https://twitter.com/dbertho/status/1574761634840592384?
https://www.huffingtonpost.fr/insolite/article/comment-cet-internaute-a-manipule-un-classement-mondial-de-la-criminalite-au-detriment-de-brest_208355.html?
NOUVELLE INTOX SUR L'INSÉCURITÉ : DÉMONTAGE
«Insécurité : Nantes pire que Bogota». Le bandeau est affiché sur toute la largeur de l'écran samedi après-midi sur la chaîne du milliardaire d'extrême droite Bolloré. Différents médias réactionnaires, comme le Figaro ou Valeurs Actuelles reprennent l'intox en boucle : la France serait plus dangereuse que le Mexique, il y aurait plus d'insécurité à Paris qu'à Medellín, ville colombienne connue pour ses cartels de drogue. Sur 453 villes, Paris serait à la 350e place et un peu plus bas encore Marseille à la 388e, devant Nantes. Nous vivons donc dans des coupes gorge plus dangereux que les grandes villes de pays en guerre civile ou en plein effondrement économique.
On pourrait se contenter d'en rire, mais ce n'est pas drôle. Au Mexique, depuis le début de la «guerre contre la drogue» lancée par le gouvernement, 275.000 personnes ont été assassinées, 85.006 sont déclarées «disparues» et 1.600.000 sont déplacées. C'est une guerre civile qui ne dit pas son nom, avec des viols, des meurtres, des actes de torture, des exactions commises par l'armée et les cartels. Et un bilan humain comparable à la guerre en Syrie. Au Mexique, le conflit a permis aux autorités de liquider des militants anticapitalistes et écologistes, qui «disparaissent» sans jamais être retrouvés.
Au Brésil, classé selon le Figaro au même niveau que la France, des escadrons de la mort paramilitaires tuent dans les favelas, des groupes de mafieux font régner leur loi dans des zones entières, la police raquette et tue. En 2017, il y avait 64.000 homicides dans le pays, soit plus de sept par heure. En Colombie, le conflit armé qui oppose l'armée aux guérillas a fait des centaines de milliers de morts, avec notamment des massacres commis par des milices d'extrême droite contre les populations indigènes. Non, ce classement débile ne nous fait pas rire. Il n'est pas seulement ridicule, il est indécent.
Quelles sont les sources de ces médias pour décrire la France comme l'un des pays les plus dangereux du monde ? Il s'agit du «classement mondial» réalisé par le site internet «Numbeo». Un site qui recueille les «notes» sur le «ressenti» des visiteurs. N’importe qui peut donc donner son avis sur n’importe quelle ville sans vérification. Et ces notes ne sont ni nombreuses ni représentatives : Paris récolte 842 avis, Bordeaux 105, Toulouse 142 et Nantes 404. Il suffit donc de quelques dizaines de clics pour modifier totalement la «moyenne» d'une ville. Un petit groupe coordonné pourrait classer Genève comme ville la plus dangereuse du monde en quelques heures sur ce site.
Pourtant, ce classement bidon est utilisé depuis des mois par l'extrême droite. En mai, le député du Rassemblement National Bruno Bilde avait utilisé le site pour démontrer que «la France [est] bien représentée dans le top 15 des villes les plus criminogènes et dangereuses d’Europe !». Ce classement ne prouve qu'une chose : que l'extrême droite française est mieux organisée pour manipuler l'opinion à l'aide d'un site internet. Et que les médias français sont des cloaques qui relaient ces manipulations.
L'insécurité ? Parlons-en. Il y a 20 ans, on comptait 1.600 meurtres par an en France, aujourd’hui, on en dénombre deux fois moins. Et le chiffre est stable. Les statistiques évoquent une hausse des vols. Et les agressions sexistes sont mieux dénoncées et recensées. Le trafic de drogue dans les quartiers ? Business mafieux qui arrange l’État. Dépénaliser les drogues douces permettrait de faire retomber les tensions.
Il n'en reste pas moins qu'à Nantes, ville «pire que Bogota», il n'y a jamais eu autant de gens en terrasses de bars ou à traîner dans les rues que cette année. Et s'il y a effectivement des agressions et des groupes désœuvrés, il n'y a pas «d'explosion de l'insécurité». Un quartier comme celui des Olivettes était considéré comme dangereux dans les années 1980, c'est aujourd'hui une zone bourgeoise. Comme le quartier du quai de la Fosse, qui n'a plus ses marins et ses bars mal famés, ou l'ancien quartier populaire qui se trouvait à l'endroit de la Place Bretagne, qui était celui de la criminalité nantaise. Aujourd'hui, ce sont des commerces et des administrations. Globalement, la ville est moins violente qu'il y a 30 ou 50 ans. Par contre, le discours sur l'insécurité occupe une place omniprésente. Des milices se sont même créées à Nantes pour «patrouiller» et réclamer plus de police. Et elles bénéficient régulièrement de tribunes dans la presse locale et les médias d'extrême droite.
La police, déjà en surnombre à Nantes, ne règle rien. Au contraire. Une société idéale, débarrassée des oppressions, commence par imaginer l'autodéfense populaire sans police, en cultivant des réflexes collectifs d'entraide. Par exemple réagir lorsqu'on voit une femme se faire harceler, ou une personne isolée agressée.
Enfin, «l'insécurité» dans une Métropole comme Nantes, Rennes, Bordeaux ou Paris est d'abord sociale. Des milliers d'étudiants ne peuvent pas se loger, ou dans des taudis très chers. Des personnes âgées sont maltraitées dans des EHPAD hors de prix. Le coût de la vie explose. Les jobs sont de plus en plus précaires. Cette insécurité là, qui touche la majorité de la population, ne sera pas traitée par Cnews et Valeurs Actuelles.
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«PEUR SUR LA VILLE» : POURQUOI LES MÉDIAS FONT-ILS UNE FIXETTE SUR NANTES ?
– Opération contre-insurrectionnelle contre une ville rebelle –
Il n'y a plus une journée sans bandeaux hallucinants et anxiogènes sur la ville de Nantes sur Cnews. La chaîne d'extrême droite a même titré «peur sur la ville» après avoir qualifié Nantes comme étant plus dangereuse que Bogota.
Avis aux nantais et nantaises : vous aussi vous sortez acheter votre baguette avec un gilet pare-balles et un fusil d'assaut ?
Au-delà du grotesque de la comparaison, il faut se demander pourquoi les néofascistes et leurs médias font une telle fixette sur Nantes. Pourquoi une telle obsession ?
Première piste : parce que l'exécrable Pascal Praud, présentateur vedette de Bolloré, vient de Nantes où il était d'ailleurs méprisé en tant que commentateur sportif de bas étage. CNews lui a donné une visibilité décuplée où il peut postillonner depuis des années ses délires façon comptoir de bar raciste. Yvan Rioufol, journaliste très à droite au Figaro vient aussi de Nantes. Et il règle ses comptes.
Mais ce n'est pas suffisant. À chaque reportage sur «l'insécurité», ces médias parlent en boucle de la «ZAD», de «l'ultra-gauche», des «manifestations» et même de la mairie PS qui serait «complice»... Ce qui est visé, c'est bien l'image de Nantes en tant que ville rebelle. Cette intoxication massive est une opération contre-insurrectionnelle.
Les autorités tentent depuis des années d'écraser les résistances à Nantes, en réprimant les manifestations, en poussant des jeunes dans la Loire lors de la fête de la musique, en tirant des grenades sur les écolos. Et même en essayant de dissoudre un média indépendant nantais. Rien n'y fait, ça ne marche pas.
Le matraquage sur «l'insécurité» à Nantes est donc une façon de diaboliser l'image d'une ville entière et de légitimer une répression encore plus forte. D'ailleurs Darmanin vient d'annoncer l'envoi de «renforts policiers» supplémentaires à Nantes, qui n'en manque pourtant pas. Ça fonctionne.
Cette opération est efficace pour détruire préventivement les mobilisations contre les violences d’État. Ces dernières années, trois personnes sont décédées à Nantes lors d'opérations de police, des centaines d'autres ont été blessées ou mutilées dans une impunité totale. La police de Nantes est connue dans toute la France pour sa violence. Mais grâce à cette propagande intensive, à chaque fois que l'attitude de la police nantaise sera contestée, les médias répondront que c'est «irresponsable» d'en parler vu «l'insécurité», que les policiers «font leur travail dans des conditions difficiles», etc. On connaît la chanson. C'est une vraie prise d'otage idéologique qui empêchera tout débat.
Comme souvent avec l'extrême droite, le retournement du réel est d'une infinie perversité. Le combat pour visibiliser les victimes de violences policières est très difficile. Avec cette propagande, il devient carrément inaudible. C'est un écran de fumée très efficace qui joue sur la peur.
Une seule bonne nouvelle dans ce sombre tableau : l'image anxiogène de Nantes donnée dans les médias nationaux va peut-être dissuader les riches parisiens de venir s'installer ici. Et donc limiter l'augmentation des loyers. Merci Cnews et Le Figaro.