https://www.facebook.com/watch?v=1731602033889045 La construction des réserves d'eau agricoles enflamme les discussions politiques et militantes. Derrière ce débat se cache un sujet plus vaste : notre addiction au maïs. Explications avec Hugo Clément
https://www.youtube.com/watch?v=Cg_33lfsfcw déambulation en barque dans le marais poitevin
https://reporterre.net/Paysans-nous-sommes-resolument-contre-les-megabassines
Ce texte a été écrit par les confédérations paysannes des départements concernés par les mégabassines (Vendée, Vienne, Deux-Sèvres, Charente) et la Confédération paysanne nationale. 150 associations et collectifs, dont la Confédération paysanne, appellent à une grande manifestation les 29 et 30 octobre à Sainte-Soline (79) pour stopper un énorme chantier de construction de mégabassine. L’action a été interdite par la préfecture mais des rassemblements, légaux, sont toujours prévus.
Nous, paysannes et paysans de Charente, Vendée, Vienne, Deux-Sèvres, produisons et cultivons sur des territoires aujourd’hui menacés par l’apparition des mégabassines. Depuis nos fermes et face à l’urgence climatique, nous demandons l’arrêt immédiat de la construction de ces cratères bâchés de 5 à 16 hectares dédiés à la survie d’un modèle agricole anachronique qui assèche les sols.
Les promoteurs des mégabassines arguent qu’il faut bien nourrir la population et que les mégabassines sont d’utilité publique… C’est faux. Ce n’est qu’une nouvelle affabulation, après avoir fait croire qu’elles se remplissaient avec de l’eau de pluie, sans pompage dans les nappes phréatiques ! [1]. Face au manque d’eau critique, notre profession va devoir relever le défi de continuer à assurer une production nourricière et locale. Mais les mégabassines ne sont pas la solution !
Ces dispositifs privatisent en réalité un bien commun au profit d’une minorité d’agriculteurs inféodés au système agro-industriel. Sur le bassin Sèvre niortaise-Mignon, il existe 2 000 exploitations agricoles. Seules 200 à 300 d’entre elles sont irrigantes (beaucoup d’agriculteurs cultivent du blé, du tournesol, du millet, des lentilles, etc., sans besoin d’irrigation) et, parmi celles-ci, 103 uniquement sont connectées sur les 16 bassines en projet. 5 % des exploitations vont donc accaparer l’eau au détriment des autres usages agricoles et non agricoles !
« 5 % des exploitations vont accaparer l’eau »
Cette privatisation se fait de plus au détriment de notre souveraineté alimentaire. L’eau pompée dans les nappes phréatiques pour les mégabassines est destinée avant tout à l’irrigation du maïs, inadapté à nos régions et cultivé en partie pour être exporté ou vendu aux producteurs d’aliments industriels. Le tout maïs est l’incarnation d’un système absurde écologiquement et économiquement produisant des céréales en quantité pharaonique pour engraisser des animaux d’élevage en bâtiment, dont la part d’herbe dans l’alimentation a été réduite au minimum. Et même si la part de maïs tend à diminuer parmi les surfaces irriguées, c’est au profit d’autres cultures industrielles ou de cultures qui n’étaient pas irriguées auparavant : céréales à pailles, semis arrosés pour faire lever des cultures de printemps, voire du colza à l’automne…
En pompant l’eau l’hiver, les 5 % d’irrigants connectés aux mégabassines ne seront en outre plus limités par les arrêtés sécheresse et vont ainsi hypothéquer le peu d’eau que l’on aura dans nos rivières et nos nappes, aux dépens des autres agriculteurs et des besoins en eau potable de la population.
Ce système est, depuis des décennies déjà, partie prenante du manque d’eau chronique sur nos territoires. Dans la course au productivisme, le bocage a laissé place à la plaine. Les haies ont disparu. Les prairies, qui servaient de pâturage et stabilisaient les sols, retenaient l’humidité et hébergeaient une multitude d’êtres vivants, ont été remplacées par de vastes étendues céréalières drainées, qui ne sont plus fertiles sans engrais ni pesticides. Dans le Marais poitevin, plus de la moitié des prairies naturelles ont disparu au profit de cultures depuis les années 1980. Sa production « intensive » est aussi à mettre en balance avec la pollution durable des sols et des eaux, et la baisse drastique de la biodiversité animale et végétale.
En réalité, cette agriculture sape depuis plusieurs décennies les conditions de sa reproduction et donc de notre alimentation. Les agriculteurs, dépendants de la politique agricole commune (PAC) économiquement, sont victimes de choix politiques désastreux. Nous n’oublions pas non plus que des maladies liées aux pesticides comme Parkinson ou le cancer de la prostate sont reconnues comme maladies professionnelles.
« L’argent public ne doit pas servir à sauver un modèle insoutenable »
Face au réchauffement climatique et à la dégradation des conditions de vie sur Terre, nous devons réfléchir à transformer nos pratiques agricoles pour préserver les paysages, l’eau et la nature au lieu de les exploiter jusqu’à épuisement. L’utilisation de l’eau doit être repensée de façon ciblée sur des productions nourricières et locales pourvoyeuses d’emploi, comme le maraîchage. Tout comme la production industrielle de viande : nous devons réorienter nos élevages vers des systèmes vertueux herbagers moins dépendants de l’apport en céréales. En accord avec les capacités de la ressource, le stockage de l’eau pour l’irrigation est possible avec, par exemple, de petites retenues remplies uniquement par ruissellement des eaux de pluie ou à partir des eaux de surface et des rivières en période de crue.
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A propos des méga bassines et avant qu'elles arrivent par ici, voilà une explication, très bon texte de Steeve Manolo Keuk:
- Hey tu sais pas ? Ils ont trouvé une super solution pour pouvoir irriguer les champs l'été !
- Ah ouais cool c'est quoi ?
- Ils appellent ça des méga bassines, en fait on creuse un genre de lac qui va faire entre 8 et 18 ha et qui va pomper l'eau dans les nappes phréatiques l'hiver pour avoir de l'eau l'été, c'est cool non ?
- Attend tu veux dire qu'ils pompent l'eau qui est stockée dans les nappes phréatiques au frais pour finalement la stocker en surface exposée à la chaleur ?
- euh oui
- genre ils connaissent pas le phénomène de l'évaporation ?
- Si mais bon j'te l'dis mais tu le répètes pas ... Ca sert surtout à contourner les arrêtés préfectoraux d'interdiction d'irrigation parce que ses arrêtés ne concernent pas les agriculteurs qui ont leurs propres réserves d'eau , parce que oui sinon le pompage aurait continué directement dans les nappes ...
- Bon après tout ... si ça peut profiter à tous les agriculteurs ...
- Euh bin non pas à tous ... Seulement à ceux qui ont payé la construction
- oui logique ... mais bon ça doit leur coûter une blinde quand même ...
- oui c'est sur mais comme elles sont financées à 70 pourcent par de l'argent public , ca diminue le coût ...
- Pardon ? C'est quoi ce truc ??? Bon après si ça peut permettre de nourrir les habitants du pays pourquoi pas ... Même si ça me fait un poil halluciner quand même ...
- euh ... C'est à dire que ces bassines vont surtout servir à des cultures qui nécessitent beaucoup de flotte comme le maïs et très souvent ce maïs est vendu au niveau mondial ...
- Non mais t'es sérieux ? Attend tu es entrain de me dire qu'on utilise une bonne somme d'argent public pour quelques agriculteurs pour qu'ils puissent pomper de l'eau, dans des nappes phréatiques qui appartiennent à tout le monde et qui alimentent aussi nos ruisseaux et rivières, dont une partie va s'évaporer dans les bassines pour faire pousser des céréales qui, en plus , n'iront même pas à l'alimentation des gens d'ici ? Et tu me dis ça alors qu'on vit une année 2022 où à l'heure actuelle soit fin octobre y a encore de la sécheresse ... Et que tous les scientifiques nous disent que ça va perdurer et s'intensifier ...
- Oui c'est bien ce que je suis entrain de te dire. Et puis j'te jure c'est quand même super bien organisé le truc parce que tu vois ce week end y a des gens qui se sont mobilisés pour dénoncer tout ça mais l'état il avait prévu 1700 gendarmes, 6 hélicoptères et des drônes pour pas que les gens puissent arriver sur la zone de chantier d'un méga bassine en construction dans les 2 sèvres ...
- Parce qu'en plus de financer ces inepties, l'état a aussi mis de l'argent public pour les défendre ? Et à priori pas qu'un peu ... Mais bon les gens vont finir par se révolter parce que là on est quand même entrain juste de leur voler leur eau quoi ...
- Mais non t'inquiète... BFM a fait toute la journée sur la violence des manifestants , a filmé les affrontements sans trop parler du sujet de fond ... Et puis bon finalement ces bassines c'est pas nouveau et ça assèche déjà pas mal de ruisseaux et rivières sans que les gens ne s'en émeuvent ...
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Jusqu’alors tout se passait bien. On trouvait même plutôt touchante ma préoccupation pour l’environnement, la planète qui crame, la destruction de la vie, tout le truc écolo quoi. Ça avait un petit côté pittoresque assez amusant à table. Et puis c’était mignon, j’en parlais même dans mon magazine pour les jeunes. Et ça c’est sympa. Mais très vite, je suis devenu lourd. Alors OK, je sais bien qu’il ne faut pas braquer les gens, ne pas faire de morale, ne pas être anxiogène, tout ça, tout ça… Mais bon, les rapports du GIEC tombaient les uns après les autres et tout le monde s’en foutait, alors conserver son petit ton lénifiant pour ne brusquer personne (pauvres petites choses fragiles) pendant que tout le monde réservait des Paris-Dubaï sur des iPhone 23, ça devenait compliqué.
Instagram, véritable destination voyage
Tout a vraiment déraillé quand le marronnier des vacances est revenu. Et que le bombardement a repris. Un feu nourri de destinations dûment validées par les pages tendances des magazines. D’abord une rafale de classiques estivaux : Grèce, Croatie, Espagne, Italie… Avant un tapis de bombes plus exotiques : Punta Cana, Réunion, Maldives… Et puis les armes de destruction massive : Laponie, Tanzanie, Japon, États-Unis, Thaïlande… Avec bien sûr, des dizaines de vols intérieurs, comme autant de sous-munitions, pour souffler quelques jours sur une plage paradisiaque ou instagrammer un rare trésor architectural. Car Instagram est bien souvent la véritable destination du voyage. Mais passons. Ce n’est pas en persiflant la quête des petits cœurs, des pouces levés ou des appréciations admiratives de demi-inconnus que je suis devenu infréquentable.
Khmer vert pourfendeur de liberté
Non, mon excommunication a commencé quand, saoulé par les vapeurs de kérosène, ça a débordé, presque malgré moi, dans le plus pur style Khmer vert pourfendeur de liberté : « En gros, ça doit être 50 ans d’empreinte carbone. Enfin je veux dire si on voulait garder une planète habitable hein. Si le projet est un suicide collectif en revanche, là on est sur la bonne trajectoire. »
Alors quand tu dis ça, tu deviens instantanément l’emmerdeur. Des regards se croisent mais tous évitent le tien. Des yeux se lèvent au ciel. Des soupirs sont à peine retenus. Tout se passait pourtant bien. Plus tôt, on avait même pleurniché tous ensemble sur les mégas feux qui dévastent la planète, les sécheresses qui ruinent les agriculteurs, les mignons petits koalas qui brûlent avec la forêt australienne et les températures insupportables de l’été (« heureusement, il y a une bonne clim au bureau »). Mais là, tu as tout gâché. Un silence gêné s’installe. Personne ne te répond.
Les règles sont simples : on n’en parle pas !
Il faut dire qu’ils ne peuvent plus vraiment contester le truc maintenant, je veux dire le réchauffement, l’origine humaine et la destruction méthodique de la vie. Tout ça est parfaitement documenté et il n’y a plus que les très très gros cons qui s’y risquent encore. Et aucun de tes proches n’a envie d’être rangé dans cette case-là. Donc tu as mis sur la table une question dont personne ne veut, qu’on évite soigneusement quand on sait se tenir. Mais tu ne sais pas te tenir. Les règles sont pourtant simples. En fait, il n’y en a qu’une : on n’en parle pas ! Ça ne se fait pas ! Voilà pourquoi personne ne te répond et que tout le monde évite de croiser ton regard. Tu te souviens du tonton raciste que tout le monde faisait semblant de ne pas entendre lors des déjeuners dominicaux, pour ne pas créer d’esclandre ? Eh bien c’est toi maintenant. Eh oui, c’est toi l’emmerdeur. Et c’est toi qui finis par te sentir gêné devant ce silencieux malaise que tu as engendré.
C’est toi qui flingues les dîners, c’est toi qui casses l’ambiance !
Et là, on touche vraiment à la beauté de la chose. On est en train de massacrer notre avenir commun (celui de tes enfants quand même, ce n’est pas rien !) et le présent d’une bonne partie de l’humanité (qui crève déjà de sécheresse et de famine), mais c’est toi qui dois te sentir gêné d’avoir le mauvais goût d’en parler. C’est toi qui flingues les dîners. C’est toi qui casses l’ambiance. C’est toi l’emmerdeur. Pas ceux qui veulent continuer à défoncer la planète sans être dérangés. Non, eux sont du côté des gens sérieux. Bien élevés. L’emmerdeur c’est toi. Spectaculaire retournement. Splendide. Magnifique.
Ouf, on s’était inquiété pour rien !
Si tu es honnête, tu peux reconnaître qu’au début, quand tu étais encore vaguement fréquentable, il y avait parfois un argument à la con, genre « l’avion vert », pour essayer de te calmer et montrer qu’on était ouvert à la discussion. On allait inventer une technologie, la semaine prochaine parce que c’est urgent. Puis on fabriquerait des dizaines de milliers d’avions verts, en éventrant les derniers sols de la planète pour en extraire des millions de tonnes de matériaux qui se raréfient. Des centaines de millions de passagers pourraient continuer à vomir des milliards de jolis paysages filtrés sur Instagram. Et tout serait réglé. Ouf, on s’était inquiété pour rien !
On veut bien pleurnicher sur les koalas mais pas touche à Punta Cana !
Comme ça ne tient pas très longtemps, on passait vite à « Et la Chine, on pèse quoi à côté ? » ou « Et Bolsonaro alors ? »… Car l’important était de balancer vite n’importe quel argument qui permette de ne pas interroger nos comportements, de ne rien remettre en cause. Et toi, qui débutais ta carrière d’emmerdeur des dîners, encore un peu naïf, tu réalisais alors qu’il n’avait jamais été question d’étudier véritablement le problème soulevé par les scientifiques. Le préalable, le postulat de départ, avait toujours été que rien ne doit changer, qu’il ne faudra renoncer à rien. Jamais. On veut bien pleurnicher sur les koalas mais pas touche à Punta Cana ! Et puis les pauvres n’ont qu’à continuer à faire le boulot. Déjà, ils ne prennent pas l’avion, c’est un bon début.
30 avions par an mais pipi sous la douche
Alors sur la disqualification ultime, « ça suffit de nous faire la morale » rappelons qu’il n’y a aucune morale là-dedans. Seulement de la physique. Des milliers de scientifiques qui nous supplient de freiner depuis 30 ans en nous décrivant millimétriquement les catastrophes qui commencent déjà à se produire. Je pourrais mettre tous les liens mais bon, puisque personne ne veut les lire… Moi je les aime mes proches bien sûr, je ne suis pas mieux qu’eux et je suis le premier embêté si je casse l’ambiance. Mais comment on fait ? Il paraît que c’est contre-productif d’emmerder le monde mais est-ce qu’il est possible ne pas en parler du tout ? Regarder ailleurs pendant que la maison brûle ? Prendre 30 avions par an mais faire pipi sous la douche ? Désolé encore si les dîners sont moins sympas quand je rechigne à m’extasier devant les clichés des splendeurs de Mesa Verde, du mont Fuji ou de la plage de Ko Phi Phi. C’est juste que la perspective du monde pourri dans lequel pourraient vivre mes enfants commence vraiment à gâcher le paysage.
Ce témoignage, initialement publié sur le compte Facebook de Pierre Gabownik, a été reproduit sur Le HuffPost avec son accord.