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Billet de blog 26 mars 2020

Continuité pédagogique, ta mère !

« Maman t'es où ? c'est la catastrophe ! Le devoir que j'ai rendu hier par l'ENT, y a marqué non rendu et non corrigé ! » . Mon fils de 5 ans : « Maman on a pas fait l'école à la maison ce matin ! La Maitresse , elle a dit qu'il fallait faire un gâteau et on l'a pas fait! ». Ma grande arrive avec son livre de maths, j'ai encore les mains pleines des poches à course...

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(pris chez la même personne : https://www.facebook.com/sudeducation34/videos/430004394597354/  explication de sud sur les retraites en parodie de "c'est pas sorcier"....)

Helene Cassagnaud

18 h

(Attention pavé)
Je m'interroge...

Je voudrais vous faire part de mes dernières réflexions...

Ce matin, je suis allée faire des courses après 5 jours sans sortir de chez moi. En faisant la queue à la caisse, je tends l'oreille ; la caissière discute avec un monsieur des devoirs donnés à leurs enfants. Les deux semblent paumés, les deux disent leur inquiétude face au travail demandé et leur épuisement. Je me rend compte que la caissière est une maman de l'école, quand elle me voit, elle rougit en comprenant que j'ai entendu leur conversation. Elle a les larmes aux yeux et m'explique qu'elle et son mari travaillent dans la distribution agroalimentaire, que c'est sa sœur de 20 ans qui est venue se confiner avec eux pour garder leurs deux enfants pendant qu'ils travaillent et que quand elle rentre le soir et qu'elle voit le travail demandé, elle n'arrive pas à trouver l’énergie pour faire travailler ses enfants. Elle me dit que du coup elle les a fait travailler tout samedi et dimanche (ses seuls jours de repos). Je lui dis qu'il ne faut pas culpabiliser, qu'elle doit faire comme elle peut et qu'elle doit envoyer un mail à la maitresse pour le lui expliquer, elle me répond qu'elle l'a déjà fait que la maitresse a dit la même chose mais qu'elle stresse quand même. Elle a peur que sa fille ne soit pas au niveau des autres à la rentrée et qu'elle a l'impression qu'elle est une mauvaise mère... J'essaie de la réconforter mais repart avec un goût amer en bouche. Depuis quand mon travail culpabilise-t-il quelqu'un qui fait de son mieux? Serai je dans l'erreur depuis presque deux semaines?

Je suis sur le parking, coup de téléphone de mon ainée qui est en sixième " maman t'es où? c'est la catastrophe ! Le devoir que j'ai rendu hier par l'ENT, y a marqué non rendu et non corrigé ! Maman la prof va dire que je l'ai pas fait, j'y ai passé deux heures!" Je tente de l'apaiser. J'arrive dans 5 minutes, ne t'inquiète pas, on l'a envoyé et même si ça n'a pas marché je le renverrai..."
Je rentre à la maison, à peine sortie de la voiture mon fils de 5 ans "Maman on a pas fait l'école à la maison ce matin ! Maitresse, elle a dit qu'il fallait faire un gâteau et on l'a pas fait!" Il pleurniche mais je lui montre la farine que je viens enfin de trouver, je promets que nous ferons un gâteau cet après-midi. Ma grande arrive avec son livre de maths, j'ai encore les mains pleines des poches à courses"

"L'exercice de maths n'existe pas, je le trouve pas dans le cahier ! J'en peux plus ! Je comprends rien maman !" Je regarde, elle avait juste confondu la page et l'exercice, tout va bien... Je range les légumes et là elle revient. Elle sanglote, me tombe dans mes bras !. Maman c'est trop dur! Je passe mon temps à travailler, je suis crevée, j'ai mal à la tête. Chaque fois que j'ouvre l'ENT y a encore des choses qui se rajoutent et demain y a une classe virtuelle, je sais pas comment on fait et si les petits se disputent et que mon prof l'entend? Si t'as des parents qui t'appellent pendant la classe? J'ai peur maman !". Je rassure encore, mais mes épaules s'affaissent au fur et à mesure.
Et là le coup fatal :
"Pat va travailler ce soir (mon conjoint qui travaille à l'hopital), il risque de crever et moi tout ce que je fais c'est des devoirs et des devoirs et des devoirs ! Le monde, il tourne pas rond maman, on devrait avoir du temps pour être ensemble et se dire qu'on s'aime et en fait t'es toujours à travailler sur ton ordinateur avec tes élèves et à nous faire travailler ! C'est quoi l'important, nous ou l'école?"

Voilà, j'ai les larmes au yeux et je regarde ma petite fille de 11 ans et demi, elle vient de me donner une claque dont elle n'imagine même pas l'ampleur... Du haut de son mètre 41, elle a cerné ce qui m'oppresse la poitrine depuis une semaine.
Je les perds dans ce confinement, je les perds parce que je suis devenue, comme la moitié de la population, leur maitresse alors qu'ils ne devraient être que mes enfants. Je les perds parce que je veux être un bon petit soldat de la république et répondre à l'Appel National et sa sacro sainte continuité pédagogique! Je les perds et je me perds dans mon rôle d'enseignante qui a tellement peur qu'on lui dise qu'elle ne fait pas bien son travail qu'elle délègue une responsabilité écrasante aux parents sans prendre en compte les difficultés de chacun. Alors oui, on demande des nouvelles à nos élèves, on leur donne des devoirs, on demande aux parents de faire des activités ludiques avec eux mais non ce n'est pas ludique! ce n'est pas ludique parce que c'est imposé ! Quoi que nous demandions, c'est un devoir! J'ai 3 enfants et je passe mon temps sur l'imprimante et sur mon téléphone à envoyer des photos, regarder les corrections...

Nous ne savons rien de ce qui se passe dans les familles, rien de l'état psychologique de ces enfants qui ne peuvent plus sortir et respirent nos craintes et nos angoisses face à ce putain de virus! Rien de l'angoisse des parents à chaque ouverture de mail que nous leur envoyons! Ce n'est pas ce que nous recherchons mais il faut se rendre à l'évidence, nous les obligeons à vivre scotchés à leur boite mail pour attendre de nos nouvelles!

Aujourd'hui, pas de devoirs et demain nous verrons si elle participe ou non à la classe virtuelle. Je vais la laisser choisir car elle est sérieuse et vaillante ma fille. Elle a répondu présente elle aussi comme un bon petit soldat mais elle n'a que 11 ans et elle n'a pas à être un soldat. Je les aime mes 3 bouchons, je ne veux pas les perdre au nom d'apprentissages qui ne sont plus une priorité pour le moment.
Je ne blâme ni ne juge personne, je voulais juste vous faire part de mes réflexions d'aujourd'hui et de ma fierté d'avoir des enfants aussi merveilleux !

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BLOG -

Il y avait un peu plus que du désespoir sur mon visage quand, pour la cinquième fois de la journée, je cliquais sur la petite fenêtre me permettant de voir combien de mes chers élèves s’étaient aujourd’hui connectés sur l’ENT. Fort probable qu’une petite voix ait tenté à ce moment-là de me souffler quelque chose comme “Ah bah celui-là, ça ne m’étonne pas qu’il ne se connecte pas, il n’en fout jamais une”.

Je ne l’ai même pas entendue, encore moins écoutée et j’ai fermé d’un geste un peu nerveux l’écran de mon ordinateur, bien décidée à ne pas confectionner aujourd’hui de nouveaux jeux en ligne sur le son [oin] ou les nombres de 60 à 69, tant leur succès semblait loin de faire l’unanimité.

J’étais en colère, et je le suis encore.

Parce que cette petite voix-là dit n’importe quoi.
Parce que celui-là, si il ne se connecte pas, c’est parce qu’il n’a pas d’ordinateur.
Parce que celle-ci, si elle ne répond pas, c’est parce qu’elle ne sait pas lire les consignes et que sa mère non plus.
Parce que tous ceux-là, s’ils ne renvoient pas les fiches, c’est parce qu’ils n’ont pas trouvé de table pour s’installer, ni de silence pour travailler.
Je suis en colère qu’on ne les respecte pas et qu’on me demande, à moi, d’exiger d’eux bien plus qu’ils ne peuvent.

J’ai pensé à ce moment là à partir ramasser des fraises, mais je n’ai pas su quoi cocher sur l’attestation de sortie.

Alors j’ai pris mon téléphone et j’ai remonté le fil des nombreuses conversations WhatsApp du moment. J’ai lu, relu, et j’ai compté le nombre d’amis qui m’avaient écrit avec bien plus de désespoir que moi pour m’appeler au secours: “Aide-moi toi qui es maîtresse, l’école à la maison, je n’y arrive pas!”.

J’ai relu mes réponses, qui commençaient par “Envoie-moi la fiche, je te dirai” et qui se terminaient toutes, sans exception par, “Laisse tomber, fais un gâteau avec lui, demande-lui de compter les oeufs et ce sera aussi bien.”

Laissons-les souffler

Parce que oui, ce sera aussi bien.
Ce sera même encore mieux.
Ce sera même dix fois mieux.
Parce que vous vous parlerez, parce que vous rirez, parce qu’il ne se rendra pas compte qu’il est justement en train de compter.

Parce que faire un gâteau avec son enfant ne nécessite ni ordinateur, ni imprimante, ni bureau, ni silence.
Parce que rire avec lui en comptant le nombre d’oeufs qui resteront après rapportera autant à tout le monde.

Sauf qu’il en manquera peut-être pour la tarte aux fraises.
C’est pas grave.
Les fraises, on les sucrera.

Ce billet est également publié sur le blog Merci Maîtresse

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