AUX ORGANISATRICES DU "CIRFF2018"

LETTRE REDIGEE A L'OCCASION DE LA TENUE DU CIRFF2018

Mesdames les organisatrices du "CIRFF2018",

vous avez eu la bonté de m’inviter à prendre part à votre congrès qui se tient, à Paris, du 27 au 31 août 2018. Pour des raisons diverses, je n’ai pas pu répondre favorablement à cette invitation. Cependant, j’ai appris que vous avez été prises à partie, dans le Parisien du 18 août 2018, par une dame que vous n’avez pas associée à la tenue dudit congrès. En colère, elle vous a traité de racistes, a incriminé le féminisme et les études féministes -perverti-es, selon elle, par une focalisation sur des concepts de « race », de sexe et de classe (pour ne pas parler d’ « intersectionnalité »), et a nié le vécu de Négresses discriminées.

Tout cela est regrettable, car non fondé. «Tikere ko fetere rabbudo ! (1) »

Il s’agit de procès d’intention(s) et d’affirmations gratuites. Et cela d’autant plus que, de par vos parcours respectifs et vos pratiques quotidiennes, vous n’avez plus rien à prouver en matière d’engagement et de luttes féministes. Vous êtes des féministes universalistes vraies. Et c’est sans doute cet universalisme qui vous a poussé à m’inviter en ces termes : « Je viens vous demander, au nom de notre comité scientifique, si vous accepteriez de donner une conférence lors de la séance plénière introductive qui se tiendra le lundi 27 août de 10h à 12h…. "Si vous acceptiez le principe d'une telle intervention, ce dont nous serions particulièrement heureuses, vous pourriez, à partir de votre expérience de la place et de l'action des féministes dans votre pays et sur le continent africain, nous dresser un panorama des questions qui font votre actualité et, aussi, si vous le souhaitez, qui font écho aux questions très actuelles pour les féministes des autres aires géo-politiques de la francophonie. Bien sûr, vous avez toute latitude pour votre présentation… » (2).

Ce même universalisme -qui a présidé, dans divers pays, à la naissance, dans les "années 70", et à la floraison de mouvements de libération des femmes (MLF)-, votre accusatrice devrait s’en imprégner. Pour ce faire, elle pourrait se référer à un livre, agréable à lire, d’une grande féministe française universaliste (Martine Storti), intitulé : « Je suis une femme, pourquoi pas vous? 1974-1979 Quand je racontais le mouvement des femmes dans Libération… » (3) et un autre -toujours de la même auteure-, « Sortir du manichéisme : Des roses et du chocolat » (4) qui renvoie à l’actualité même du thème de votre congrès.

Négresse, témoin de la floraison du MLF français (toutes tendances confondues) et de ce qu’il a fait pour les Latino-américaines, les Maghrébines, les Négro-Africaines... je ne pouvais laisser injurier la mémoire collective des féministes qui se sont battues et se battent encore ardemment, (dans leur lieu de travail, dans leur foyer et/ou ailleurs), sans réagir. Et cela d’autant plus qu' elles n’attendaient et n’attendent toujours rien d’autre que de voir les droits des femmes reconnus et étendus -dans tous les domaines-, non seulement dans leur propre société, mais également dans le reste du monde. Et, par delà ceux - ci, les droits humains tout court. Pour un monde de Paix.

Mesdames les organisatrices du « CRIFF 2018 », MERCI d’avoir préservé votre universalisme, et merci aux institutions qui ont financé la tenue de votre congrès, car leur argent est utilisé à bon escient. Excellent colloque!

Awa Thiam, philosophe-anthropologue - Présidente de l’Alliance pour une nouvelle citoyenneté (A.N.C.).

Cordialement désolée.

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1 - Proverbe peul qui trouve son équivalent dans le monde latin : « Ira furor brevis est ».

2 -Extrait de la lettre d’invitation signée par Madame Anne-Marie Devreux, Directrice de recherche CNRS émérite, responsable de la coordination du CRIFF 2018.

3 - Cf. Ed. Michel de Maule, Paris, 2010.

4 - Cf. Ed. Michel de Maule, Paris, 2016.

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