIDE - Network for Women´s Rights and Feminist Perspectives in Development

Women Environs in Zambia

Women's Life Wellness Foundation -Zambia (WLWF)

WoMin African Alliance

World March of Women

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Services publics
RER B : voyage sur la ligne qui déraille
Le RER B est la deuxième ligne de train la plus chargée d’Europe, et pourtant elle souffre de nombreuses tares : quatre terminus, un tunnel partagé avec le RER D et, surtout, un sous-investissement chronique de la part de la région et de l’État. Les usagers souffrent, les conducteurs aussi.
par Khedidja Zerouali
Journal — Migrations
Étrangers sous OQTF : la justice recadre la préfecture de Seine-Maritime
Le tribunal administratif de Rouen vient de débouter la préfecture qui demandait aux gestionnaires de centres d’hébergement d’urgence d’exclure de leur dispositif « insertion » les étrangers en situation irrégulière faisant l’objet d’une obligation de quitter le territoire exécutoire. Une décision qui vient contredire les circulaires et les récents engagements du ministère de l’intérieur.
par Manuel Sanson
Journal
La précarité étudiante s’enracine et le gouvernement répond à côté
Le gouvernement vient de débloquer 10 millions d’euros pour soutenir les associations qui agissent en faveur des étudiants précaires. Seulement, les principaux acteurs considèrent que la réponse est insuffisante et attendent des mesures structurelles pour endiguer la pauvreté des étudiants.
par Faïza Zerouala
Journal — Europe
À Mykolaïv, les morts hantent civils et militaires
La ville de Mykolaïv subit depuis des mois le manque d’eau potable et les coupures d’électricité. La région a été bombardée sans relâche par l’armée russe jusqu’à la mi-novembre 2022 et plus de la moitié des habitants a quitté les lieux. Civils et militaires restés sur place racontent leur « cauchemar ».
par Mathilde Goanec

La sélection du Club

Billet de blog
Des chênes (français) pour la Chine
Fric-frac dans les forêts françaises. Voler du bois n’est pas une mince affaire. Et pourtant, dans les Pyrénées, en Moselle, en Vendée, dans le Nord, le brigandage se multiplie. A l’heure des drones, GPS et autres trackers… (Gilles Fumey)
par Géographies en mouvement
Billet de blog
Incendie de forêt : les causes ne sont pas que climatiques
[Rediffusion] Les forêts du Sud en particulier demandent beaucoup d'attention pour ne pas prendre feu. Coupe feu, garde-forestiers, défrichages, surveillances, pompiers de proximité, les moyens sont-ils encore là ou ces incendies sont-ils causés par l'impéritie des pouvoirs publics ?
par lecteurfid
Billet de blog
Vidéo - le gouvernement empêche les débats sur les forêts publiques par 49-3
Il y a un mois, nous avons publié ici une tribune signée par plus de 40 parlementaires, demandant un débat sur l’avenir de l'Office National des Forêts dans la loi de finances avant le 49-3 du gouvernement. Devinez quoi : les débats devaient avoir lieu le 2 novembre à 17h05. Le 49-3 a été activé le 2 novembre à 17h00. Mais tout n'est pas perdu : la suite se joue au Sénat dès mercredi.
par Pour des forêts vivantes
Billet d’édition
Reboiser les forêts brûlées est favorisé par une niche fiscale
Si l'investissement forestier offre des possibilités de rendement limitées, il constitue en revanche une niche fiscale qui permet de réduire le montant de son impôt sur le revenu. L'investissement forestier réalisé par une personne domiciliée en France lui permet de bénéficier d'un avantage fiscal, que ce soit au titre de l'impôt sur le revenu ou de l'IFI (impôt sur la fortune immobilière).
par Patrick Cahez