La crise du Rif

L’opinion publique du Rif est construite de plus en plus aux confins de la rue, des réseaux sociaux et d’une intelligence collective tournée vers la le développement humain. Elle crée une pression politique, et régénère de nouvelles formes d’engagement et de gouvernance participative.

La crise du Rif : le Makhzen ne doit pas avoir peur d’une intelligence de masse

L’opinion publique du Rif est construite de plus en plus aux confins de la rue, des réseaux sociaux et d’une intelligence collective tournée vers la le développement humain. Elle crée une pression politique, et régénère de nouvelles formes d’engagement et de gouvernance participative.

Le mouvement rifain « Hirak » relativise l’intermédiation par les élites traditionnelles. On l’a vu lors des éclats des révoltes au Rif et des protestations en cours, la parole des partis politiques et des imams est remise en cause et devient inaudible. Les gens ordinaires se font leur opinions, leurs points de vue sur ce qui se passe et comment les choses doivent être gérées à partir des réseaux sociaux, des délibérations de la rue, des rapports internationaux et de la prise de parole des leaders. On assiste à une démocratie locale en termes de nouvelles arènes de délibération et de discussion. S’y diffuse non seulement l’information mais aussi une intelligence de masse collective qui utilise la rue, l’opinion publique et les réseaux comme moyen d’expression. Ce qui remet en cause les notions de participation par le vote et de citoyenneté.

En particulier, depuis le tremblement de terre du 2004, suite au désœuvrement des populations abandonnées « à ciel ouvert », on a constaté une politisation augmentée, un engagement plus proche des préoccupations des habitants, une envie collaborative augmentée, un engagement des gens ordinaires dans des associations, des réseaux ou des maisons de quartiers loin du clientélisme partisan. Ce qui créa une nouvelle opinion publique qui se développe aux confins d’un territoire « en marge » délaissé. Elle est incarnée par des jeunes et moins jeunes, aux profils hybrides, qui acquièrent le statut de mobilisateur et de porte-voix d’enjeux en question dans la ville.

 

Le Hirak du Rif a un label projet

À l’inverse du mouvement du 20 février, le mouvement Hirak du Rif a une emprise territoriale, une présence dans les quartiers, un prolongement (communautaire et associatif) international. Et en particulier, il porte un label projet qui revendique des fiches projets de développement humain faisables et palpables, axés sur la participation et la bonne gouvernance.

LE DÉVELOPPEMENT D’UNE INTELLIGENCE DE MASSE COLLECTIVE, SOUS ESTIMÉE ET MAL APPRÉCIÉE PAR LES POUVOIRS.

L’intelligentsia rbatie, ses think-thank et ses élites politiques déconnectées du terrain peinent à comprendre cette défection, cette dé-participation à l’offre publique, et s’obstinent à y voir une démarche identitaire et un refus de dialogue avec les institutions publiques.

Or cette nouvelle « problématisation » d’en bas portée par tous les habitants correspond à une prise de conscience de la rue − depuis les ruines de 2004, et accentuée par les éclats du printemps politique − de l’existence d’enjeux locaux qui peuvent être traduisibles en enjeux politiques et qui peuvent aboutir à une mise sur agenda.

Toutefois ces idées se fondent sur l’incarnation de leaders et de passeurs méconnus du pouvoir. Les leaders de la mouvance populaire du Hirak sont simplement nés de la jonction de ces séquelles de sous-développement humain, aggravées par une violence du « makhzen local ».

Une intelligence collective

Les revendications affichées du mouvement rifain « Hirak » incarnent un rêve ambitieux, le rêve d’un gouvernement politique autour d’une communication directe, un dialogue entre les décideurs et les citoyens, une sorte d’agora électronique ou participative, un fil de discussion dans lequel pouvait s’exprimer les doléances.

Plusieurs outils de cette démocratie participative se sont développés en Europe et en Amérique latine et permettent de pallier aux intermédiations politiques instrumentalisant la vie des gens à des visées mafieuses.

POURTANT LE RIF POURRAIT ÊTRE UN SITE D’EXPÉRIMENTATION, UNE VILLE PARTICIPATIVE ET INCLUSIVE

Aujourd’hui, le projet de développement local proposé par le gouvernement joue le jeu de l’urgence. Alors que le mouvement lui revendique un nouveau contrat social, un glissement du gouvernement vers un système de gouvernance partagée, une ouverture du système de gouvernement des acteurs vers d’autres acteurs : les acteurs associatifs et les citoyens ordinaires.

L’État Marocain a tout intérêt à capitaliser sur cette intelligence collective pour expérimenter (avec les acteurs locaux et la coopération internationale) des villes participatives partagées. Il suffit de voir comment les sociétés civiles basques, les Rhonalpins ou de Mèdellin gèrent la chose publique. Ils jouent un rôle de plus en plus important dans la conception et la mise en place des politiques locales. Dans le Hirak, il est question de gouvernance et de démocratie participative, et non pas de séparatisme. Ce que les think-thank et les élites politiques de Rabat ont du mal à apprécier.

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