Noyés dans le gras, les neurones ne se touchent plus

Le monde se réveille abasourdi par la gifle Trump, le sol semble s'être dérobé, les simplets sont de sorti et clament leur stupéfaction, l'occident tout entier retient son souffle et essaye d'identifier les sources de ce mal si lointain qui a frappé l'Amérique, qu'est ce qui a bien pu traverser l'esprit de ces bons vieux cowboys, sont-ils vraiment si différents ?

            Mener campagne sous fond d'élection de la nouvelle star est une recette bien américaine qui a déjà eu l'occasion de démontrer son efficacité plusieurs fois aux Etats unis, le souci étant que cette technique de marketing électorale porte à se démocratiser et à s’étendre aux delà des frontières de l'oncle Sam en s'imposant petit à petit comme la manière officielle de promotion d'un programme politique, surtout quand celui-ci sonne tristement creux.

Nous voilà donc avec un Trump président, nous l'avons vu venir de loin, et nous n'avons rien eu de mieux à lui opposer que Hillary, et c'est bien le plus dramatique dans l'histoire, pure miasme issue de la quintessence de ce qui se fait de plus fourbe et de plus purulent dans la politique américaine depuis des années. Estampillée 100% establishment, Hillary n'est autre que la promesse de maintenir l'ordre établi, et de défendre les privilèges d'une caste dont elle est le produit.

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Des décennies d'abrutissement et de dépolitisation massive de la population américaine ont fini par avoir raison du sens commun, et par se retourner contre leur propre instigateur. Lobbyistes, médias, et marqueteurs en tout genre ont beau essayé de redresser la machine rien n'y fera, le lien avait déjà brisé et la cible n'était déjà plus réceptive au message. Ce qui a servi à écarter Sanders et compères, représentants d'un véritable contrepouvoir bâti hors des carcans de la classe dirigeante s’avérera être insuffisant pour berner l’audience une dernière fois face à Trump. La conscience politique de l’électeur n'a pas résisté à un énième siphonage publicitaire, c'est maintenant chose faite, l'électeur prend sa forme finale de  bête immonde et se tient avachie, le regard bovin entrain de tapoter son écran avec ses petits doigts boudinés dégoulinant de consumérisme, saisi d'un spasme viscérale qui lui fait suinter sa carcasse gluante, il vomit son désintérêt au visage de la classe politique et de ses rabatteurs les noyant dans le marécage putride pour les quatre ans avenir acta est fabula.

Les conditions qui ont amené Trump à être élu sont présentes depuis longtemps dans la société, des administrations et des institutions se sont attelé à les faire exister, la bête immonde est le fruit d'un martelage marketing incessant qui a servi à plusieurs reprises dans le passé à faire gagner le candidat désigné par l'establishment ou à faire perdre celui qui n'allait pas assez dans le sens de leurs intérêts directs. La propagande médiatique, les campagnes publicitaire, la peopolisation des candidats ont représenté des années durant le seul terrain de bataille sur lequel les candidats confrontaient leurs idées politiques, les conseillers en communication ayant remarqué que les slogans l'emportaient sur les idées il ne restait plus qu'à trouver un candidat assez charismatique pour que le subterfuge ne se voit pas. Le principal risque de la manœuvre est d'habituer l'électeur à choisir son candidat en fonction du show médiatique qui gravite autour de lui et de délaisser le message politique et idéologique quitte à le faire disparaître, ce risque-là n'a jamais été un problème pour eux... jusqu’à Trump vs Clinton.

Jusque-là tout allait bien, le consommateur consommait ce qu'on lui demandait de consommer et rejetait ce qu'on lui demandait de rejeter, moyennant quelques "com" bien ciblées le système électorale publicitaire sortait toujours grand vainqueur des élections, quitte à les transformer en foire géante puisque les slogans se vendaient très bien à la criée et que les débats de fond ennuyaient très vite l'électeur et lui faisaient perdre son attention et son temps de cerveau disponible. Sauf qu'à force de gavage l'électeur a fini par perdre ses points de repère et la bête a fini par ne plus répondre aux stimuli médiatique manifestant son désintérêt, son dégout, et sa déconnexion totale du monde politique résultants de toutes ces années d'abrutissement et de dépolitisation du débat.

Lemarchand continuera à nous vendre son concept niaiseux d'humanisation de nos candidats préférés en les invitant à boire le thé, et les journaux télévisés continuerons à nous annoncer leurs derniers sondages en ouverture du journal, la recette est testée et approuvée et ils n'auront aucune raison de la changer tant que le show suffira à noyer les neurones.

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