A BATONS ROMPUS avec SOEUR CLAIRE

Les femmes et les hommes d’Eglise prennent, de plus en plus, courageusement, position par rapport au problème crucial des migrations massives. A bâtons rompus, nous avons voulu en savoir plus sur cette communauté. Et cela par le biais de l'une de ses représentantes : Soeur Claire. C' est une bénédictine de Saint Thierry (France)

 

— Awa Thiam (A.T.) - D’où vous vient cette sagesse par laquelle votre entourage caractérise votre communauté?

- Soeur Claire* : Il s’agit de la sagesse de Dieu. La sagesse est une vertu philosophique dont la recherche, pour elle-même, n’a pas de sens, pour moi. La seule qui m' importe est la sagesse divine.

— A.T. - Pourriez-vous étayer votre propos?

-Soeur Claire: Je vous renvoie à Saint Paul selon lequel : « ce qui est sage aux yeux des hommes est fou aux yeux de Dieu, et inversement ».

— A. T. - Cette sagesse est-elle à la portée de tout le monde?

-Soeur Claire : Oui, j’en suis convaincue…Même un enfant de quatre (4) ans peut y accéder. Il en est de même pour toute personne n’ayant aucune culture.

— A. T. - Comment cela?

-Soeur Claire : on m’a rapporté une phrase d’une petite fille de quatre ans s’adressant à un bébé en ces termes : « dis-moi, bébé, comment est Dieu, parce que moi je commence à oublier… »

—  A. T. - S’agit-il d’une enfant surdouée?

-Soeur Claire : Non. C’est une enfant normale, mais je dois préciser qu’elle est née dans une famille chrétienne. Donc l’environnement favorise une certaine familiarité avec la notion de Dieu. Tout cela pour dire qu’il n’y a rien d'exceptionnel... Il est plutôt courant de voir un certain nombre d' enfants avec une vie spirituelle. Dans toute famille comptant plusieurs enfants, il en est qui manifestent très tôt des aptitudes spirituelles.

— A. T. - D’où vous vient ce choix de vie monastique?

-Soeur Claire : Elle découle de notre rencontre avec Dieu.
La vie monastique amène à une désappropriation. Nous renonçons à tout bien personnel, nous mettons tout en commun et nous le partageons. C’est un résultat qui n’est pas acquis définitivement. Il y a, en permanence, un travail de soi sur soi. La grande tendance est de ramener à soi. Il faut se désapproprier constamment.

— A. T. - Vous vivez dans une sorte de détachement total. Tout se passe comme si vous étiez, à l’instar de Mère Teresa, des « êtres-dons ».

-Soeur Claire : Mère Teresa s’est longtemps battue. Il faut consentir à toujours commencer. L’important ce n’est pas d’arriver, mais d’accepter de toujours commencer.

-- A. T. - Voudriez-vous dire re.commencer?

-Soeur Claire : Non... Mais commencer… Il est entendu que dans l'idée de commencement, il y a la notion de nouveauté, de découverte… ce qui n’est pas le cas avec le recommencement.

-- A. T. - Etes-vous toutes, dans votre communauté, sur un chemin d'engagement irréversible?

-Soeur Claire : Certes, nous nous sommes, toutes, engagées, pour toujours, sur un chemin spécifique. Mais l’expérience montre qu’ un frère ou une soeur peut, un jour, renoncer à son engagement. A preuve, tout ce qu’une certaine presse évoque par rapport à l’Eglise. Cependant, il est à rappeler que l’ Eglise a résisté à des événements qui auraient pu la mettre par terre. Elle a vécu des bourrasques catastrophiques. Qu’il s’agisse de celle de la période de Saint François d’Assise, ou de celle des persécutions par les empereurs romains… marquées toutes par l’idée selon laquelle : "Chaque martyr était une semence de chrétien ».
L’Eglise est, malgré tout, encore debout, avec des hommes et des femmes debout, au service de Dieu et de l’Amour.
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* - Soeur Claire de la COMMUNAUTE DES BENEDICTINES de Saint Thierry(France).

 

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